LA GRIVE D' HIVER Et le matin brisait son suaire de givre, Et le volet battait l'appel d'un sommeil mort, Et le poids simulait la pierre et la mémoire. Quel vide pétrissait ton chant? Une absence d'oiseaux était une forêt. Moi j'avançais parmi les maisons endormies Vers l'écho jamais tu du bûcheron absent. Mon grand pays muet. Ma rade. Mon naufrage. Ils t'avaient exilé où les mots ne se lèvent. Mais est-il un exil lorsque cesse le pas? Vous n'avez bâillonné l'enfant ni la fontaine. Eau, tu connais le cours. Puits, tu connais la chaîne Car voilà que les ans rebroussent outre peine. Au bois de l'hiver sourd je ne reviendrai pas. Je rapporte les dits d'un étrange voyage. Je ne connus les voix, je ne sus les visages. Les mains comme du vent, les lêvres comme des halos- Et toutefois les cris rongeaient, pareils à des braises. Les vipères des mépris crépitaient Aux sourires des passants. Seul, inaccessible aux glus, Plus traqué des silences que des cors. Mais les buissons des indifférents Portent des roses transparentes Dont le coeur bourdonne D'une abeille qui ne connaît pas de repos. Je devins l'écho d'une langue morte. Les volumes abîmés me contaient La chronique d'un royaume disparu. Le pont jetait son appel au flanc des brumes. Seul jamais franchi, car si le rêveur Posait son poids sur la balance Un tournoiement dispersait le décor Et il ne retrouvait même plus aux berges de l'éveil La fille qui avait hanté sa légende. J'appris leurs grimoires et leurs raisons. J'ai mimé le sage pansu. Un carton a parodié leurs hures. Mais à la meute seule on reconnaît le chien. Ils virent que je n'avais ni collier, Ni haine pour la biche qu'ils traquaient. Je devins le coeur du hallali. Grive, chanterais-tu si tu n'étais absence? Une ronde d'antan tourne au bois de mémoire. Les châteaux effondrés ne sauront plus l'histoire De la belle qui veillait au haut du donjon. Mon beau sommeil lointain! Mes étangs! Ma fontaine ! La nuit qui doit monter point au fond de la plaine. Une porte à pousser que muselèrent les joncs. Un refrain assidu veille au coeur de la fête. Vous ne célébrerez ni l'étrange défaite, Ni la noce étoilée où s'absente l'époux. L'oiseau qui m'a guidé ne connaît ma lumière. J'aborde où ne parvient l'intruse coutumière, Coiffant le chef brasier d'un grouillement de poux. Mais ton chant, à la fin, comme une amarre. 2 janvier 1992 Michel Galiana (c) 1992

THE WINTER THRUSH And morning was tearing away its frosty sheet. And the window shutter drummed out vanishing sleep. Your heavy limbs feigned to be stone or memory. Which void did knead your chant? Absence of birds would be A wood. I was heading among drowsy homesteads Towards stubborn echoes of remote woodcutters. My great silent country. My harbour. My wrecked ship. There where words never rise you have been once banished, But in vain, for I was in no mood for walking. They never could stifle the child, nor dry the spring. Water, you know your run. Fountain, you know your chain And the years set to flow back from lands beyond pain. To Winter's muffled wood I'll never come again. Of a singular trip I'll bring back the story. Neither faces nor sounds were familiar to me. Wind-like hands did fumble, halo-like lips whisper- And yet the cries I heard singed like glowing ember. Adders of despise hissed Passers-by did but smile. And impervious to lures I was left there alone, By silence, more than by sounding horns hunted down. Non-concern is a bush hat buds with glass roses Whose hearts resound with buzz Of ever busy bees. I became the speaker of a forlorn language. Foundered quires told me Of vanished heritage. A bridge hailed me, looming out of haze and of steam, But never did I pass this threshold in my dream, Since, as soon as I poised myself upon this swing, A whirlwind scattered all and on awakening I did not even find The girl who haunted me. I forced myself to learn their scribbles and their laws. I aped the paunchy sage, Put on their paper nose. But only by the pack may hunting hounds be told And I wore no collar of which they could catch hold And did not hate the hind that they were hunting down. That's how I found myself among the dogs at bay. Thrush, weren't you absence, would your song be so gay? A dance of yesteryear turns in my memory. Dilapidated towers shall forget the story Of the fair lass who lay in wait atop the keep. My fountain! My still pond! My beautiful, far sleep! The night that's due to rise breaks yonder in the plain. Rush thrives before the door on which you push in vain. An unrelenting tune resounds amidst the feast. You'll fail to celebrate both the brilliant defeat And the starry wedding which the bride-groom deserts. The bird who led my steps does not know of my light. I'm proceeding where my lady-foe won't alight To top my fiery head with a lice-teeming crest, Just your trill, till the end, like at anchor, that rests. 2nd January 1992

Transl. Christian Souchon 01.10.2006(c) (r) All rights reserved

Aux Scythes Index Le Lutteur