CHANT DE LA SIRENE 8 Sois mon hôte, chant qui m'emporte, le voyageur Qui dépêche aux bourgs perdus de mes provinces Le message et les contes de contrées encore plus lointaines Et s'en va, ayant repris son bâton et ses sandales Pour que les nuits jamais plus ne charrient les mêmes étoiles Et que la jeune fille lève au soir vers un dieu qui vient Les bras tordus comme une clef. Sur la plage foulée de cavalcades J'étends la nappe lisse du silence. Au loin j'ai assigné la joie et la douleur, L'épi qi naît et les fruits mûrissant à l'automne, Le sillon de la ride sur le front apaisé Pur ne garder, qui siégera à ma droite, Que la mère de toute paix, que la lointaine indifférence. Et maintenant tombe la nuit de l'oubli! Sous les étoiles qui clignotent clapotent des miroirs Et l'enchevêtrement des joncs entasse les ténèbres, Mais de quel astre ruissela, visible pour moi seule, Cette clarté qui baigne la nuit? Michel Galiana, 30 mai 1978 . . .

MERMAID'S SONG 8 Be my guest, song that takes me away, traveller Who carries to the remotest boroughs of my domain The message and the tales of lands still remoter, And having seized his staff, his shoes, departs again, So that nights never twice sweep along the same stars, And the girl at the close of day may raise her arms Distorted like a key to hail a god to come. On the shore that cavalcades tread The smooth cloth of silence I laid And I kept at bay weal and woe, Unfolding cob, autumnal ripening fruit, And wrinkles furrowing the appeased forehead, The only mate I kept to my right is seated: The mother of all peace, haughty Indifference. And now, let come down the night of oblivion! Look, under flickering stars, their lapping reflection And the entangled rush turned to an obscure screen. But from which star was poured, of all others unseen, This gleam pervading the night? 30 May 1978 Transl. Christian Souchon, 2015 Photo: Dominique Borderie, 2015

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