L'ASSAUT Je dirai l'assaut, le donjon, Le rêveur au sommet du songe Et ce conte que nous songeons Ignorant le feu qui nous ronge Et n'est peut-être qu'un mensonge. Les rebelles pour jeter bas L'orgueil dont tout secret se drape Avaient mené le branle bas Des trompettes, mais sûre sape, Ouvraient le sol pour une trappe. Le veilleur ignorait leurs traits Car le vent était son complice. Il avait regagné la paix Sans souci de la ville ni Que le désastre s'accomplisse. Mais le prince, comme du fond Du sommeil, entendait la mine Ebranler les murs et le long Piétinement de la vermine Qui vers son festin s'achemine. (Comme une paille entre mes doigts Je tresse et je tisse à la fois Les mots qui sont mémoire et leurre Pour que mes mots entrelacés Soient une nasse où mon passé Echappe au mirage de l'heure). Le chasseur à cris et à cors A forcé la porte secrète Pour impatient des décors Saisir la flamme et la tempête Où sa solitude s'apprête. Il a fracassé le rempart Des ténèbres et du silence Et de nuit -exilé et part- Amoncelle et jongleur s'élance Ce poids qui son envol balance. Nuit dont l'autre nom est la mort- Il arpente le fil du rêve, Balle et plomb, et serait plus fort Que le feu, l'abîme, la sève Sans l'obsession qui le grève De l'appel muet de ton corps, Du rets invisible que tissent Tes défaites et tes accords, Refus savants, ruses et lices Où mes vouloirs s'anéantissent. Comme du sable au gré du vent Je répands la rime à plein van Espérant que la plus savante Cèle et décèle à qui ne sait Le mot qui ne fut point tracé, Le secret enfin qui s'évente) Nous étions une même nuit Si nous avions divers visages, Le chant caché qui nous unit Fut de délire, non d'usage Du vin puisé dont rit le sage, Car un matin, casquée de jais, Dardant l'écu de sa poitrine, Ma dame a ce calme outragé Que mon orgueil niant la mine Arborait, cimier ou cime. J'ai connu la paix d'un regard Quand s'abolissent les espaces Par le seul battement hagard D"un cil furtif où tremble et passe L'aveu blanc, le désir rapace, Mais j'ignorais qu'il n'est répit En ce combat qui n'aura cesse Que n'ait abdiqué ses dépits Samson livrant secret et tresse Au bon plaisir de sa princesse. (Si le temps sacrait mon renom Ton nom claquerait au pennon- Circé, Deirdre, Aude, Bradamante- Des porteuses d'enchantement Dont le fantôme appelle -et ment- Car mentir est rime d'amante) De refus, de renoncements J'ai creusé ce vide où je chante Ainsi qu'au coeur d'un diamant Cet appel d'azur qui me hante, Ce mal d'aimer qui me tourmente, Et sur ce vide me penchant J'ai vu la paix qui n'a de rive, Ni d'aurore, ni de couchant, Mais est science et flamme vive, Temps qui sur le néant se rive. (Les fils noirs mêlés aux fils blancs Ont fait mes doigts gourds et tremblants Et rendu rouge mon visage. Pourquoi s'obstine votre voix Aux berges mortes d'autrefois Où ne bat plus le flot de l'âge?) Chanson, seras-tu messager Vers celle qui me fuit et hèle? Son nom est refus d'y songer Et n'est obstination telle Que mon inconstance fidèle. 24-28 décembre 1987 Michel Galiana (c) 1992

THE ASSAULT I'll tell of a fight, of a tower, A dreamer high up in his dream, But the tale that we consider Though in us a fire is glowing Could be nothing but sheer lying. Rebels who wanted to tear down The proud veils that each secret wrap Though they had sounded with their horn Action stations, devised a sap And they dug the ground for a trap. The look-out disdained their arrows As the wind was in his favour. To a quiet place he withdraws Oblivious of the town-dweller And of the threatening disaster. But the Prince, as if he had dreamt It in his slumber, heard the raps That shook the walls and the stampede Of some subterranean rats Rushing towards a piece of fat. (Like some wisps of straw in my hand, I wave and I twist and I bend Words that are memory and lure; So that all my words interlaced Make a hoop-net where would be kept My past safe from the lying hour). The besieger with loud clamour Broke open the hidden entry And rashly took from the decor The flame and the tempest away Where he chooses alone to be. He has shattered down the rampart Made of darkness and of silence And at night -exile, new-born child- He lifts up, tight-rope acrobat, The weight his soaring to balance. In the night whose true name is death- His dream is the rope he walks on, Hopping, shuffling, were stronger yet Than fire, than height, than emotion, But for this hindering obsession: The silent call of your body, The invisible net woven, When you yield or when you agree, By your sly, skilful stratagem In which my will has been taken. Like sand blown away by the wind I winnow the rhymes I'm sieving Hoping that the most studied one Hide, but to outsiders expose The word I never shall disclose, The secret that's with the wind gone.) Both of us were a unique night Though our faces were different. The silent song which us unites Was frenzy. It was not a chant Raised from wine pouring elation, For one morn, in jet-black helmet, Pointing her shield before her breast, My lady did this calm upset That my pride ignoring the threat Displayed as a sign or a crest. I had known the peace of a glance That with a fluttering eyelash May abolish any distance; And where, stealthy and trembling, pass Mute avowal and greedy wish. But I did not know that no truce May be called to this fray, nor rest, As long as lasts the vexed grudge Of Samson who to his mistress Gave away secret and hair tress. (If time would honour me with fame I should embroider with your name My banner -thus Aude, Iseult Deirdre, Circe could cast such spell: Their names were untruthful appeal For lie and love are much kindred) With denial and renouncement I dug this void where my songs rise As a hole within a diamond This haunting call for deep blue skies, This thirst for love that's my torment, And when over this void I bent: An unlimited peace I saw, With no shore, no dawn, no sunset, But with science and life aglow, And time rose from the void below. (The black threads mixed up with the white Are for my numb fingers too tight Aye, and they have reddened my brow. And why is your obstinate voice On the dead shore of the past poised Where tides of age no longer flow?) Song, will you be my messenger To her, who both flees me and hails? Her name is "I won't think of her". Any obstinacy lasts less Than my true, faithful fickleness. 24-28th December 1987

Transl. Christian Souchon 01.05.2006 (c) (r) All rights reserved

Commentaire:

Lois Wickstrom: Voilà bien un poème d'homme. Vu par une femme c'est l'histoire d'un type qui se flanque des gifles à propos de rien. Il y a des hommes comme ça qui fantasment sur un amour sans fondement réel. Harlan Edison disait "L'amour, c'est rien d'autre que la libido avec des fautes d'orthographe."
Encore un autre mythe masculin: aimer c'est goûter la présence d'un autre être sans essayer de le dominer, lui souhaiter tout le bien possible et savourer le temps passé en sa compagnie. Oui, mais nous avons des corps. Oui, mais la sexualité fait partie de tout cela. La sexualité c'est l'innocence -non une stratégie- dès lors que l'amour est présent.
Trêve de cours magistraux --les conceptions masculines de Michel sont son affaire, il en use comme bon lui semble.

Christian Souchon: Lois, vous êtes un cas désespéré, hermétiquement fermé au romantisme. Avez-vous remarqué que Michel avait 54 ans lorsqu'il a écrit ce poème sur un amour de jeunesse? C'est ce qu'il appelle "inconstance fidèle" (traduit par "faithful fickelness")!
Il n'en reste pas moins que son point de vue sur la question s'explique certainement en partie par votre théorie.

LW: On n'est pas romantique parce qu'on est amoureux. Un romantique est amoureux de l'idée qu'il est amoureux, et non d'une personne déterminée.

CS: Michel a écrit un poème sur ce sujet :
Les funérailles de l'amour. (CLIQUER)

LW: j'ai regardé ce poème: effectivement, votre frère était conscient de son propre romantisme. Quel dommage, qu'il n'ait pu se rendre compte qu'il n'y avait là que des spéculations et qu'elles étaient un obstacle à son amour véritable!

CS: En réponse aux conceptions de Judy Chicago's ( -et de Lois Wickstrom?-) sur la féminité, j'ai traduit une chanson du chanteur français, Renaud.
Avant de se fâcher, il faut lire le texte deux fois: chaque mot compte! La chanson est ici: Miss Maggie.(CLIQUER)

LW: Je ne suis pas une fanatique de Mme Thatcher. Ce poème est hilarant.
Lois Wickstrom: This is a guy poem. From a female point of view, this is a guy kicking himself over nothing. Some guy fantasy about love that has no basis in reality. Harlan Ellison said "Love ain't nothin' but Lust misspelled."
That's another guy myth: Love is enjoying another person without trying to control him or her. Wanting the best for another and rejoicing in time shared. Yes we have bodies. Yes, sex is part of that. Sex is innocent -- not trickery -- when love is present.
Enough of the lecture -- Michel's guy-thoughts on sex are his to do with as he wishes.

Christian Souchon: Lois, you are a hopeless case: you are definitely not susceptible to romanticism. Don't you realize that Michel was aged 54 when he wrote this poem about a youth love? That's what he calls "inconstance fidèle" (translated as "faithful fickleness")!
Anyway, his views on the matter could certainly be explained by your theory.

LW: I am not a romantic because I am in love. A Romantic is in love with the idea of love -- not with a person.

CS: Michel based a poem on this idea :
Les funérailles de l'amour.(CLICK HERE)

LW: Ref that poem -- yup, your brother was aware of his romantic thoughts -- too bad he couldn't see that they were just thoughts and that they got in the way of his true love.

CS: As an answer to Judy Chicago's ( -and Lois Wickstrom's?-) views on womanhood, I have translated a song by a French pop singer, Renaud.
Please, before getting angry read the text twice over: each word counts! Here is the song: Miss Maggie..(CLICK HERE)

LW: I'm no fan of Mrs. Thatcher. That poem is hilarious.

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