Le Prêtre exilé

The Exiled Priest

Dialecte de Vannes

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839 (tome II).
  • "Composé par l'Abbé Noury, Recteur de Bignan" selon l'indication de la table A.
    "Chanté [à La Villemarqué] par une vieille femme de Bignan " (Selon l'"Argument" du chant dans les 3 éditions).
    F. Gourvil en déduit que la mère de LV devait avoir la pièce sur un imprimé avec indication de l'auteur, mais que son fils ne voulait pas révéler qu'il puisait à de telles sources.
  • Ne figure pas dans manuscrit de Keransquer
  • Déja diffusé par les imprimeurs bretons (feuilles volantes) sous une forme tronquée ("Argument" de 1846, mention supprimée en 1867). Le titre du chant dans un recueil édité à Vannes en 1835 est "Cannen composet dre er memb person (en Eutru Nourry) er ranteleh ag er Portugel, ha degasset d'e barraes en trizec a vis merh 1800". (Chanson composée par le recteur lui-même (M. l'Abbé Nourry) au royaume de Portugal, lequel est rentré dans sa paroisse le 13 mars 1800).


  • BIGNAN: Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul (18-19 siècles)
    L'ancienne église était tombée en ruine en 1787. La nouvelle
    fut érigée sur les plans de l'abbé Noury de 1787 à 1858.
    Depuis 1905, il y repose dans un sarcophage de granit.
    On lui doit aussi les plans des églises de Berné, de Guénin,
    de Guern, de Nazin (la tour), de Pluvigner, de Carnac (porche nord)
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz (book II).
  • Composed By the Reverend Noury, Parson of Bignan, as stated in Table A.
    "Sung [to La villemarqué] by an old woman from Bignan", according to the "Arguments" of all three editions.
    F. Gourvil infers that the mother of LV might have had a broadside or a book with the lyrics and the name the author printed on it, but that her son shuned mentioning that he availed himself of such trivial sources.
  • Not found in the Keransquer copybooks.
  • Already broadcast as broadside by the Breton printers in a truncated form ("Argument" in the 1846 edition. This mention was removed in 1867). The title of the song, as published in a song book in Vannes in 1835 is "Cannen composet dre er memb person (en Eutru Nourry) er ranteleh ag er Portugel, ha degasset d'e barraes en trizec a vis merh 1800". (Hymn composed by the Vicar referred to in the lyrics (the Reverend Nourry) as he was in Portugal, who is now returned to his parish since 13th March 1800).


  • Mélodie - Tune
    (Cf. Gwreg ar c'hroazour).

    Français English
    1. Ecoutez un recteur de l'évêché de Vannes,
    En raison de sa foi, du royaume exilé.
    Son corps est loin de vous, mais non son coeur, son âme
    Son esprit, sa pensée ne vous ont pas quittés.

    2. Depuis l'instant cruel, où des forces traitresses
    Et des ordres impies m'ont de vous éloigné,
    Vos traits, à chaque instant, à mes yeux reparaissent;
    Je songe à vos malheurs; jour et nuit j'ai pleuré.

    3. O jour plein de douleur, o jour plein de détresse
    Qui m'a de mes enfants à jamais séparé!
    Je n'oublierai jamais- il m'obsède sans cesse-
    Ce désolant adieu, non, tant que je vivrai!

    4. Les Juifs furent longtemps captifs à Babylone:
    Semblable à Jérémie, qui pleura leur malheur,
    Je songe à vos chagrins à toute heure qui sonne.
    Aux flots de l'océan je vais mêlant mes pleurs.

    5. Je pleure amèrement, plein d'angoisse et d'alarmes!
    Seul au bord du rivage assis sur un rocher,
    Et j'inonde mes joues, hélas, avec mes larmes,
    En songeant à ceux dont la mer m'a séparé! [1]

    6. Où sont-ils ces instants qu'ensemble nous passâmes?
    Je venais à toute heure, peuple cher et si bon,
    Pour vous parler de Dieu, pour écouter vos âmes
    Et pour vous soutenir par la communion!

    7. Quel est donc votre état, o mes brebis si chères?
    Vous tous qui me cherchez et ne me trouvez point.
    Moi je n'ai plus d'enfants, vous n'avez plus de père.
    Et je vous cherche aussi et je vous cherche en vain:

    8. Quel sort vous attend? Nul encor ne le devine.
    Qui vous assistera, vous portera secours?
    Etendez Votre main vers ces pieuses victimes,
    O Jésus, bon Pasteur, soutenez-les toujours!

    9. Saints et saintes du ciel, des nues claires et pures,
    Reine du ciel, Marie, venez les secourir!
    Si vous les consolez de ces maux qu'ils endurent.
    Leur devoir par votre aide ils sauront l'accomplir.

    10. Dans quels flots d'affliction t'a-t-on précipitée?
    O ma Basse-Bretagne, o malheureux pays!
    Tu fus jadis si belle et si vive et si gaie,
    Te voici donc bien triste et ton corps est meurtri! [2]

    11. Car, sans foi, sans aveu, des cohortes de traîtres,
    Ont répandu sur toi le chaos, la rancoeur
    Et banni pour jamais évêques, moines, prêtres
    Et éteint pour jamais toute joie dans ton coeur;

    12. Tous ont été bannis, évêques, moines, prêtres,
    Les soeurs ont dû quitter en hâte le pays.
    Et plus de sacrements, de messes qui s'apprêtent!
    La ronce a envahi les temples et parvis!

    13. On a volé la cloche, abattu le pinacle
    Après avoir croix et calice profané,
    Et le corps de Jésus a fui le tabernacle.
    L'église est veuve. Un corps de ses biens dépouillé.

    14. L'église, profanée, n'est plus qu'une écurie!
    Même le maître-autel sert de table à manger.
    Subissent des méchants oppressions et tueries.
    Les vrais chrétiens, les hommes justes, éplorés,

    15. Nous sommes les auteurs des maux qui nous accablent.
    Nos péchés Vous irritent, mon Dieu, c'est certain.
    Pour mériter l'amour, il fallait être aimable;
    Vous vous éloignez quand nous ne le sommes point.

    16. Miséricordieux, malgré Votre colère,
    Faites surgir la joie de nos tourment présents!
    Pardonnez-nous le mal que nous avons pu faire!
    Pitié, mon Dieu, pour nous qui sommes Vos enfants!

    17. Rendez-nous Vos bontés, mon Dieu, rendez-les vite,
    A notre royaume et notre Eglise à la fois!
    Vous êtes Dieu d'amour! La pitié Vous habite.
    Rendez-nous ces trésors que sont la paix, la foi!

    18. Quand, pasteurs et troupeau, nous verra-t-on ensemble,
    A nouveau réunis pour louer Vos splendeurs,
    Quand pourrons-nous chanter Votre gloire en Vos temples?
    Quand donc viendra le jour où sècheront nos pleurs?

    19. Jour de félicité, de bonheur et de liesse!
    C'est mon unique espoir, j'y songe à tout moment.
    Faites, Dieu de bonté, qu'enfin ce jour paraisse
    Où je pourrai serrer dans mes bras mes enfants.

    20. Que ce chant d'affliction qui mon âme consûme
    Dise à mon peuple et mon chagrin et ma douleur.
    Portez-lui, le message, ange aux ailes de brume
    Que nuit et jour je pense à son cruel malheur.

    21. Au retour du printemps, rossignols, tourterelles,
    Vous partirez chanter, joyeux, devant leurs huis.
    Que ne puis-je avec vous m'enfuir à tire d'aile,
    Par delà l'océan, jusque vers mon pays!

    22. Chantez-leur, à ma place, et de toutes vos forces:
    "Au fond de votre coeur, conservez votre Foi!"
    Qu'ils répondent alors: "Plutôt la mort atroce,
    Que l'oubli de mon Dieu. Je garderai Sa Loi!"

    [1] "Seul au bord du rivage": Comme le chant des exilés Jacobites "On Gallia's shore", les strophes 4 et 5 de cette élégie s'inspirent dU Psaume 137. Le poème de William Hamilton prophétisait la Révolution française!

    [2] Selon son habitude La Villemarqué a remplacé tous les mots français par des équivalents bretons. A la strophe 10 il a même remplacé le mot "France" par "Breizh Izel" ce qui en change la portée politique:

    O rouantelezh a Frañs! O bro diskonfortet!
    E pe mor a dristez e oes-te bet taolet!
    Gwech-arall e oes leun a bep kountatemant;
    Mez bremañ n'az-peus mui 'med anken ha tourmant.
    O royaume de France! O pays désolé!
    En quelle mer de deuil fus tu précipité!
    Jadis tu regorgeais d'attraits les plus charmants,
    Mais tu n'es désormais que douleur et tourment.

    devient dans le "Barzhaz":
    10. O douar a Vreizh-izel, o va bro glac'haret!
    E pe mor a gloas e oec'h bet taolet?
    Gwech-arall e oas brao, joiouz, ha laouen;
    Breman te zo mantret, siwazh ! gant an anken!
    10. Dans quels flots d'affliction t'a-t-on précipitée?
    O ma Basse-Bretagne, o malheureux pays!
    Tu fus jadis si belle et si vive et si gaie,
    Te voici donc bien triste et ton corps est meurtri!

    Traduction Christian Souchon (c) 2007
    1. Listen to a parson from the bishopric Vannes
    Who because of his faith from the kingdom was banned.
    If his body is far from you, his thoughts linger
    With you, as does his heart and stay there forever.

    2. Since the unfortunate and accursed day I was
    Banished from our country by pitiless orders,
    My children, you will be always before my eyes
    And because of your pains, I shall moan day and night.

    3. O day full of dismay! Accursed and mournful day,
    When from my dear children I have been sent away!
    Never, until I die, O farewell full of woe,
    Shall I forget you. O, how could I forget you?.

    4. Like Jeremiah or the Jews in their misfortune
    Who for so long have been enslaved in Babylon,
    Every day, thinking of your suffering, your pain
    I mix my bitter tears with the waves of the main.

    5. Sitting upon a rock, alone, facing the shore,
    I whine distressfully, my cheeks with tears so sour
    Streaming. Anyone is heartbroken seeing me
    Who sits and thinks of you who dwell beyond the sea.

    6. O honest and blessed folks, whither, whither have gone
    The happy days when I could meet everyone,
    Whenever I chose, to speak of our religion,
    Ease your hearts and comfort you with the communion?

    7. O my poor, dear children! Are things to stay that way?
    You look for me and don't find me, day after day,
    I look for you, but my hope is vain and barren!
    You have no father more, I have no more children!

    8. O my dear little yews! What can now your fate be?
    Who shall comfort you with his help and sympathy?
    O Jesus, Good Shepherd, always bear them in mind!
    Whenever needed, may they Your helpful hand find!

    9. Blissful Spirit, Holy men and Holy women,
    O never give them up! Nor you, Queen of Heaven!
    Give them your help to do faithfully their duty
    As well as your solace in the difficulty.

    10. Earth of Low Brittany, O desolated land!
    Now, in what ocean of sorrow are you plunged?
    You were so beautiful, so merry and so gay.
    Now you are stricken with horror and with dismay. [2]

    11. A parcel of traitors despising Faith and Law
    Shattered your foundations and strive to lay you low.
    They have deprived you of all moral comfort
    With these monks and priests and bishops whom they deport.

    12. Bishops and priests and monks were by them chased away.
    And all nuns were forced to abandon the country.
    Nowhere to hear a mass, to receive sacraments,
    And brambles thrive in our churches and our convents!

    13. Altar cloth, cross, chalice, everything has been soiled
    And the parish churches were of their bells despoiled.
    The Church is a widow deprived of her heirloom
    In the tabernacle is for Jesus no room.

    14. Desecrated churches were turned to horse stables
    Where the main altars are used as dining tables.
    True Christians and all good people are distressed
    Who are by wickedness everywhere oppressed!

    15. O my God, our own sins are the cause of Your wrath
    And of our treading on painful, treacherous paths.
    You are faithful to us, if we're faithful to You,
    If we go 'way from You, You go 'way from us, too.

    16. In spite of Your anger You are loving and wise
    And from amidst our grief You may cause peace to rise.
    For pity's sake, my God, forgive Your poor children
    The evil they have done and give them Your pardon.

    17. To the whole kingdom and to the suffering church
    Give back Your kindness lost for which they are in search.
    Have pity on us all, God merciful and great.
    Please give us back Your peace. Please, give us back our faith.

    18. When shall we be able, shepherds and flocks of yews,
    To gather together and sing in praise of You.
    When will the day at last dawn that dries up our tears,
    When may we sing Your praise, in Your shrines, free of fears!

    19. Day of felicity! O day full of sweetness!
    My hope for it has been long-lasting and ceaseless.
    God of mercy, you may make the glad hour hasten
    When I can hug again in my arms my children!

    20. Go, song of lament! Song of consolation, go!
    Go and tell my people of my profound sorrow!
    Carry it on your wings, good angels and tell them
    That morning, noon and night my thoughts are for their pains.

    21. Turtledoves, nightingales, with the returning spring,
    You will fly to the door of my children and sing.
    I would be so happy, could I fly away, too,
    To my beloved country over the sea, like you.

    22. At the top of your voice tell them, as I would do:
    - Preserve well your old Faith! Preserve well your old Law! -
    Let them answer: - We would, to keep our Faith of old
    Rather die a thousand times than renounce our God! -

    [1] "Facing the shore...": Like the song of the Jacobite exiles "On Gallia's shore", stanzas 4 and 5 of this laments are inspired by Psalm 137. William Hamilton's poem prophesied the French Revolution!

    [2] As was his wont, La Villemarqué turned all the French words he came across into their Breton equivalents. At stanza 10 he even replaced the word "France" with "Breizh Izel" (Lower Brittany), which modifies the political import of the piece:

    O rouantelezh a Frañs! O bro diskonfortet!
    E pe mor a dristez e oes-te bet taolet!
    Gwech-arall e oes leun a bep kountatemant;
    Mez bremañ n'az-peus mui 'med anken ha tourmant.
    O Kingdom of France! You suffered such great wrong!
    In what abyss of woe did they push you headlong!
    You used to be brimful with pleasures formerly,
    Now you offer nothing but tears and angony.

    reads in the "Barzhaz":
    10. O douar a Vreizh-izel, o va bro glac'haret!
    E pe mor a gloas e oec'h bet taolet?
    Gwech-arall e oas brao, joiouz, ha laouen;
    Breman te zo mantret, siwazh ! gant an anken!
    10. Earth of Low Brittany, O desolated land! Now, in what ocean of sorrow are you plunged? You were so beautiful, so merry and so gay. Now you are stricken with horror and with dismay.

    Transl. Christian Souchon (c) 2007


    Brezhoneg

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    Bignan sous la Révolution
    Pierre Noury: Portrait du célèbre abbé architecte et réfractaire, dont l'action a été bénéfique pour la paroisse, avec notamment, en 1801, la création de la congrégation religieuse des Filles de Jésus à Bignan (Presbytère de Bignan) Pendant la révolution française de 1789, le Clergé breton, suivant les instructions du Pape, refusa dans sa grande majorité de prêter serment, selon la constitution civile du Clergé votée le 12 juillet 1790, qui attentait à la liberté de conscience et, en application du décret du 28 avril 1793, préféra s'exiler en Espagne, au Portugal et en Angleterre. Parmi eux se trouvait l'Abbé Pierre Noury (1743-1804), recteur de Bignan (5 km à l'est de Locminé), évêché de Vannes, qui, réfugié au Portugal en 1792, envoya à sa paroisse cette élégie en dialecte vannetais. Il composa aussi une tragédie sur le sacrifice d'Abrabam, et plusieurs cantiques bretons.
    Il ne rentra d'exil, qu'une fois la paix religieuse rétablie par Bonaparte, le 21 décembre 1801. Sa première messe dans son église dévastée fut un événement salué par la liesse de tout un peuple accouru des alentours.
    Dès don retour il jeta les bases d'une "maison de piété et de bienfaisance", projet achevé par l'abbé Coeffic. Il mourut le 25 juillet 1804 à Vannes où il avait été nommé curé de la paroisse St Pierre.

    En 1793, le 8 septembre, les habitants de Bignan, se soulevèrent, à la voix de Pierre Guillemot (1759 - 1805), qui devint le bras droit de Georges Cadoudal pour délivrer un prêtre, qu'on emmenait à Josselin. A partir de ce moment, commença une série de combats et de poursuites entre les blancs et les bleus, au milieu desquels Guillemot joua un rôle prépondérant, qui lui valut le titre de "Roi de Bignan". Ses principaux faits d'armes sont la prise de Locminé, la défaite du général Bonté en 1799, et la bataille du Pont-du-Loc en 1800. Contraint à l'exil en Angleterre et à Jersey, il rentre en Bretagne où il est reconnu et arrêté. Il est fusillé à Vannes le 5 janvier 1805

    Un autre chouan vit le jour à Bignan: Yves Tyais ou Le Thieis (1761 - 1835), un "kloareg" qu'on surnomme « Bras de Fer » ou « Jupiter » et qui organisa en 1794 les premiers mouvements contre-révolutionnaires de l’armée catholique et royale dans le Morbihan.

    Le château de Kerguéhennec, parfois surnommé le « Versailles Breton », servit d'entrepôt aux chouans pour soustraire les récoltes à la loi de réquisition des grains appliquée par l'administration républicaine.

    Le chant qui suit témoigne du point de vue des républicains sur la question des prêtres réfractaires:


    Couplets pour les prêtres réfractaires (1794)

    Mélodie (Air des Pèlerins de Saint Jacques)

    1. Nous autrefois si contents d'être
    Riches prélats.
    Il faut donc de notre bon maître
    Suivre les pas?
    Des philosophes séculiers,
    A la tribune,
    D'évêques nous ont fait meuniers
    Ainsi va la fortune.

    2. Autrefois nous étions en France
    Comme des dieux
    Mais le peuple dans l'ignorance
    Ouvre les yeux.
    Nos saintes bénédictions
    Pour eux sont nulles
    Des excommunications
    Ils déchirent les bulles.

    3. Pour avoir écouté le Pape,
    Nous voilà pris,
    Il est pour nous Monsieur j'attrape
    Notre pays;
    Hélas, nous ne reverrons plus!.
    Quelle absence,
    Nos pauvres têtes
    Il nous faut donc, comme Jésus,
    Vivre dans l'indigence.

    Note: Des philosophes séculiers: les philosophes des Lumières, Voltaire, Rousseau, Diderot, etc..
    Bignan town during the Revolution
    La Messe de Kervodigan (Presbytere, Bignan) par Théodore Busnel: 
Le tableau rapporte une scène de Bignan sous la Terreur. Le calvaire de Kervodigan est le point de ralliement des paroissiens hostiles pendant la Révolution, où un prêtre réfractaire célèbre alors la messe. During the 1789 French revolution, most of the Breton clergy, following the Pope's instructions, refused to take the oath of allegiance to a Constitution, adopted on July 12th, 1790, offensive to their liberty of conscience and, pursuant to the decree of April, 28th 1793, a great many of them went to Spain, Portugal and England into exile. Among them was the Reverend Pierre Noury (1743-1804), parson of the parish Bignan (5 km east of Locminé) in the Bishopric Vannes, who from Portugal sent in 1792 this lament in Vannes dialect. He also composed a tragedy on Abraham's sacrifice and several church hymns in Breton.
    He went back on 21st December 1801, once the religious liberty was restored by Bonaparte. His first mass in his devastated church was a joyful event to which the whole neighbouring had gathered.
    Immediately after his return, he laid the foundations of a poorhouse "Maison de piété et de bienfaisance", a project that was completed by the Reverend Coeffic. He died on 25th July 1804 in Vannes were he had been appointed vicar of the parish St Peter.

    In 1793, on 8th September, the people of Bignan rose to deliver a priest whom the Convention forces had arrested, following the call of Pierre Guillemot (1759-1805), who was to become soon Georges Cadoudal's right-hand man. This event was followed by a series of fights and raids opposing the White and the Bluecoats, where Guillemot plaid an outstanding part, thus earning the nickname "King of Bignan". His most brilliant exploits were the capture of Locminé, his victory over General Bonté in 1799 and the battle of Pont-du-Loc in 1800. Forced to go in exile to Britain and Jersey, he went back to Brittany where ha was betrayed and arrested. He was executed in Vannes on 5th January 1805.

    Another Chouan was born at Bignan, Yves Tyais ou Le Thieis (1761 - 1835), a seminarist who never was ordained, whose nicknames were "Iron arm" and "Jupiter". In 1794 he took the lead of the first counter-revolutionary risings of the Catholic and Royal Army in Morbihan.

    Kerguéhennec Castle, sometimes dubbed as the "Breton Versailles" was used by the Chouans as a warehouse where were kept crops of corn to conceal them from requisitioning by the Republican government.

    The following song represents the Republican point of view on this matter.


    Stanzas on the Non-juring Priests (1794)

    Tune (Air of the Saint James Pilgrims)

    1. We were so glad in days of old
    To be wealthy.
    Must we in our Master's steps now
    Follow humbly?
    Mundane philosophers have made
    By their speeches
    Of proud bishops, mill attendants.
    Now thus rolls Fortune's wheel!

    2. We were once in the realm of France
    Like gods so high.
    But people kept in ignorance
    Open their eyes.
    Our blessings however holy
    For naught they care .
    And our excommuni-
    cation to shreds they tear.

    3. Because we heard on the Pope's word
    We have been caught
    And yet this fair country is ours,
    Sir Telling off.
    Alas, we shan't see it again.
    We'll be deprived
    Of our poor heads,
    Or we must like Jesus once did
    Be poor or else be dead.

    Note: Mundane philosophers: the philosophers of Enlightenment, Voltaire, Rousseau, Diderot, etc..
    Tombeau du recteur Noury: Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Bignan. Aux pieds du gisant du recteur prennent place une représentation du Sacré-Cœur couronné d'épines, un chapelet et deux oiseaux, symboles de la complainte de l'exilé. La Convention tenta d'instituer le culte civique de l'Ëtre suprême le 7 mai 1794, par un décret dont l'article premier était:
    "Le peuple français reconnaît l'existence de l'¨Être suprême et de l'immortalité de l'âme."
    La première fête de l'Être suprême se déroula le 8 juin 1794 (dimanche de la Pentecôte) et l'on y chanta cet hymne de Théodore Desorgues sur une musique de Gossec.
    C'est peut-être ce culte que Robert Burns conseille malicieusement aux Jacobites d'embrasser dans "Vous qu'on dit Jacobites"


    Hymne à l'Être suprême (1794)

    Mélodie

    Père de l'univers, suprême intelligence;
    Bienfaiteur ignoré des aveugles mortels.
    Tu révélas ton être à la reconnaissance
    Qui seule éleva tes autels. (bis)

    Ton temple est sur les monts, dans les airs, sur les ondes;
    Tu n'as point de passé, tu n'as point d'avenir;
    Et sans les occuper, tu remplis tous les mondes
    Qui ne peuvent te contenir (bis) ...
    Pierre Guillemot, par Théodore Busnel: il est ici représenté armé, portant l'emblème des chouans sur la poitrine, devant le calvaire de Kervodigan, symbole de la contre-révolution à Bignan The Convention endeavoured to institute a Worship of the Supreme Being on May 7th, 1794 by a decree whose first item read thus:
    "The French people acknowledge the existence of the Supreme Being and the immortality of soul."
    The first celebration of the Supreme Being took place on June 6th, 1794 (Whit Sunday) and this hymn composed by Theodore Desorgues to a music by Gossec was sung on that occasion.
    This may be the worship Robert Burns cunningly prompts the Jacobites to adopt in his song "Ye Jacobites by Name"


    Hymn to the Supreme Being(1794)

    Tune

    Sire of the universe, lofty intelligence,
    Benevolence hidden to blind lesser mortals,
    To our gratefulness you have unveiled your essence
    That we may raise for You altars. (twice)

    Mountains, air and water, all harbour Your temple;
    You have not had a past and you have no future.
    You fill out all the worlds although in none You dwell,
    You, whom none of them may immure (twice)...
    Reliquaire du cœur de Pierre Noury.(Oratoire des Filles de Jesus), Bignan. XIXe siècle. La congrégation de religieuses des Filles de Jésus est créée en 1835 par l'abbé Yves Coéffic, sur les bases jetées par l'abbé Noury, auteur de la constitution et du règlement de l'établissement dont la construction est retardée par la Révolution. Consacrée à l'éducation des jeunes filles, la congrégation s'accroît rapidement et sa maison mère est transférée en 1857 à Locmaria. Elle comprend jusqu'à vingt-deux établissements. De nos jours, les Filles de Jésus poursuivent leur tâche au Canada, en Belgique et en Angleterre. Le culte décadaire, institué avec le calendrier républicain (en octobre 1793) faisait disparaître toute référence au christianisme et les fêtes chrétiennes furent remplacées par des cérémonies civiles placées le 10 du mois, le decadi. On se mariait uniquement ce jour-là.
    La chanson ci-après (auteur anonyme, février 1796), proclame:


    Les dangers de la confession

    Mélodie (air: "Mon père je viens devant vous")


    On lit dans un journal chrétien
    Et soi-disant apostolique,
    Que pour être bon citoyen
    L'an quatre de la République
    Aux pieds d'un prêtre,
    Aux pieds d'un prêtre, il faut encor,
    Décliner le confiteor (bis).

    Pour moi, je ne souffrirai pas
    Qu'un tartuffe, à travers sa grille
    Dénombre les secrets appas
    De mon épouse ou de ma fille...

    ...L'inquisition d'Espagne
    Ce monstre affreux qui vit encor,
    Est fille du confiteor. (bis)

    Des réfractaires scélérats,
    Cette arme rapide et tacite
    A poignardé nos assignats
    Et mis l'esprit public en fuite.
    A decadi qui nuit encor
    Si ce n'est le confiteor? (bis)

    ... Français, les Saint-Barthélémy,
    Les dragonnades, les Vendées
    Les rois enfin peuvent encor
    Renaître du confiteor.

    J'aime Dieu, j'aime mon prochain,
    Sans l'entremise d'un autre homme.
    Mais si jamais je suis romain,
    Je veux qu'on l'aille dire à Rome...
    Je suis Français chrétien encor,
    Mais nargue du confiteor. (bis)

    Source des 3 chants ci-dessus: Dictionnaire des chansons de la Révolution 1787-1799, Ginette et Georges Marty, Editions Tallandier, 1988
  • Deux autres chants sur les prêtres réfractaires, tirés de la collection de Penguern: "Apprenez, gens de Plabennec..."

  • et Ar veleien harluet (les prêtres exilés)

  • Autel de l'église de Bignan. XVIIIe siècle. L'autel de l'église est resté en place et a conservé son majestueux ciborium. En haut du baldaquin, l'ange de la miséricorde est suspendu au-dessus de l'autel, conférant à la construction un aspect très théâtral. Les statues de petite taille de saint Joseph et de saint Jean Baptiste encadrent le Christ en croix. The Tenth-day Worship instituted along with the Republican Calendar in October 1793 abstained from any reference to Christian faith and the Christian feasts were replaced by civil ceremonies held on the tenth of the month, the so-called "decadi", especially weddings.
    The song hereafter (anonymous author, February 1796) exposes:


    The Dangers of Confession

    Tune (air: "Reverend, I came to you")


    I read in a Christian weekly,
    - Apostolic presumedly-
    That to be a good citizen
    In the fourth year of People's reign
    To a priest's feet
    To a priest's feet you should once more
    Kneel and pray the "Confiteor" (twice)...

    As to me I never allowed
    A tartuffe hid behind a grid
    The most secret charms to behold
    That my wife or my daughter bid...

    ...The Inquisition in Spain
    This still living, dreadful monster
    Was sired by the "Confiteor" . (twice)

    This non-juring villainous priests'
    Weapon, well-concealed and swift
    Stabbed in the back our assignats
    And put to flight public spirit.
    What does still harm the Tenth-day fair,
    If not the old "Confiteor"? (twice)

    ... French people, Bartholomew's day,
    Dragonnades and wars of Vendée,
    Even kings may crop up once more
    From the accursed "Confiteor". (twice)

    I love God, I love my neighbour
    And for that I need no succour.
    But if I am to be Roman
    I want them to go say to Rome:
    I am a Gaul and a Christian,
    But scoff at the "Confiteor". (twice)

    Note: Confession is a sacrament in the Roman Catholic rite consisting in the act of a penitent disclosing his sinfulness before a priest in the hope of absolution. The confessional (confession bench) has a grid separating the priest from the penitent. "Confiteor" is the first word of the prayer opening the confession ritual.
    Assignat= bank notes used during the French Revolution.
    Bartholomew's night: massacre of Protestants on August 23d 1572.

  • Two other songs about "non-swearer priests", from the Penguern Collection: "People of Plabennec, come nigh!"

  • and Ar veleien harluet (Priests in Exile)


  • Translations by Christian Souchon (c) 2007


    Château de Kerguéhennec



    Al Labourerien  Ar re C'hlaz