1°Paotred kostez Pont 'n Abad

Les Gars du côté de Pont-l'Abbé

The Lads around Pont-l'Abbé

Chant composé par Théodore Hersart de La Villemarqué
et noté dans le 1er Carnet de Keransquer (p. 217).


Mélodie
Arrangt Christian Souchon (c) 2015

A propos de la mélodie
On trouvera ci-après 2 chants de structure analogue traitant du même sujet.
Le catalogue Ollivier (cf. ci-après) indique (en breton) que le second, "Ar Bragoù moan" (18 couplets en dialecte de Cornouaille de 6 vers de 7 ou 6 pieds) se chante sur la mélodie "Nn hani zimizo di-me" (Celui qui m'épousera).
C'est, à coup sûr, celle qui accompagne le chant "Les culottes étroites" de l'Abbé Jean-Guillaume Henry. On la trouve publiée par l'Abbé François Cadic dans le N° d'avril 1903 de la "Paroisse Bretonne de Paris".
Elle accompagne la chanson enfantine, remaniée par l'Abbé Auguste Conq dit "Paotr Tréouré" et intitulée "Yannik an difouper neizhioù", "Jeannot le dénicheur".

A propos du texte
  • Selon M. Donatien Laurent, p.255 des "Sources", l'auteur de ce texte n'est autre que La Villemarqué lui-même, comme cela ressort des 7 derniers vers: "Entre Bannalec ... gens de la campagne".
  • Il s'agit sans doute de l'original de la "chanson des longues culottes" dont A. de Courcy parlait à La Villemarqué dans une lettre du 13 mai 1840, citée p. 84-85 dans "La Villemarqué, sa vie, ses œuvres" (du fils du Barde, Pierre de La Villemarqué, édition publique parue en 1908): "Ce que tu dis de l'efficacité de ta chanson sur les longues culottes, mon cher Druide, me fait plaisir et me donne envie de la connaître...".
    L'édition familiale du même ouvrage, p. 108 ajoute: "Il paraît que la chanson était drôle et spirituelle, car dans sa lettre suivante A. de Courcy insiste: "Ta chanson sur les culottes m'a bien amusé, j'en ai donné des exemplaires à Brizeux."
  • De même dans une lettre adressée à Prosper Proux le 18 mai 1843, et citée par F. Jaffrennou dans sa thèse sur ce poète (Carhaix, 1913, p. 54), La Villemarqué parle de "ma chansonnette sur les "longues culottes".
  • Cependant, une longue note de Joseph Ollivier (Catalogue bibliographique de la chanson populaire sur feuilles volantes, p.18 ), à propos de la chanson des "bragou moan", cite un article de La Villemarqué dans la Revue de l'Armorique du 15 septembre 1843 (dans lequel il rend compte de "Telenn Arvor" d'A. Brizeux"), où le Barde de Nizon n'emploie pas la 1ère personne pour désigner "l'auteur de la chanson des "Bragoù moan", les pantalons, qui avait emprunté plusieurs idées au "Ni zo bépred" de Brizeux.
    Il signale que "cette farce ... a mis aux prises, dans une foire, les culottes longues [bragoù moan] et les "bragoù braz" au point de rendre nécessaire l'intervention des gendarmes."
  • J. Ollivier est intrigué par le fait que dans le catalogue de chansons et cantiques sur feuilles volantes dressé par l'abbé Guillerm , c'est "Henry, beleg" (=prêtre) qui est désigné comme auteur. Et il pense que cette attribution à l'Abbé Jean Guillaume Henry est très plausible, du fait qu'on connaît au moins deux autres chansons satiriques de cet ecclésiastique: "An tri ferson" (Les trois recteurs) et "Merc'hed Pont-Aven" (Les filles de Pont-Aven).
  • Il ajoute: "Ces 2 attributions, à La Villemarqué et à l'Abbé Henry, ne paraissent pas inconciliables si l'on admet que l'idée de la chanson appartient à La Villemarqué et que l'abbé Henry, appelé à corriger la première rédaction sut lui donner son aspect définitif.
  • Cette hypothèse en permet une autre: c'est peut-être "Ar bragoù moan" - elle date de 1840, voir la lettre d'A. de Courcy - la première étape de la collaboration si féconde pour La Villemarqué que lui donna l'abbé Henry jusqu'à sa mort (1880).
  • Et en l'exprimant, j'écarte résolument toute idée de collaboration de l'Abbé Henry à la 1ère édition du Barzhaz Breizh (juillet 1839). Jamais l'abbé n'eût laissé passer les nombreuses fautes de mutations qui émaillent chaque page de cette édition, et pour diverses raisons, je crois que leur connaissance ne se fit qu'après la publication de cet ouvrage."
  • L'examen des cahiers de Keransquer corrobore absolument cette hypothèse, si ce n'est que la version de l'Abbé Henry apparaît plus comme une réécriture que comme une correction de la médiocre ébauche de La Villemarqué. Celle-ci, consignée dans le 1er cahier, a effectivement été rédigée avant 1841, date à laquelle a été ouvert le second cahier.
    L'observation d'Ollivier invalide l'affirmation d'Arbois de Jubainville, reprise par Anatole Le Braz, qui voyait en l'Abbé Henry le véritable auteur du Barzhaz.
    D'autre part, la version du carnet, "Paotred kostez Pont 'n Abad", rédigée à l'évidence sans l'aide de l'Abbé, montre que le La Villemarqué du premier Barzhaz, loin d'ignorer le breton comme l'affirmèrent certains de ses détracteurs, était déjà capable de s'inspirer des pièces qu'il notait pour improviser, serait-ce dans un breton approximatif, un chant de son crû.
    L'existence d'un chant intitulé "'N hini zimezo din-me" qui annonce la 8ème strophe du poème de l'abbé Henry, laisse supposer que ce dernier s'inspire aussi des paroles de la chanson dont les deux "bardes" empruntent la mélodie.
  • Notons, que, selon l'Abbé François Cadic, "la chanson "Bragoù moan" fut composée il y a quarante ans [il écrit en avril 1903] pour les hommes de Scaër par un poète de Querrien (Finistère)". Il résulte de ce qui précède qu'exceptionnellement les informations de l'Abbé sont sans aucun doute erronées.
  • About the tune
    The two songs below have an analogous structure and the same subject matter.
    The catalogue Ollivier (see below) directs (in Breton) the second piece, "Ar Bragoù moan" (18 stanzas in Quimper dialect of 6 lines with 7 or 6 feet each) to be sung to the tune "Nn hani zimizo di-me" (Whoever marries me).
    It is, to be sure, the tune accompanying the song "Narrow Breeches" by the Rev. Jean-Guillaume Henry, which was published by the Rev. François Cadic in the April 1903 release of the periodical "Paroisse Bretonne de Paris".
    The same tune is the vehicle for the children's song, recast by the Rev. Auguste Conq alias "Paotr Tréouré" under the title "Yannik an difouper neizhioù", "Johnny the bird's-nester".

    About the lyrics
  • According to M. Donatien Laurent's view, on p.255 of his "Sources", the author of this "son" is none other than La Villemarqué himself, as stated in the last 7 lines: "Between Bannalec ... country people".
  • We may assume that this is the original of the "Song of the Long Breeches" mentioned by A. de Courcy in a letter to La Villemarqué dated 13th May 1840, quoted on pp. 84-85 in "La Villemarqué, sa vie, ses œuvres" (by Pierre de La Villemarqué, the son of the Bard, in the public edition published in 1908): "I do rejoice at the alleged "efficiency" of your song on Long Breeches, my dear Druid, and I am anxious to read it...".
    The private edition of the same work, on p. 108 states furthermore: "This song must have been funny and witty, since in his following letter A. de Courcy insists: "Your song on the Breeches was very entertaining. I sent copies of it to Brizeux."
  • Besides, in a letter he sent to Prosper Proux on 18th May 1843, which F. Jaffrennou quoted in his academic thesis on this poet (Carhaix, 1913, p. 54), La Villemarqué mentions "my ditty on the "Long Breeches".
  • However, in a long note by Joseph Ollivier (in "Catalogue bibliographique de la chanson populaire sur feuilles volantes", p.18 ), concerning the song "Bragoù moan", an article contributed by La Villemarqué to the "Revue de l'Armorique" of 15th September 1843 (in which he reports on the book "Telenn Arvor" by A. Brizeux"), is quoted, where the "Bard of Nizon" does not use the 1st person when referring to "the author of the song "Bragoù moan", i.e. "The Trousers", featuring many ideas borrowed from "Ni zo bépred" by Brizeux.
    He states that "this prank ... triggered of a fray, on a fair, between narrow trousers [bragoù moan] and wide breeches [bragoù braz] which made the intervention of the official forces necessary."
  • J. Ollivier is puzzled by a mention in the catalogue of song and hymn broadsides drawn up by the Rev. Guillerm, of "Henry, beleg" (=priest) as the author of this piece. But he considers this ascription to the Rev. Jean Guillaume Henry perfectly plausible, since at least two other satirical songs by this priest are known: "An tri ferson" (The three parsons) and "Merc'hed Pont-Aven" (Pont-Aven lasses).
  • He adds: "These two ascriptions, to wit to La Villemarqué and to Rev. Henry, respectively, are not irreconcilable, if one admits that the idea of the song belongs to La Villemarqué, while the Rev. Henry, who was invited to correct the first draft, gave it its definitive aspect.
  • This hypothesis leads us to make a second one: "Ar bragoù moan" - composed in 1840, as stated in A. de Courcy's letter - marks possibly the outset of a collaboration which was so fruitful for La Villemarqué until the death of the Rev. Henry (1880).
  • Herewith, I definitely discard the idea that the Rev. Henry might have collaborated in the first edition of the Barzhaz Breizh (July 1839). Never in life would the priest have admitted the countless grammatical mistakes with which each page of this edition is dotted. For this reason, among others, I think that their first acquaintance took place only after the publishing of this first version."
  • A close examination of the Keransquer copybooks is thoroughly consistent with this hypothesis. One remark however: the Rev. Henry's version should be considered a "remake" rather than an amended version of La Villemarqué's mediocre draft. This draft, which was to be found in the first copybook, was really composed before 1841, the year when the second copybook started.
    Joseph Ollivier's remark annihilates d'Arbois de Jubainville's conjecture, readily taken up by Anatole Le Braz, to the effect that the Rev. Henry was the genuine author of the Barzhaz.
    Besides, the copybook version, "Paotred kostez Pont 'n Abad", evidently composed without the divine's collaboration, demonstrates that La Villemarqué when he wrote the first Barzhaz, far from ignoring the Breton language, as was asserted by some of his detractors, was already able to elaborate on the pieces he collected and create, albeit in faulty Breton, a song of his own.
    The existence of a previous song whose title "'N hini zimezo din-me" echoes the 8th stanza in the Rev. Henry's poem, could allow the inference that the latter also drew on the lyrics of the said song whose melody was borrowed by both "bards".
  • Let us notice, that, as stated by the Rev. François Cadic, "the song "Bragoù moan" was composed 40 years ago [he writes in April 1903] for the men of Scaër by a Querrien poet (Département Finistère)". It results from the above considerations, that this view is likely to be erroneous (which seldom happens in F. Cadic's statements).

  • BREZHONEK

    PAOTRED KOSTEZ PONT 'N ABAD


    p. 217

    1. Paotred kostez Pont n'Abad
    Sort awalc'h vit o oad

    DISKAN
    Peus ket mezh, 'peus ket mezh,
    Paotred diwar ar maez? (div w.)

    2. Gante o blev troc'het berr
    Evel d'an paotred kaezh.

    3. Gante o blev troc'het berr
    Ya-vat, evel d'al laerien!

    4. Vel d'an dud zo bet tapet
    Hag en prizon lakaet.

    5. Gant o bragoù hir a strizh,
    Me oar vat emaint pizh:

    6. Ker vo prenañ brageier
    Ha prenañ loeroù ler.

    7. Ganto bragoù frik ha berr.
    Bragoù bras zo re ker.

    8. N'ouient ket ar brezhoneg
    Ha maint ' klask preg' gallek.

    9. Lakaat reont 'n dud da c'hoarzhiñ
    Hag i lar "Ni zo paotred fin!"

    10. Ne ouiennt na son na brud,
    Bouzar vel loened mud.

    11. Pasoù, dansoù na gourenn.
    N'ouzont netra a grenn.

    12. Vidoc'h, Nizoniz, Kerneviz,
    Dalc'hit mat en ho kiz!

    13. Dougit bepred, dougit c'hoazh
    Ho plev hir, ho pragoù bras,

    14. Hag e vec'h enoret,
    Enoret da bepred!

    15. Troc'hit ho tev en ho peg
    Ken ankouat ar brezhonek!

    16. Vel 'neus laret en e son
    Brizeux [a zo va] mignon.

    17. 'velse vech enoret
    Gant an holl dud bepred.

    18. 'Tre Riek ha Pont-Aven,
    En ur maner war an duchenn...

    19. Kanit sonioù, kanit kaer,
    Re gozh ha re nevez pep amzer!

    20. Dalc'homp mat, Nizonis
    Dalc'homp mat en hor chiz!

    21. Tre Bannalek ha Pont-Aven,
    Barzh ur maner war an duchenn
    Zo bet savet ar zonik-men,

    22. Savet gant un den yaouank-flamm
    A gar ar Vretoned koulz e vamm!

    23. Hag a zo en e aez
    Gant an dud diwar ar maez.

    STUMMMOU ALL

    1 bis. Graet vez an dro d'an douar
    Vez ket kavet o far.

    3 bis. Evel an dudigoù kaezh
    A zo aet d'an galeoù,
    Da c'hwitellat ur bloaz pe zaou.

    9 bis. Krediñ ran emaint...
    ...

    20 bis Karet vec'h hag enoret
    Evel-se da bepred
    Gant an holl dud bepred.

    KLT gant Christian Souchon.
    TRADUCTION FRANCAISE

    LES GARS DU CÔTE DE PONT-L'ABBE


    p. 217

    1. Les gars du côté de Pont-l'Abbé
    Sont assez doués pour leur âge

    REFRAIN
    N'avez-vous pas honte,
    Gars de la campagne? (bis)

    2. Ils ont les cheveux coupés courts
    Comme ceux des villes.

    3. Ils ont les cheveux coupés courts,
    Mais oui, comme les voleurs.

    4. Comme ceux qu'on a arrêtés
    Et mis en prison.

    5. Avec leurs pantalons longs et étroits
    Je sais bien qu'ils sont avares.

    6. Cela coûte cher d'acheter des braies
    Et des guêtres de cuir.

    7. Leurs pantalons sont étriqués et trop courts
    Mais les larges braies sont trop chères.

    8. Eux qui ne savaient pas le breton
    Cherchent à discourir en français.

    9. Ils font rire tout le monde
    Quand ils disent: "Nous sommes des gars raffinés".

    10. Ils ne connaissaient ni chansons ni contes,
    Eux qui sont sourds comme des bêtes brutes.

    11. Ni pas, ni danse, ni lutte:
    Ils ne connaissent rien du tout.

    12. Quant à vous, gens de Nizon, Cornouaillais,
    Tenez bon à vos coutumes!

    13. Conservez toujours, conservez encore
    Vos cheveux longs, vos larges braies!

    14. Et l'on vous honorera,
    Honorera à jamais.

    15. Coupez-vous la langue dans la bouche
    Plutôt que d'oublier le breton!

    16. Comme le dit dans sa chanson
    Brizeux qui est mon ami.

    17. Ainsi serez vous honorés
    Par tout le monde et toujours.

    18. Entre Riec et Pont-Aven
    Dans un manoir, sur le tertre...

    19. Chantez des chansons, chantez bien
    Des vieilles et des nouvelles, en tout temps!

    20. Tenons bon, gens de Nizon,
    Conservons nos coutumes!

    21. Entre Bannalec et Pont-Aven
    Dans un manoir, sur la hauteur,
    Fut composée cette chanson.

    22. Composée par un tout jeune homme
    Qui aime les Bretons comme sa mère.

    23. Et qui ne se sent jamais aussi bien
    Que parmi les gens de la campagne.

    VARIANTES

    1 bis. On fait le tour du monde
    Sans trouver leur pareil.

    3 bis. Comme les pauvres gens
    Qui ont été aux galères
    Siffler un an ou deux.

    9 bis. Ils croient être...
    ...

    20 bis. Vous serez aimés et honorés
    Alors et à jamais
    Par tout le monde, toujours!

    ENGLISH TRANSLATION

    THE LADS AROUND PONT-L'ABBE


    p. 217

    1. The lads around Pont-l'Abbé
    Are smart in spite of their young age

    CHORUS
    Shame on you, shame on you,
    You who are country lads too! (twice)

    2. With your short-cut hair
    Like the unfortunate men.

    3. Whose hair was cut short
    Because they were thieves!

    4. Because they were captured
    And put in prison.

    5. Their long and narrow trousers,
    Proclaim that they are misers:

    6. Real breeches are expensive
    And so are leather gaiters.

    7. They wear tight and short trousers.
    "Bragoù bras" (ample breeches) are too expensive

    8. They did not speak Breton properly
    But they endeavour to preach in French!

    9. They make all people laugh
    When they say: "We are fine lads!"

    10. They knew neither song nor tale,
    They are as deaf as animals are dumb.

    11. Step, dance, wrestling.
    They ignore everything.

    12. But you, men of Nizon and Cornouaille
    Take heed of your customs!

    13. Always wear, O wear still
    Your long hair, your bragoù bras,

    14. And you shall be honoured,
    Honoured forever!

    15. Have your tongues be cut in your mouths
    Rather than allowing them to forget your Breton,

    16. As used to say
    Brizeux, who was my friend.

    17. So you will be honoured
    By everybody and always.

    18. Between Riec and Pont-Aven,
    In a manor upon the bray...

    19. Sing your songs, sing them well,
    Either old or new, go on singing!

    20. Let us keep up, Nizon people,
    Keep up our Breton customs!

    21. Between Bannalec and Pont-Aven,
    In a manor upon the bray
    This ditty was composed,

    22. Composed by a very young lad
    Who loves the Breton like his own mother!

    23. And who feels at ease
    With the people of the country.

    VARIANTS

    1 bis. Should you travel around the world
    You would not find their like.

    3 bis. Like the hair of those
    Who are sentenced to penal servitude,
    And learned nothing but whistling during one or two years.

    9 bis. They imagine that they are...
    ...

    20 bis And you will be honoured and loved
    In that way and forever
    By everybody, forever.





    2° Ar bragoù moan

    Les culottes étroites

    The narrow breeches

    Chant composé par l'Abbé Jean-Guillaume Henry (1803 - 1880)

    BREZHONEK

    AR BRAGOU MOAN


    1. Yannik en-deus cheñchet giz
    Aet e revr da vourc'hiz, ge! (Div w.)
    'Peus ket mezh, 'peus ket mezh,
    Kozh aotrouik manket?
    'Peus ket mezh, 'peus ket mezh,
    Chom c'hoazh war ar maez?

    2. Na perak ur bragoù moan
    E-lec'h unan ledan? ge! (Div w.)
    C'hwi 'po mezh, c'hwi 'po mezh
    Pa larin ho toare
    C'hwi 'po mezh, c'hwi 'po mezh
    Va aotrouik kaezh!

    3. Bragoù moan o tont er bed
    Tri faëron en-eus bet, ge! (Div w.)
    Pucherer, Garrik-Treud,
    Ha Yannik Kergoden,
    Pucherer, Garrik-Treud:
    Tri dibuner neud.

    4. Pucherer oa 'r frailhet den
    A-gostez Rosporden, gé! (Div w.)
    Eñ grouge e vragoù
    Betek e zivgazel!
    Eñ zalc'he e vragoù
    Gant brikolennoù.

    5. Garrik-Treudet bemnoz timat
    A ye da grampoëzat, ge! (Div w.)
    Hag ar vrud a lavar
    Gant ki Mari-Jannik
    Hag ar brud a lavar
    Soaa aet e gov-garr.

    6. Kergoden, e benn touzet,
    Gant e c'hallek troet, ge (Div w.)
    A oa bet ur bloaz pe zaou
    O teskiñ c'hwitellat,
    A oa bet ur bloaz pe zaou
    Barzh ar galeoù.

    7. Ho mammoù pa oa yaouank,
    Merc'hedigoù divank, ge (Div w.)
    Ur zonik a ganent:
    - C'hwi merc'hed, deskit hi! -
    Ur zonik a ganent
    Klevit petra larent!

    8. "Mar am-bo biken ur gwaz,
    Vo unan bragoù braz (Div w.)
    Bragoù-moan, bragoù-moan
    En ur pegañ labour,
    Bragoù-moan, bragoù-moan
    A vez bepred gwan.

    9. Ha bremañ, kredit ervad
    Evit ho prasañ mad (Div w.)
    Dalc'hit d'ho pragoù braz,
    Mignon, mar em c'hredit!
    Dalc'hit d'ho pragoù braz,
    Na vefet ket gwazh!

    10. C'hwi pere a red bemde
    Warlerc'h modoù nevez (Div w.)
    O cheñch prezeg, o cheñch mod,
    C'hwi ray e berr amzer
    O cheñch prezeg, o cheñch mod,
    Tud fall dioc'h tud zod!"

    TRADUCTION FRANCAISE

    LES CULOTTES ETROITES


    1. Yannick a changé d'habits
    En bourgeois son dos monte (bis)
    Holà, n'as-tu pas honte,
    Petit monsieur mal mis,
    Holà, n'as-tu pas honte
    D'être en ton pays?

    2. Pourquoi l'étroite culotte
    Au lieu du bragoù braz?
    Garçon tu rougiras,
    Si sur toi l'on chuchote:
    Garçon, tu rougiras
    Pauvre tête sotte.

    3. Pantalons étroits ont eu
    A leur triste origine,
    Trois gars de pauvre mine:
    Pucherer, mal vêtu,
    Garrik-Treud courte échine
    Et Yannik tondu.

    4. Pucherer, un pauvre drôle
    D'auprès de Rosporden,
    Accrochait, beau pantin,
    Sa culotte à l'épaule,
    A l'épaule au moyen
    De quelque bricole.

    5. Garrik-Treud, bien tard la nuit,
    Mangeait crêpe nouvelle
    Auprès d'une donzelle
    Si l'on en croit le bruit.
    Aux crocs d'un chien fidèle
    Son mollet s'enfuit.

    6. Kergoden, tête tondue,
    Mi-Français, mi-Breton,
    Un ou deux ans dit-on,
    Sous la chaîne tendue,
    Forçat sous le bâton
    Paya dette due.

    7. Jeunes filles sans souci,
    Ne perdez pas la tête.
    Chantez la chansonnette
    Que vos mères ici,
    Selon qu'elles l'ont faite
    Répétaient ainsi:

    8. "Celui qui m'aura pour femme
    Portera bragou-braz.
    La culotte n'est pas
    D'assez solide trame
    Pour qui tient à son bras
    La bêche ou la rame.

    9. Et vous mes gars, croyez-moi,
    Mes paroles sont vraies
    Gardez vos larges braies
    La coutume fait loi.
    Gardez vos larges braies
    Avec votre foi.

    10. Vous qui courez, en tout temps
    Vers les modes nouvelles,
    A vos mœurs infidèles,
    Vous serez, pauvres gens,
    En perdant vos cervelles,
    Des sots, des méchants."

    Traduction: Charles Vincent Vice-président de "La Paroisse Bretonne", rédacteur à la "Gazette de France" et écrivain sous le pseudonyme "Pierre Maël". Il est l'auteur de la plupart des traductions des premiers numéros de la "Paroisse".
    ENGLISH TRANSLATION

    THE NARROW BREECHES


    1. Johnny's dress changed overnight
    His behind was knighted (Twice)
    Shame on you, shame on you,
    Rustic, you are untrue!
    You remain, what a shame,
    Peasant all the same!

    2. In your narrow trousers squeezed
    Instead of wide breeches! (Twice)
    What a shame, what a shame
    Your faults I shall proclaim.
    Shame on on you, shame on you,
    Mock town dweller, boo!

    3. When they were born, narrow trousers
    Have had three godfathers: (Twice)
    Pucherer, Garrik-Treud,
    And Johnny Kergoden,
    Garrik-Treud, Pucherer,
    All three thread spinners.

    4. Pucherer crouched in a den
    Not far from Rosporden, (Twice)
    Poor rabbit: strange habit,
    Up under his armpits
    Narrow pants to suspend
    On hooks with two ends!

    5. Garrik-Treud each night would steal
    Pancakes, quite a great deal, (Twice)
    And, the gossip has it
    That old Mary-Jannik
    Has a hound who had ground
    To find it unsound!

    6. Close-cropped haired Kergoden,
    Whose French is so rotten, (Twice)
    Learned it for three or four
    Endless years, if not more,
    And such amenities,
    In penal colonies!

    7. When they were young, your mummies,
    Joyful, heedless lassies, (Twice)
    Used to sing a saying:
    - Which you should be learning! -
    Such a pretty, ditty
    Listen, it's witty!

    8. "If to wed you feel itches,
    Then one in wide breeches! (Twice)
    Narrow pants, narrow pants
    On them you can't depend,
    Narrow pants, narrow pants
    A choice you'd repent!

    9. If you will take my advice
    - It's worth repeating twice -, (Twice)
    Keep to these wide breeches
    Friends, believe me, please!
    Keep to these wide breeches,
    Live a life of ease!

    10. You who hasten to conform
    With new fashion, new norm, (Twice)
    With new breeches, new speech,
    You will climb in no time,
    With new breeches, new speech,
    From folly to crime!"

    Translated by Christian Souchon (c) 2015


    NOTES

    [1] Giz: c'est le mot français "guise", issu du francique et parent de l'allemand "Weise": manière d'être ou d'agir. Il a pris le sens de mode vestimentaire (propre à un terroir). Le fait d'en changer lors d'une mascarade devint le "déguisement".

    [2] Bragoù: malgré sa forme plurielle c'est un mot singulier dont le pluriel est "brageier". Il a la même origine celtique que le français "braie" (et sans doute l'anglais "breeches"), ce qui n'empêche pas nos voisins britanniques de désigner le costume des Highlands dont la pièce maitresse est le kilt, par l'expression "l'habit des Gaulois" (The Garb of Old Gaul).

    [3] Pucherour= personne accroupie, Garrik-Treud= Maigres jambes. Dans "Kergoden", la deuxième partie du mot fait penser à "godisat", se moquer de quelqu'un.

    [4] Soaa. L'Abbé Cadic n'avait pas traduit: "Son mollet a été [?]". Peut-être faut-il lire (transformé en) "soav"= pain de suif (un mot parent de "savon").

    [5] Brikolenn: bricole= double hameçon.

    [6] Galeoù: les galères furent supprimées en France à la fin du XVIIème siècle, mais le mot resta longtemps en usage dans le sens de "travaux forcés". Dans les Misérables" (parus en 1862), Jean Valjean est appelé "galérien".

    [7] "Tud fall dioc'h tud zod": la dernière strophe proclame, en réalité, qu'en changeant de langue (et de vêtements) les Bretons s'exposent à devenir, de gens simplets ("sod") qu'ils étaient, des gens méchants ("fall"). Cette conception de la langue comme rempart et cordon sanitaire infantilisant contre le "mal" (la modernité) est certainement pour beaucoup dans la désaffection dont elle devait être victime.
    Quant aux vêtements, il est intéressant de comparer ce chant avec les lamentations écossaises sur l'interdiction du port du kilt ("Disclothing Act") de 1746: cf. par exemple Against the Lowland Garb.
    Par ailleurs on trouvera d'autres chants sur l'abandon (volontaire) des costumes bretons sur la page Gwiskamant a bep seurt. En 1903 nous dit l'Abbé F. Cadic, "on trouverait à peine quelque guêtres de toile aux environs de Guéméné-sur-Scorff, quelques culottes bouffantes aux environs de Quimper."
    [1] Giz: is the French word "guise", originating from the Germanic and related with the German "Weise": "the way one is or behaves". It also assumed the meaning of clothing fashion (peculiar to a specific area). A modified "guise" on the occasion of a masquerade became a "disguise".

    [2] Bragoù: in spite of its plural aspect, it is a singular form whose plural is "brageier". It has the same Celtic origin as the French "braie" (and possibly the English "breeches"), which does not prevent our neighbours beyond the Channel to dub the Highland dress whose chief element is the kilt, The Garb of Old Gaul!

    [3] Pucherour= is one who always crouches down, Garrik-Treud= thin, crooked legs. In "Kergoden", the second part of the word reminds of "godisat", to make fun of somebody.

    [4] Soaa. The Rev. Cadic did not translate the word: "His leg calf was [?]". Maybe (turned into a) "soav"= loaf of tallow ("soav" is related to "soap").

    [5] Brikolenn: French "bricole"= a double hook.

    [6] Galeoù: galleys were suppressed in France by the end of the 17th century, but the word remained in use with the meaning of "penal service". In Victor Hugo's Miserables" (published in 1862), the protagonist Jean Valjean is still called a "galérien" (a galley slave).

    [7] "Tud fall dioc'h tud zod": the last stanza asserts, in fact, that the Bretons who give up their traditional idiom and clothing are at a risk of becoming, instead of the ingenuous ("sod") people they were, really bad ("fall") people. This idea of a language conceived as a rampart or an infantilizing "cordon sanitaire" against "evil" (i.e. modernity) was a capital element in the decline it was doomed to undergo.
    As for the clothing, it is worth while comparing this song with the Scottish laments in Gaelic on the ban on the Highland garb ("Disclothing Act" in 1746): see for instance the song Against the Lowland Garb.
    Besides other songs on the (deliberate) abandon of the traditional Breton attire will be found on page Gwiskamant a bep seurt. In 1903, as stated by the Rev. F. Cadic, "one would hardly spy a few pairs of linen gaiters around Guéméné-sur-Scorff, and some scarce baggy breeches in the villages around Quimper."




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