XXIII Soufisme La strophe du chanteur éclipse le tombeau. Tout l'orient pâlit quand se lève la rose. Hafez, brise la coupe et jette le manteau. J'ai vu pousser la flamme et la métamorphose. C'est au coeur de l'esprit que naissent les saisons. Vous me ramènerez sur les ailes des règles. Ayant connu le sol où germent les raisons Je saurai le chemin de l'éclair et de l'aigle. Le veilleur a sonné aux créneaux de la nuit. Son cor est plus puissant que la coupe d'étoiles. L'univers que j'enferme est au-delà de Lui, Intrus s'Il le remplit et jaloux s'Il le voile. Un temple de porphyre au milieu des cyprès Dresse ses huit piliers au flanc de la colline. L'azur griffe les monts et caresse les prés. Hafez dort sous les fleurs comme l'or dans la mine. La mort ne hante pas le sépulcre des mots. La mort ne prévaut pas sur l'empire des songes. Vous hausserez longtemps vos triomphes, émaux. Sa vérité sera moindre que vos mensonges. J'ai couru vers ta paix quand s'abattait le soir... Des femmes près de moi glissaient les formes vagues, Mais la grille était close et le sépulcre noir. J'avais omis le mot, j'avais perdu la bague, Et ce fut ton jardin, par ton double hanté, Plus riche de leçons qu'on approuve et épouse Que ton livre, relu dans les vergers d'été, Quand l'ombre monte en flaques du fond des pelouses. Michel Galiana (c) 1991

XXIII Sufism The stanza of the chant causes the grave to wane. The sky towards the east pales when rise the roses. Hafiz, break the goblet and throw away the veil! I saw the soaring flame, the metamorphosis. In the innermost heart of mind grow the seasons. On the wings of the rules you shall carry me home. As I knew of the soil whereon sprout the reasons, I shall go the way that storm and eagle have gone. On the crenels of night the sentinel has blown His horn, mightier still than the starry goblet. The universe in me stretches away beyond Him, intruder Who fills it, rival Who veils it. A porphyry temple amidst a cypress grove Stands with its eight pillars soaring on the hillside. Blue sky scratches the mounts while it strokes the meadows Hafiz sleeps among flowers like gold hid in the mine. Death does not loom up on the sepulchre of word. And death does not prevail over the realm of dreams. Enamels, with triumphs for long you'll be honoured! His truthfulness less true than your delusion seems. To your peace I had fled when was falling the night... Past me slid along uncertain shapes of women, But now the gate was locked and the sepulchre dark. I'd forgotten the word and had mislaid the ring. To me was left your yard, haunted by your double, Richer still in lessons worth of full approval Than your book I reread in the summer's orchards When dusk rose in patches from the depths of the lawns.

Transl. Christian Souchon 01.01.2004 (c) (r) All rights reserved

Note :

-Soufisme: école mystique affirmant que l'homme suffisamment purifié par la méditation, l'extase et l'observance stricte de la loi Coranique peut s'élever à la divinité et s'identifier à Dieu.
-Shemseddin HAFIZ:(1300-1388) Poète lyrique persan dont les poèmes sur le vin et l'amour ont été interprétées comme des allégories Soufistes.

-Sufism: a mystic school asserting that man, sufficiently purified by meditation, ecstasy and strict observance of the Coranic rule may raise himself to divinity and identify with God.
-Shemseddin HAFIZ:(1300-1388) Persian lyrical poet whose poems on wine and love were interpreted as Sufist allegories.

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