Tud yaouank Nizon

Les jeunes gens de Nizon

Nizon's youths

Chant collecté par Théodore Hersart de La Villemarqué
dans le 1er Carnet de Keransquer (p. 290-292).


Mélodie

Arrangement Christian Souchon (c) 2015

A propos de la mélodie
Inconnue. Remplacée par "La Belle Jeannette", notée dans "Revue de Bretagne et de Vendée", tome V de 1891, par Yann Kerhlen (alias Père Jean-Mathurin Cadic) pour accompagner le chant "Jeannett er Vraw".

A propos du texte
Comme le chant Chilaouit ur zonik nevez, - et contrairement, peut-être, au chant du Barzhaz Le temps passé -, voici une authentique composition collective. On y retrouve quelques noms connus:
  • Michel Cotillard, l'un des 4 compositeurs porte le même nom que l'un des deux pauvres arrêtés à tort, dont parle "Chilaouet".
  • Catel Rouat de Nizon-bourg, chanteuse à l'origine de 3 chants du Barzhaz.
  • François Richard de Nizon-bourg, porte le nom de l'époux de la précédente.
  • Yves Le Penven du hameau de Kernonen, a le même nom qu'Anne Penven, citée sur les "Tables" comme contributrice d'un chant du Barzhaz.

    Bien que le récit ne soit pas très clair, il semble qu'Yves (Youenn) le Penven ait demandé la main de Catherine (Catel) Rouat, mais que celle-ci, née en 1779, ait subordonné son accord au résultat du tirage au sort concernant son fils dans le cadre de la conscription (ce qui situe l'action vers 1820-1830). Si celui-ci tirait un mauvais numéro, il devait partir à l'armée pour sept ans. C'est sans doute ce qui se produisit, car au lieu de fêter l'événement avec Catel, son fils et sa fiancée (?) Pélagie, on voit Yves exciter un chien sous la cohue (le marché couvert) et se présenter avec un pantalon déchiré et sale, chez Le Goarant, peut-être un aubergiste de Nizon.
    On peut penser que François Richard qui voulait épouser la jeune Pélagie, mais à qui cette dernière, qui avait une autre idée en tête, conseillait de choisir plutôt une citadine, finit par se ranger à cet avis et épousa Catel, dont les recherches généalogiques de Donatien Laurent ont montré qu'elle fut l'épouse d'un homme du nom de Richard.
    La chanson ainsi composée était destinée à n'avoir qu'une diffusion restreinte: Beuzec, Lanriec, Melgven et Bannalec délimitent une zone de 10 km sur 5 km à l'ouest de Nizon. Elle devait être interprétée en "kan et diskan" par deux chanteurs, Job Colin et Guillaume Boyard.

    C'est sans doute son caractère satirique, visant une personne bien précise, en l'occurrence Yves le Penven, qui conduit les quatre auteurs à insister sur leur honnêteté et sur le fait qu'ils ont été encouragés dans leur projet, par Jacques Selin, sans doute un notable et qu'une autre personne respectable, Joseph Le Goff l'a couchée par écrit.
    Du fait qu'elle "met en dérision des gens d'âge inégal qui [prétendent] se marier", cette chanson est également un "charivari", équivalent du « bruit confus que font des gens du peuple avec des poêles, des bassins et des chaudrons pour faire injure à quelqu'un." (dictionnaire de Furetière, fin du 17ème siècle).
    Il s'agissait certainement donc de prévenir une éventuelle action en justice intentée par les malheureux héros de l'histoire. C'est cette éventualité qui est évoquée par la strophe finale.

    Ce type de "chanson diffamatoire" a ses lettres de noblesses. Melle Eva Guillorel qui consacre à ce sujet une partie de sa thèse "La complainte et la plainte", indique que la plus ancienne chanson de Nouvelle-France dont on ait conservé les paroles est celle que composa en prison , en 1709, un nommé Jean Berger contre un apothicaire qu'il avait battu.
    Eva Guillorel cite également plusieurs affaires jugées en Basse Bretagne à partir de 1747. Un procès de 1773, devant la juridiction seigneuriale du Palacret a pour cause une telle chanson satirique interprétée par son auteur à la sortie des vêpres de Louargat. Le plaignant précise que "ces injures en français sont certainement des plus graves et portent à la réputation du suppliant une atteinte trop irréparable pour ne pas être poursuivie extraordinairement. En breton elles ont encore plus d’énergie ». (cf. ouvrage cité, vol. II, p. 348)
  • About the tune
    Unknown. Replaced here by "Pretty Jenny" published in the "Revue de Bretagne et de Vendée", part V, 1891, by Yann Kerhlen (alias Father Jean-Mathurin Cadic) as a vehicle for the song "Jeannett er Vraw".

    About the lyrics
    Like the song Chilaouit ur zonik nevez, and, arguably, unlike In olden times, this is an authentic group composition. It includes a few names that ring a bell:
  • Michel Cotillard, one of the four composers, has the same name as one of the two wrongfully arrested poor people in "Chilaouet";
  • Catel Rouat from Nizon Town, the singer of three Barzhaz songs;
  • François Richard from Nizon Town, identical (or homonymous) with the latter's husband;
  • Yves Le Penven from the hamlet Kernonen has the same second name as Anne Le Penven, one of the contributors to the Barzhaz.

    Though the story is far from limpid, we may assume that Yves (Youenn) Le Penven asked Catherine (Catel) Rouat in marriage, but the later, born in 1779, made her decision depend on whether her son would be lucky in the conscription draw and escape from a 7 year military service (so that we may ascribe to these events a date between 1820 and 1830). Apparently he was not: instead of celebrating the lucky event with Catel, her son and Pélagie, evidently her son's girl friend, the song shows Yves getting into trouble with a dog in the town's market hall and entering Le Goarant's house (possibly a pub in Nizon), wearing dirty and ripped trousers.
    We may take this view of this narrative: François Richard wanted to marry young Pélagie, but the latter who had someone else in mind, advised him to look for a town woman. He eventually took her advice and married Catel, as results from Donatien Laurent's genealogical enquiry to the effect that she was the wife of a named Richard.
    This lampoon was intended to be circulated only locally:
    Beuzec, Lanriec, Melgven and Bannalec delimit a 10 km x 5 km area. It was to be sung as a "kan ha diskan" ditty by two singers: Job Colin and Guillaume Boyard.

    On account of its sense of satire, aiming at a specified person, in the present case Yves Le Penven, the four co-authors of the song insist that they are decent people, encouraged by a local notable, Jacques Selin, and that their work was committed to paper by an apparently no less decent person, Joseph Le Goff.
    Since it is "derisory of people of unequal ages who [consider] marrying", this ditty also is a "charivari", a word referring to the "din of people screaming and pounding on pans and kettles to affront somebody" (as stated in the late 17th century dictionary of Furetière).
    Herewith their authors very likely tried to prevent an action for libel to be brought against them by the unfortunate protagonists of the story. This possibility is evoked in the last stanza.

    This sort of "libel song" is a genre in its own right. Melle Eva Guillorel who dedicates to this topic part of her doctoral thesis titled "Lament and complaint", states that the oldest (French speaking Canadian) Nouvelle-France song whose lyrics are kept to the present day was composed in jail by a named Jean Berger, in 1709 against an apothecary whom ha had beaten.
    Eva Guillorel also quotes several cases that came before the courts of Lower Brittany as from 1747.
    In 1773, a case which was heard at the Le Palacret local court of Justice, involves a libel song interpreted by its author when people left church after vespers at Louargat. The plaintiff stresses that "these insults are, in French, most momentous and so detrimental for the plaintiff's good name that he could impossibly refrain from prosecuting their author. In Breton they are still more offensive». (See. op. cit., vol. II, p. 348)

  • BREZHONEK

    Tud yaouank Nizon


    p. 290

    I
    1. [Tostait holl hag e klefet, dira
    Tostait holl hag e klefet,
    Ur zonik nevez a glefet,]
    Gant daou zen yaouank zo savet.

    2. Fransez Richard a vourc'h Nizon, dira
    Fransez Richard a vourc"h Nizon,
    Ha Pelaji a Bont-Aven. (div w.)

    3. Fransez Richard en-neus c'hoantet
    Kavout Pelaji da vried.

    4. Mez Pelaji 'deus respontet
    - Fransez Richard, ma eskuzet!

    5. Ur beizantez n'ho-po ket,
    Ur vourc'hizez ne laran ket. -

    6. Katell Rouat a vourc'h Nizon
    Eus a Gernonen Youenn ar Penven,

    7. Katell Rouat 'neus goulennet
    Youenn ar Penven evit pried.

    8. - Youenn ar Penven, mar am c'haret
    Un tammik c'hoazh a c'hortofet.
    Ken vo tenn't ma mab ar bilhed,

    9. Mar tenn ma mab ur bilhed vat.
    Ni rey un tamm festik mat.

    p. 291

    10. Neuze ni rey ur fest d'an ti
    Digant va mab ha Pelaji,
    Ha gant Youenn ar Penven ha me. -

    II
    11. E Pont-Aven 'dan ar c'hoc'hu
    E oa gwelet gant cholori,
    Oc'h ober ar bal gant ur c'hi,

    12. Ha 'maez ar c'hoc'hu pa zeue,
    E ti ar Goarant 'n em rente.

    13. Mez e vragoù a oa loret;
    Me gav memez oa turtailhet.

    III
    14. Ar zonik-mañ a zo savet
    Gant pe'ar den hag o-doa spered:

    15. Gant Jil Tangi a vourc'h Nizon
    Ha Yann Troulez en e gichen,

    16. Mikael Kotilhard Pont-Aven,
    Reunan Joachim 'n e gichen.

    17. Setu ar pe'ar den a feson,
    Hag o-deus savet ar zon.

    18. Ha Jak Selin, e vignon bras,
    A lare dezhe ober c'hoazh.

    19. O pevar o-deus hi savet,
    Jozef ar Gov 'neus hi skrivet,
    Ha Job Kolin neus hi kanet.

    20. Job Kolin zo kaner mat
    Ha Gwilhoù Boyard e gamarad.

    p. 292

    21. Kanet e vo e brezhonek
    E Beuzek hag e Lanriek.
    E Melwenn hag e Bannalek.

    22. Pa 'ma savet, kanet e vo
    Be(z)a drouk gant hini garo!

    KLT gant Christian Souchon.
    TRADUCTION FRANCAISE

    Les jeunes gens de Nizon


    p. 290

    I
    1. [Approchez et vous entendrez, dira
    Approchez et vous entendrez
    Chanter de tout nouveaux couplets:]
    Deux jeunes gars les ont troussés.

    2. François Richard de Nizon vint, dira
    François Richard de Nizon vint
    Voir Pélagie de Pont-Aven. (bis)

    3. François Richard avait envie
    D'avoir pour femme Pélagie.

    4. Mais Pélagie lui rétorqua
    - Ce qu'il vous faut, c'est, croyez-moi,

    5. Au lieu d'une fille en sabots,
    Une citadine, plutôt! -

    6. Catel Rouat, Youenn Le Penven
    Sont de Nizon et Kernonen.

    7. Youenn, un jour, a demandé
    A Catellik de l'épouser.

    8. - Mon cher Youenn, si vous m'aimez,
    Voulez-vous un peu patienter?
    Mon fils doit "tirer le billet".

    9. S'il tire un billet qui convient,
    Alors nous ferons un festin.

    p. 291

    10. A ce festin à la maison,
    Mon fils et Pélagie viendront,
    Et vous et moi nous en serons. -

    II
    11. A Pont-Aven sous la "cohue"
    On pensait avoir la berlue:
    Penven dansait avec un chien!

    12. Quand de la cohue il sortit,
    Chez Le Goarant il se rendit.

    13. Avec des pantalons tachés;
    Et, je crois même, déchirés.

    III
    14. Ce chant, par qui fut-il écrit?
    Par quatre garçons, vifs d'esprit:

    15. Gil Tanguy du bourg de Nizon
    Et Jean Troulès son compagnon,

    16. Et Cotillard de Pont-Aven,
    Ainsi que René Joachim.

    17. Voilà les honnêtes garçons,
    Qui troussèrent cette chanson.

    18. Leur grand ami Jacques Selin
    Les soutenant jusqu'à la fin.

    19. Eux quatre ont donc "levé" ces strophes
    Mises par écrit par Le Goff,
    Et Job Colin les a chantées.

    20. Job Colin lequel fait la paire
    Avec Laou Boyard son compère.

    p. 292

    21. Ils les chanteront en breton
    A Beuzec et à Lanriec.
    A Melgven et à Bannalec.

    22. Tout chant "levé" sera chanté!
    Tant pis pour toi s'il te déplait!

    Traduit par Christian Souchon (c) 2015
    ENGLISH TRANSLATION

    Nizon's youths


    p. 290

    I
    1. [O listen all attentively, dira
    O listen all attentively,
    To my song composed recently]
    By two young lads of this county,

    2. On Francis Richard of Nizon, dira
    On Francis Richard of Nizon,
    Who loved Peggy of Pont-Aven. (twice)

    3. Francis Richard wished fervently
    He would marry pretty Peggy.

    4. But she had said, as I believe:
    - No, Francis Richard, with your leave,

    5. A country lass you shall not snatch.
    A town woman is a good match. -

    6. Catherine Rouat lived in Nizon;
    Yves Le Penven at Kernonen.

    7. Kate was asked, in spite of her age,
    By Yves Le Penven in marriage.

    8. - Yves le Penven, if you love me,
    You will wait a bit with your plea.
    Till I know if my son is free.

    9. If he is lucky in the draft,
    To a good dinner you'll be asked.

    p. 291

    10. To a good dinner at my house
    With him, Peggy, his future spouse:
    Just the four of us and a mouse. -

    II
    11. Now, in Pont-Aven's market-hall
    Yves was seen, not proper at all,
    With a dog, opening the ball.

    12. When he had finished with the cub,
    He repaired to Goarant's pub.

    13. But his trousers were far from clean:
    They were ripped a great deal, I mean.

    III
    14. This little song was composed
    By four lads who are talented:

    15. By Gilles Tanguy of Nizon town
    And Yann Troulez, his companion;

    16. And Cotillard of Pont-Aven,
    And his pal René Joachim.

    17. These are the capital fellows
    Who blew the fire with their bellows.

    18. And James Selin, their supporter,
    Kept telling: "Go on! Blow harder!"

    19. The four of them have composed,
    Le Goff to paper committed,
    This song which Joe Collin would sing.

    20. Joe Collin is a good singer
    So is his pal, Guillou Boyard.

    p. 292

    21. It will be sung in Breton tongue
    In Beuzec, Lanriec, all along,
    In Melgven and Bannalec town.

    22. For a song, once made, must be sung
    Never mind those who may feel stung!

    Translated by Christian Souchon (c) 2015


    précédent suite