Ar veleien harluet

Les prêtres exilés - The priests in exile

Composé par M.Le Borgne, ancien vicaire de Cléder

Manuscrit recueilli par Jean-Marie de Penguern (1807 - 1856)

Auprès du neveu du prêtre, Pierre Le Borgne de Laninor en Taulé, le 5 mars 1851.
Manuscrit coté N.90 à la Bibliothèque Nationale : Chants populaires de Léon
Publié par Dastum dans "Dastumad Penwern" en 1983, page 54


Mélodie
"War ton 'Komunion ar vugale'"
Indication portée sur le manuscrit de Penguern
Ne sachant pas de quel chant il s'agit, je l'ai remplacé par le cantique:
"A-vremañ beteg ar marv" (trouvé sur le site de M. Quentel)
Arrangement par Christian Souchon (c) 2009


PENGUERN TRANSCRIT KLT
AR VELEIEN HARLUET

O ma Doue pa deuan da soñjal
Me sent va c’halon o strakal
Hag e zont da gonsideriñ
Ar maleur a zo oc’h hor pressiñ.

Me wel en em denn deus hor c’hreiz
Ar gwir sklêrijen deus ar Feiz.
Skuizh eo Doue oc’h hor gweled
Pa na renoñsomp d’hor pec’hed.

Kaer en-neus don’t d’hor gervel
Ne reomp seblant vit He c’hleved
Hag hon skoyo a dra serten
Meurbed terrup gant He walenn.

Brasañ maleur ac’h errufe
Eo an ambandon a Zoue
Dalc’homp mad eta d’hol lezenn
Ha greomp timat gwir pinijenn.

En em adresomp d’ar Werchez
Pini eo ar gwir advokadez
D’ar bec’herien ambandonet
Etre douar an chismatiked.

Doue a zeu en amser-mañ
Euz He vinistred d’hor privañ.
Bez hon-eus se sur meritet
O vezañ outañ ken direspet.

Skuizh int pelloc’h o reded
Er c’hoajoù noz-deiz heb kousked.
Soufret o-deus naoñ ha rioù,
An douar yen evit gweleoù.

Evel int ouzh ar gaouenn
A guzh en deiz, en noz a bourmen.
Preservitiñ int evel laboused
Allas, er gwez a rank kuzhed.

Pell zo emaint e mizer
Balamour deomp-ni va Salver.
Hor punisit, O va Doue,
Ha deomp pellait liberte.

Ne d’eo ket i o-deus meritet
Bezañ er c’hiz-se chatiet
Allas, ni a zo kriminal
En dallentez meurbed fatal.

Soñjet o-deus evit o repoz
En-em dennañ e Bro-Zaoz,
Aliez o-deus bet klevet
E-vije ar feiz dezo rentet.

Va daoulagad a skuilh daeloù.
Va c’halon a bounto huanadoù.
Plijit ennoc’h, va Doue,
Ho-pezet truez oc’h hon ene!

Adieu, eta, hor beleien,
Marteze n’ho gwelimp biken,
Mervel a rankimp vel loened
Heb sakramant, na sikour ebed!

Gwell eo ganeomp, sertenamant,
Mervel heb resev sakramant
Evit na d’eo bezañ souilhet
Dre zaouarn an heretiked.

Kriz vije ar galon na ouelje
E-treizh an Aber, neb a vije,
O weled ministred Jezuz
Taolet war ar mor perilhuz.

Konduit al lestrig-se, va Doue,
A likint-eñ e savetez
Bezañ ez int Ho gwir diskibien
Preservit i dre Ho moyen!

Adieu eta, gwir bastored
Ni zo eta ambandounet
Etre grifoù bleizi mechant,
Privet a beb soulajamant.

Ma vijen eno war garreg
Doue en-divije va eksaoset
Krijal a rajen sertanamant
Ma savje an enklev d’ar firmamant.

Ya, va Doue, ni Hoc’h heulio
Ha war Ho lerc’h ni a grio
Importun evel ar Gananeen
Ken a reot deomp hor beleien.

Ar veleien ivez d’o zro
A ziskouez o glac’har c’hwerv
Merket eo war o bizajoù
E skuilhont kalz eus a zaeloù.

Adieu, pobl keizh euz-a Leon
Kuitaad a rankomp hor c’hanton.
Adieu, kerent ha mignoned!
Adieu d’hor gwir penitanted!

Lezet am-eus ganeoc’h armoù
Evit souten hoc’h eneoù:
Diwallit mat eta, pobl keizh,
Ha dalc’hit mat, atav, d’ar feiz.

O va Doue, pebez arret
Hor beleien a rank tec’hed.
Ni n’on-eus mui d’hor souten
Nemed Ho kras, va Salver, hepken!

Ar kaleter euz va c’halon
An disprizañs euz ar grasoù
Deus Doue kement outrajet
Ma z’eo ouzhomp en em fachet.

Pardon, va Doue, va Jezuz!
Bezit ouzhomp trugarezus!
C’hwi a zo deomp-ni un tad mad
En Hoc’h andret. Ni zo ingrat.

O, ministred eus hon Doue,
Pedit evidomp noz ha deiz,
Ma teuimp d’en ur damañtiñ
O tec’hed diouzh an herezi.

O Gwerc’hez Vari an Itron,
Sellit ouzh hon desolasion!
Sellit a-druez ouzh ar Frañs
Ha roit deomp Hoc’h asistañs!

Na bremañ, petra da ober?
Ni n’hon-eus mui ar pouer
D’ober en publik pedennoù
Pe brest ez-aimp d’ar prizonioù.

Dekretet eo gant an Nasion
Eo kriminal an devosion:
E kuzh evel ar gaouenn
E rankomp ober hor pedenn.

Pelec’h ez-aimp ni da bediñ?
En iliz n’hellomp antren mui.
E-harz ar Groaz da vihana
Gant ar Vadalen da ouelañ.

Evel ar benitanted gwechall
E-harz an dorioù o krial
Hep galloud en iliz antren
Nemed goude gwir binijenn.

Bremañ ez-omp ivez kondaonet
Da ouelañ dourek d’hor pec’hed.
Biken n’antreomp en ilizoù
Ma na renoñsompd’hor c’hrimoù.

Pegehid, va Doue, a amzer
E tilesot-hu ar pec’her?
Dizec’hañ a reomp vel ar foen
Ma na zeuit pelloc’h d’hor souten.

Grit, ma vezo retabliset
Ar Jeruzalem distrujet!
Ma c’hellimp antren en ilizoù
Da ganañ deoc’h meuleudioù.

Doue vezo meulet
Hag an anaon pardounet!

Transcription KLT: Chr.Souchon (c) 2009
TRADUCTION
LES PRETRES EXILES

Je sens, mon Dieu, dans ma détresse,
Mon cœur bien près de se briser,
Lorsqu’il vient à considérer
Le grand malheur qui nous oppresse.

Et je vois de nous s’éloigner
La vraie lumière de la Foi.
Dieu se lasse lorsqu’il nous voit
Persévérer dans le péché.

Il a beau nous dresser la table
Nous faignons de n’écouter point
Il nous frappera, c’est certain,
De Sa férule redoutable.

La plus grande des déchéances,
Qui nous frappe est Son abandon.
Fidèles à Sa loi, hâtons-
Nous donc de faire pénitence.

Vierge, notre recours unique:
Intercèdez auprès de Lui!
Nous sommes livrés aux impies
Dans une nation schismatique.

Dieu nous impose désormais
D’être privés de Ses ministres.
Un tel châtiment se mérite.
Il sanctionne notre irrespect.

C’est qu’ils sont las de fuir, farouches,
Ces prêtres, parmi les broussailles,
Eux que le froid, la faim tenaillent,
Eux à qui le sol sert de couche;

Et de ressembler à la chouette,
Terrés le jour, errant la nuit,
Quand ils ne doivent pas aussi
Faire des arbres leur cachette.

S’ils sont à ce point accablés,
C’est que nous Te sommes odieux.
C’est nous qu’il faut punir, mon Dieu,
En nous privant de liberté.

Car ce n’est pas eux qui méritent
De subir un tel châtiment.
Hélas, c’est nous les délinquants,
Nous, dont l’aveuglement T’irrite.

Nos prêtres n’ont eu d’autre choix
Que de se sauver Outre-Manche,
Vers ce pays de tolérance
Où chacun, dit-on, vit sa foi.

Vois, nos yeux débordent de larmes.
Entends nos soupirs attristés!
Nous T’en prions, Dieu de bonté,
Prends pitié de nos pauvres âmes!

Adieu donc, nos prêtres d’antan.
Qui sait si nous vous reverrons?
Comme des bêtes, nous mourrons
Sans le secours des sacrements.

Nous préférons assurément
Sans les sacrements décéder,
Plutôt que de les voir souiller
Par le contact des mécréants.

Quel cœur sans pleurer aurait pu,
Sur les deux rives de l’Aber,
Voir fuir, au péril de la mer,
Ces ministres du Christ Jésus?

Mon Dieu, dirige cet esquif!
Veuille le conduire à bon port!
Tes vrais disciples à son bord
Méritent Tes soins attentifs.

Vrais pasteurs, adieu maintenant!
A l’abandon résignons-nous,
Entre les griffes de ces loups,
Privés de tout soulagement!

Si j’avais heurté quelque écueil,
Mon Dieu,tu m’aurais exaucé.
Les cris qu’alors j’aurais poussés
Aurait même ébranlé Ton seuil.

Nous Te poursuivrons, O Jésus,
De nos cris perçants importuns,
Tout comme les Cananéens,
Jusqu’à ce qu’ils nous soient rendus,

Ces prètres, lesquels à leur tour
Montrent le chagrin qui les ronge;
Et sur leurs visages s’allongent
Les rides creusées par leurs pleurs.

"Adieu donc, peuple de Léon,
Adieu donc, amis et parents.
Adieu sincères pénitents.
Il nous faut quitter ce canton.

Entre vos mains il est une arme
Dont il faudra prendre grand soin:
C’est la Foi, conservez-la bien!
C’est là le soutien de vos âmes. »

Dieu, quel arrêt as-Tu rendu!
Obliger nos prêtres à fuir!
Nous n’avons pour nous soutenir
Que Ta grâce, Seigneur Jésus.

L’endurcissement de nos cœurs,
Le peu de cas que nous faisons
De Ta grâce ont, avec raison,
Sur nous attiré ta rancœur.

Dieu, ne nous abandonne pas!
Envers nous sois compatissant!
Et sois pour nous le père aimant
Qui pardonne à son fils ingrat!

O ministres de notre Dieu,
Priez pour nous, priez toujours
Pour que nous échappions un jour
Aux griffes de ce schisme odieux!

Vierge Marie, voyez la France
Plongée dans la désolation!
Faites preuve de compassion,
Accordez-lui votre assistance!

Maintenant que ferons-nous donc?
Désormais nous sont interdites
Les manifestations publiques
De foi, sous peine de prison.

C’est un décrêt de la Nation:
Il faut pratiquer en cachette
Ou bien la nuit, tels des chouettes,
La prière et la dévotion.

Où, pour prier, irions-nous donc?
Portes closes, l’église même,
Ne permet qu’avec Madeleine
Au pied de la Croix nous pleurions.

Quand les pénitents d’autrefois
Criaient qu’on leur ouvre les portes,
Et qu'on les traitait de la sorte,
S’ils se repentaient, on ouvrait.

Nous sommes aussi condamnés
A verser des larmes amères
Et pour que l’étau se desserre
Il faut renoncer au péché.

Combien de temps encor mon Dieu
Délaisseras-Tu les pécheurs?
Nous dépérissons d’heure en heure
Quand Tu restes sourd à nos vœux.

Que soit relevée de la fange
La Jérusalem dévastée.
Des églises rends-nous l’accès,
Que nous y chantions Tes louanges!

Que Tes louanges nous chantions,
Qu’aux âmes Tu fasses pardon.

Trad. Christian Souchon (c) 2009
TRANSLATION
PRIESTS IN EXILE

O hark Lord, my heart is so sore
It can't without complaint any more
See all the hardships we endure,
How it all will end is not sure.

I see how withdraws from our midst
The true enlightment of the Faith.
God is now weary of our sin
We wallow complacently in.


The long lament's morale is that
the religious persecution is God's
deserved punishment for the
overall prevailing impiety!




Jean-Marie de Penguern (1807 -1856)



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