II LE PRINCE Je suis prince, déchu d'un royaume orgueilleux. Exilé de mon chant, mais non de ma mémoire, Je prolonge mes jours en clarté de grimoire Et garde en souvenir l'aube de mes aîeux. Où mon ombre passa, je tiens que sont mes dieux. Mon seul rêve accompli compose mon histoire, N'abdiquant mon néant pour vos reflets de moire, Vous qui pour être chair pensez n'être oublieux. Si le regret parfois m'obsède sur mes landes De ne plus entraîner avec croix et pennon D'illusoire Ilion en Thulé gloire et bandes, En absence et refus je place mon renom, Mon orgueil au vainqueur d'avoir fait le grand non- Et ma légende règne où fleurissent les brandes. Michel Galiana (c) 1990

II THE PRINCE I am the fallen Prince of a haughty kingdom. Deprived of my song, not of my memory, Books read by candlelight, that's how my days drag on And I recall the dawn of my proud ancestry. Where my shadow has passed I spy divine essence. All I performed in dream makes up my history. Being flesh does not prevent you from obliviscence: I shall not swap my void for your shimmering glory. If I sometimes regret, on my lonely errands, That I may no longer lead with cross and banners From illusive Ilium to Thule glorious bands, Absence and refusal are my sole blazoners, I'm proud never to have yielded to conquerors And my fame is spreading over thriving moorlands.

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Notes :

Deux interprétations possibles pour la 3ème ligne: soit -Je gagne chichement ma vie à écrire la nuit- soit -Je prolonge mes journées plongé dans mes livres.
Ilion (Troie) et Thulé sont toutes deux des royaumes chimériques.

Commentaire sur ce poème par Andrew KONISBERG, poête anglais: "J'admire profondément le savoir-faire dont témoigne ce poème. Il provoque le lecteur sans en avoir l'air, mais il s'en sort, je crois, avec maîtrise. C'est qu'on pourrait ne voir dans le Prince du récit qu'une métaphore. La répétition des références au 'souvenir', de peur qu'on oublie, est également significative... Le prix que le héros y attache le définit comme un bien précieux et/ou le signe que quelque événement important a eu lieu que le lecteur n'aurait pas du oublier ou qu'il a jugé 'commode' d'oublier. La fin du poème sonne comme une déclaration d'intention du protagoniste...l'annonce d'un recommencement, de quelque chose à se 'rappeler'."

Commentaire du poète indien Arkay Dass:
"Un poème magnifique,
Il fit de ce jour mon jour,
et du prince un empereur"

The 3rd line may also be understood as: "I earn a bare leaving on writing books at night".
Both Ilium(Troy) and Thule are chimerical realms

Comment on this poem by the British poet Andrew KONISBERG:

"Thoroughly enjoyed the craft of this one. It dares the reader to ignore it but I think you pulled it off with aplomb. The reasons for this are that the 'prince' within the narrative can be viewed as being metaphorical. The repeat of 'memory', lest one forgets, is also interesting...the protagonist's attachment to it, as if it defines something of value or/ and hints that something important happened that the narratee should not have forgotten or has 'conveniently' forgotten. There is also a note of intent sounded by the protagonist at the end...this is a new beginning, something to 'remember'."

Comment by the Indian poet Arkay Dass:
"a wonderful poem,
made my day,
you an emperor"

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