VII HISTOIRE Aux marches du palais est morte notre histoire. Le chemin s'est fermé sur les grilles du temps. Vous n'êtes qu'un miroir sans lointain, ma mémoire. Vos pantins du bonheur sont le deuil éclatant. Aux portes du palais veillent les sentinelles. Qu'il laisse tout passé, qui désire le roi. Les jours qui ne sont plus doivent poser leurs ailes. L'absence est la consigne et le regret la loi. J'avais forcé la porte et réveillé les pages. Le hanap à mon poing étincelait de sang. J'inscrivis votre nom sur le vélin des pages- Mais le charme à leur gré fut sans doute impuissant Car il se fit soudain un grand coup de tonnerre. Le palais vacilla, que je croyais sans fin Et je n'eus dans mes bras qu'une forme de pierre Que n'eut pu ranimer tout l'art du séraphin. Je partis. Où Balkis a fécondé le sage, J'ai ramassé la conque et écouté les flots. La mer y répétait son antique message Et son chant, comme vous pur, et comme vous, clos. Sur le Gange fangeux j'ai miré votre image. Des voix de pèlerins m'ont conté leurs secrets. Un temple a dit le mot, un hère a fait le mage, Et j'ai su que mes jours imitent des degrés. Maintenant, je retourne où grandissent nos treilles. Un essaim bourdonnant recueille le soleil Tout le vin noir du songe abolit-il les veilles Quand les pas sont de plombs et de plomb les sommeils? Légende, le renom nous tiendra lieu d'histoire. De tant de déraison les récits seront pleins, Car vous serez l'étoile au ciel de la mémoire Et moi le seul amant qui n'ai point de déclin. Michel Galiana (c) 1991

VII HISTORY On the stairs to the King's house died our history. Time drew across the path impassable borders. You are but a shallow mirror, my memory, Your puppets are of bliss conspicuous mourners. At the gate of the house the sentries are watching. Leave all your past behind, whoever wants entry! The days that are gone by have to take off their wings. The orders are "absence"; the law is "be sorry". I broke open the door and I woke the pages. In my fist the sparkling goblet was full of blood. I wrote your name upon all those parchment pages- But they had deemed the spell faint, in all likelihood. For there was suddenly violent thunderbolt. The house staggered which had seemed for ever to thrive. And a stone shape was left which in my arms I hold. Even seraphs could not have called it back to life. I went. In the place where Balkis had loved the Sage, I picked up the conch shell and listened to the wave. The sea therein let hear its eternal message And its pure song, like yours, enclosed within a cave. On the miry Ganges I saw, mirrored, your face. And voices of pilgrims have told me their secrets. A temple said "the" word, a wretch did soothsaying And I heard that my days were like upgoing steps. Now I am coming back where used to grow my grape. A humming swarm of bees gathers the warm sunlight Does dream's black wine atone for all these hours of wake When you feel leaden-limbed till sleep staves off the night? Tales and fame take for us the place of history. So much folly shall let imaginations rove, For you shall be the star shining on Memory And I the sole lover who never ceased to love.

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Notes :
-"Aux marches du palais..." début d'une chanson traditionnelle française;
-"Qu'il laisse tout passé": un tel avertissement figurait, selon Dante, au dessus de la porte de l'Enfer: "Qu'il laisse tout espoir!"
-"Balkis": le nom arabe de la reine de Saba."le Sage": le Roi Salomon. Allusion à un voyage au Yemen.
-"Temple", "a fait le mage" se rapportent à des voyages en Inde.
-"On the stairs to the palace..." the beginning of a French folk song;
-"Leave all his past behind": a similar warning hangs, according to Dante, over the gate of Hell: "Leave all hope behind!"
-"Balkis": the Arabian name of the Queen of Sheba (Saba)."The Sage":King Solomon. Allusion to a trip to Yemen.
-"Temple", "soothsaying" refer to trips to India.

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