XXI LES FUNERAILLES DE L'AMOUR Les cornettes d'oubli sonnent sur les murailles. N'allumez plus les feux! Dispersez les batailles! Apaisez sous le chant la légende et le dit! Voici venir la fin de notre longue histoire Quelle barque a cinglé des rives de mémoire? Quelle procession aux îles resplendit? Obsédantes, des voix prolongent des silences. L'ombre n'abdique pas quand renonce la danse. Les couples dédaignés errent au fil des nuits. Ils mènent leurs amours et s'enivrent en rêve. Le maître ne connaît la mine qui le grève Ni pourquoi ses regrets s'enténèbrent d'ennuis. Dix ans durant, les rois muselèrent les portes. Ils élevèrent haut des citadelles fortes, Les clairons ont clamé pour étouffer le lai. Mais rien ne durera, hors Pâris et Hélène. Troie est tombé rongé par une cantilène Pour que brille longtemps le conte qu'il celait. Apprêtez à l'amour de dignes funérailles. Mais si les blés sont hauts, sourdes sont les semailles. Aux confins de mon âme, enfouissez le mort - Et qu'il ne reste plus un seul débris du songe! Amour est un miroir au reflet de mensonge. Le squelette capté monte, Gorgone d'or. L'aube qui va lever chassera les étoiles. Un ivrogne en chantant trébuche sur des dalles. Ce chant m'est trop connu dont je sais les accords. Amoncelez la nuit, le rocher, le silence, Et que tout ce tombeau ma hantise balance S'il peut être un tombeau lorsqu'il n'est pas de corps. S'il peut être un tombeau lorsqu'il n'est pas de corps. Michel Galiana (c) 1991

XXI THE FUNERAL OF LOVE Behold how to an end our long history has come! Say, whose vessel to us sped from memory’s kingdom? Oblivion's trumpets filled the stronghold with dismay. With a soothing song let both myth and tale be silent! On our islands which cortege marches, bright and brilliant? Kindle no more fire! Dismiss the fight array! Haunting voices persist in prolonging silences. Shadows will not resign there where the dance renounces. Disdained couples are roving still in the night. By a mere dream of love they are intoxicated. By the master the threatening sap is not heard He knows not that to spleen his regrets turn, nor why. For ten years the gates by kings have been barricaded. Sturdy citadels were to greatest heights erected Bugles have drowned the voice that would drone out the song. Yet nothing shall survive except Paris and Helen. Troy did fall, undermined by a mere epic poem So that the tale that hid in it sparkle for long. For love let us prepare a right worthy interment! But if the wheat grew high, the sowers must be silent! In the outermost fields of my soul be its tomb- Of the dream that I had every trace be erased! By the mirror of love I was only deceived The skeleton in it is a Gorgon of gold. New arising dawn shall drive the stars from my ceiling Look, a drunkard has stumbled over the flags, bawling; Of his too well-known song I could sing every chord. O pile up to a heap the night, the rocks, the silence So that against my folly that craig I may balance If there may be a tomb where never was a corpse. If there may be a tomb where never was a corpse.

Transl. Christian Souchon 01.01.2005 (c) (r) All rights reserved

Note :

Le dernier vers résume le contenu tragique du poème. Ce n'est pas la perte de l'être aimé qu'il déplore, mais celle de l'amour qu'on éprouvait pour lui.
Georges Brassens a, lui aussi, traité ce thème.

The last line sums up the tragic content of this poem. This is not a lament about the beloved one but about the fact that the lover has ceased to love.
Georges Brassens also dealt with this topic.



Mélodie: "Le 22 Septembre" de Georges Brassens

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