Geneviève de Rustéfan

Genevieve of Rustéfan

Dialecte de Tréguier

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839. Ce chant est le premier du tome II.
  • Chanté par Catherine (Katell) Rouat, épouse Richard (1779 - 1860), de Nizon-bourg selon les "Tables A et B".

    Pourtant on lisait dans l'édition de 1845 (tome II, p.70): "J'ai entendu chanter pour la première fois la pièce à une pauvre femme de Nizon nommée Catherine Pikan". Il s'agit d'une erreur de lecture de la table B où Catherine Le Picart (difficilement lisible) voisine le titre "Rustéphan", premier de trois morceaux chantés par Catherine Rouat.

    La table B lui attribue un autre chant sous deux titres "La jeune fille brûlée au Folgoat" et "Françoise Le Picart".

    Dans le 1er carnet de Keransquer (p. 290), Katell Roat est l'héroïne d'une "zône" où l'on voit François Richard, originaire du bourg de Nizon, demander en mariage Pélagie qui, bien qu'étant de Pont-Aven, se considère une paysanne et refuse. Katell Roat, du bourg de Nizon, demande en mariage un paysan, Yves Le Penven de Kernonen (sans doute un parent de l'Anne Penven des "Hirondelles" ). Lors d'une fête commune, chacun épouse son semblable, une fois que le sort a évité aux jeunes hommes l'interminable conscription.
  • Noté plusieurs fois dans le 1er carnet de Keransquer: pages 137 à 139 ("Renig an Glas" puis "Filipp Ollier"), 159-160 ("Filip Olier") et 220 ("Variante de Genovefa")
  • Collecté de nombreuses fois:
    - sous forme manuscrite:
    . par de Penguern, t.90, "Philipp Olier", (Taulé, 1851), publié dans "Gwerin" N°6 et dans "Al Liamm", t.95, "Cloarec ar Bihan", publié dans "Al Liamm N°37, 1953;
    t.III, 54, "Philipp Olier" (fragment).
    . par Luzel: Bibiothèque Nationale, Nouvelles acquisitions françaises, 3342, 308, "Jeannedik ar Yudek".
    - publié en recueil:
    . par Luzel, "Gwerzioù" 1, ""Janet ar Iudek" (Plouaret, 1844, 1848) et "Janedik ar Marec (Prat, 1852); "Gwerzioù" 2, "Mari ar Moal" (Plouaret).
    . par Bourgeois, "Kanaouennoù Pobl", "Gwerz Janned ar Marec" (Belle-Île-en-Terre, 1868), publié dans le Bulletin de la Société Académique de Brest, 1888.
    - publié dans des périodiques:
    . par Milin dans "Gwerin", 1, "Kloarek Rosko",
    . par H. Pérennes dans "Annales de Bretagne" XLVI (1939), "Genovefa Naour" (Nizon, 1937).
  • Château de Rustéfan

    Château de Rustéfan
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz, as the first song in book II.
  • Sung by Catherine (Katell) Rouat, wife of Richard, (1779-1860), from Nizon-town as stated in "Tables A and B".
    Nevertheless the 1845 edition (Book II, p.70) read: "I first heard this piece sung by a poor woman from Nizon, named Catherine Pikan". This is due to a reading mistake, since on Table B, the name Catherine Le Picart (uneasy to read) is adjoining to the title "Rustéphan", the first of three songs sung by Catherine Rouat.

    Table B ascribes to her another song under two titles "The girl burnt at the stake in Folgoat" and "Françoise Le Picart".

    In the first Keransquer copybook (p. 290), Katell Roat is featured in a "zône" where François Richard, from the town of Nizon, proposes to Pélagie who, coming from Pont-Aven, considers herself a country girl and turns him down. Katell Roat, from Nizon town, would like to marry the country boy, Yves Le Penven from Kernonen (maybe a relative to the Anne Penven mentioned in the "Swallows" ). In a joint feast, eveybody marries their fellow creatures, once good luck has freed the young me endless military service.
  • Several records in the 1st Keransquer book: pages 137 to 139 ("Renig an Glas" then "Filipp Ollier"), 159-160 ("Filip Olier") and 220 ("Variant to Genovefa")
  • Several times collected:
    - in handwritten form:
    . by de Penguern, t.90, "Philipp Olier", (Taulé, 1851), published in "Gwerin" N°6 and in "Al Liamm", t.95, "Cloarec ar Bihan", published in "Al Liamm N°37, 1953;
    t.III, 54, "Philipp Olier" (a fragment).
    . by Luzel: Bibiothèque Nationale, Nouvelles acquisitions françaises, 3342, 308, "Jeannedik ar Yudek".
    - published in song collections:
    . by Luzel, "Gwerzioù" 1, ""Janet ar Iudek" (Plouaret, 1844, 1848) and "Janedik ar Marec (Prat, 1852); "Gwerzioù" 2, "Mari ar Moal" (Plouaret).
    . by Bourgeois, "Kanaouennoù Pobl", "Gwerz Janned ar Marec" (Belle-Île-en-Terre, 1868), published in the Bulletin de la Société Académique de Brest, 1888.
    - publihed in périodicals:
    . by Milin in "Gwerin", 1, "Kloarek Rosko",
    . by H. Pérennes in "Annales de Bretagne" XLVI (1939), "Genovefa Naour" (Nizon, 1937).


  • Ton
    (Mode hypodorien)

    Français Français English
    I
    1. Lorsque, enfant, Yannick, gardait ses moutons
    Il ne pensait guère à la religion. (ter)

    2. - Qui donc voudrait faire un prêtre de moi.
    Qui suis entiché de jolis minois? -




    3. Et pourtant sa mère un beau jour lui dit:
    - Vous avez, Yannick, mon fils, trop d'esprit

    4. Pour rester berger. Suivez moi, mon cher:
    On fera de vous un prêtre à Quimper.

    5. Le grand séminaire est pour vous le mieux.
    Aux filles, bien sûr, il faut dire adieu.-

    II
    6. En fait de beauté, l'on vantait beaucoup,
    Celle des enfants du Sieur du Faou.

    7. Il fallait les voir passer, le front haut,
    Les jolies enfants du seigneur du Faou.

    8. Leur charme éclipsait les blondes, les brunes
    Comme le soleil éclipse la lune.




    9. Chacune montait une jument grise
    Pour se rendre à Pont-Aven, à l'église,

    10. Et quand au pardon, elles se rendaient
    Leurs juments faisaient sonner le pavé!

    11. Il fallait les voir, vêtues de soie verte
    Et, de chaînes d'or la gorge couverte.

    12. Mais la plus jeune et la plus belle aussi.
    C'est Yann de Kerblez qu'elle aime, a-t-on dit.




    13. - Quatre clercs déjà furent mes amis
    Tous les quatre sont prêtres aujourd'hui.

    14. Yannick Le Flécher va l'être à son tour;
    Par sa faute, hélas, j'ai le cœur bien lourd! -

    III
    15. Quand Yannick partit pour l'ordination
    Geneviève était devant sa maison.

    16. Assise sur le seuil, dans la ruelle,
    Yannickla voit qui fait de la dentelle.

    17. De la dentelle avec du fil d'argent:
    (Sur un beau calice, un effet charmant!)

    18. - Yannick Le Flécher, vite, écoutez-moi
    Cette ordination ne l'acceptez pas.

    19. Ces vœux, refusez de les prononcer
    En souvenir de nos amours passées.

    20. - Je ne puis hélas retourner chez moi.
    On me traiterait de traître, ma foi.

    21. - Mais souvenez-vous de tous les propos
    Qui sur notre compte ont couru tantôt?




    22. Avez-vous perdu le bel anneau d'or,
    Ce cadeau de moi. Nous dansions alors.

    23. - Ce bel anneau d'or, il n'est pas perdu.
    C'est Dieu qui l'a pris. Et je ne l'ai plus.

    24. - Yannick Le Flécher, rebroussez chemin
    Et je vous ferai don de tous mes biens.

    25. Yannick Le Flécher, Yannick, revenez,
    Je vous suivrai partout où vous irez.

    26. Chaussée de sabots, vous suivrai partout,
    J'irai travailler aux champs avec vous.

    27. Si ce que je dis ne vous émeut point.
    C'est l'extrême-onction dont j'aurai besoin.

    28. - Comment vous suivrai-je, hélas, désormais,
    Quand la main de Dieu me tient enchaîné?

    29. Car Dieu me tient bien, et sans rémission.
    Je n'ai d'autre choix que l'ordination. -

    IV
    30. Retour de Quimper, le prêtre passa
    Devant le manoir et s'y arrêta.

    31. - Je vous salue bien, Seigneur Rustéfan,
    Bonjour à vous tous, parents et enfants!

    32. Je vous souhaite plus de bonheur, de joie,
    Parents et enfants, qu'il ne m'en échoit.

    33. Je vous fais l'invite, elle est solennelle,
    De venir ouïr ma messe nouvelle.

    34. - Nous nous y rendrons, la chose est certaine.
    La première offrande sera la mienne.

    35. A l'offrande je mettrai vingt écus
    Votre marraine en mettra dix de plus.

    36. Dix écus que ma femme voudra mettre
    Pour faire honneur à notre nouveau prêtre!

    V
    37. Comme j'arrivais près de Penn-al-Lenn
    Pour entendre aussi la messe nouvelle,

    38. Je vis tout un tas de gens s'enfuir,
    Tout épouvantés, en tous lieux courir.

    39. - Bonne vieille, où donc ainsi courez-vous
    La messe est-elle donc dite jusqu'au bout?

    40. - La messe que le prêtre a commencée
    Il ne parvient pas à la terminer.

    41. Messe qu'hélas il n'a pas pu finir
    Tant sur Geneviève on l'a vu gémir,

    42. Trois grands livres, de ses pleurs inondés,
    De larmes dont ses yeux clairs débordaient.

    43. Si bien que la pauvre enfant s'est levée,
    Qu'aux genoux du prêtre elle s'est jetée.

    44. - Au nom de Dieu, Yann, n'allez pas plus loin
    Vous causez ma mort, vous le voyez bien! -

    VI
    45. Maître Jean Flécher, à présent recteur
    Au bourg de Nizon, moi qui suis l'auteur,




    46. L'auteur de ce chant en forme de drame,
    Je l'ai vu souvent arroser de larmes

    47. Une tombe où, seul, il vient pour pleurer.
    Geneviève y dort à jamais, en paix.

    Traduction Christian Souchon (c) 2008
    I
    1. Lorsque il gardait ses moutons aux bruyères
    A faire un prêtre Iannik ne songeait guère. (ter)

    2. - Je ne serai ni moine ni recteur;
    Ce n'est point là que j'ai placé mon cœur

    2 bis. Je veux aimer, oui pardieu! sur mon âme,
    Je veux aimer d'amour et prendre femme! -

    3. Quand vint sa mère à la lande et lui dit:
    - Iannik, mon fils, lorsqu'on a tant d'esprit,

    4. Lorsqu'on est fin comme toi, dit notre homme, [?]
    Il faut partir pour Kemper ou pour Rome.

    5. Laisse donc là tes moutons et l'amour.
    Recteur, ou mieux, tu reviendras un jour. -

    II
    6. En ce temps-là vivaient trois jeunes filles;
    Fleurs de beauté l'on ne vit plus gentilles.

    7. On en parlait en vingt lieux alentour;,
    Monsieur leur père avait nom Le Naour
    [cf. comment.].

    8. Devant la lune ainsi que les étoiles
    Toutes auprès palissaient sous leurs voiles.

    8 bis. C'était plaisir de les voir, à Nizon,
    Cabrioler en allant au pardon,

    9. Ou se rendant à vêpres, le dimanche,
    Montant chacune haquenée haute et blanche;

    10. A Pont-Aven, les pavés et les ponts,
    La terre au loin résonnaient sous leurs bonds.

    11. Elles portaient robe verte et flottante
    Et chaîne d'or aux mille anneaux pendante.

    12. La plus jeune est des trois, sans contredit,.
    La plus charmante; elle aime, m'a-t-on dit.

    12 bis. Elle aime Iannik, l'enfant du grand village,
    Bien qu'il ne soit, lui, de noble lignage.

    13. - Quatre beaux clercs ont été mes amants
    Et tous les quatre ont trahi leurs serments.

    14. Iann le dernier, qui m'appelait sa femme!
    Iannik aussi! cela me brise l'âme! -

    III
    15. Quand il passait pour aller recevoir
    L'Ordre à Kemper, au perron du manoir,

    16. Sur les degrés, seule, assise, sa belle,
    Ourlait, rêveuse, un voile de dentelle:

    17. (Ce fin tissu, brodé si richement,
    Couvrirait bien un calice vraiment!)

    18. - Iann, écoutez! oh! je vous en supplie
    Ecoutez-moi votre douce-jolie!

    19. Au nom du ciel! aux Ordres n'allez pas!
    Si vous m'aimez, revenez sur vos pas!

    20. - Je ne le puis, hélas! non, je vous jure,
    Car on dirait partout: C'est un parjure!

    21. - Et tous les pleurs que j'ai versés pour vous,
    Et tous les bruits qu'on fait courir sur nous,

    21 bis. Et tous les traits que cent langues maudites
    Nous ont lancés, les oubliez-vous, dites?

    22. Et l'anneau d'or dont je vous fit présent
    A l'aire-neuve, à la fête, en dansant?...

    23. - La bague d'or qu'au doigt vous m'avez mise,
    Jénovéfa, pardonnez! Dieu l'a prise!.

    24. - Iann, mon ami, revenez, revenez,
    Et tous mes biens sont à vous, tous!... Prenez!

    25. Prenez-les tous, je ne veux que vous suivre:
    Auprès de vous, je veux mourir et vivre!

    26. Dussé-je mettre à mes pieds des sabots,
    Et dans les champs conduire vos travaux!

    27. Si vous partez, insensible à ma plainte,
    Rapportez-moi l'extrême-onction sainte! -

    28. - Hélas mon cœur ne peut vous écouter,
    Jénovéfa, non, je ne puis rester,

    29. Rester ici plus longtemps, Dieu m'enchaine.
    Je suis à lui! Dieu me tient, Dieu m'entraine! -

    IV
    30. En revenant, deux ans après [?], un soir
    Il repassa par-devant le manoir:

    31. - Grands et petits, à vous tous heur et joie!
    A vous d'abord, sire, à qui Dieu m'envoie;

    32. Dans Rustéfan, à tous joie et bonheur,
    Plus qu'il n'en est, las! en mon pauvre cœur!

    33. Sire, je viens, à l'usage fidèle,
    Vous inviter à ma messe nouvelle.

    34. - A votre messe, oui, vraiment nous irons,
    Et dans le plat bons écus nous mettrons,

    36. Bons écus d'or, au plat nous comptons mettre,
    En votre honneur et gloire, jeune prêtre;

    35. Votre marraine y mettra dix écus,
    Et moi je veux en donner vingt de plus.-

    V
    37. Je m'en allais aussi vers la chapelle,
    Pour assister à la messe nouvelle,

    38. Quand tout à coup je vis courir à moi,
    Des gens en foule et dans un grand émoi.

    39. - Hé dites donc, grand'mère, je vous prie,
    La messe au bourg serait-elle finie??

    40. - Il ne peut plus l'achever; quelque sort
    L'enchaine. Il lutte, il lutte avec effort:

    41. Jénovéfa, son amour et ses charmes,
    Mille regrets baignent ses yeux de larmes.

    42. Il a mouillé de ses pleurs le missel,
    Les vases saints et la nappe d'autel.

    43. Et tout à coup elle a fendu la presse,
    Et s'est jetée à ses pieds en faiblesse:

    44. - Grâce! arrêtez, un mot, un seul encor!
    Au nom du ciel; arrêtez! c'est ma mort! -

    VI
    45. Monsieur Flécher, depuis longtemps sur l'âge
    Est aujourd'hui recteur de son village,

    45bis. Il est recteur aujourd'hui de Nizon;
    Et moi qui fis jadis cette chanson,

    46. Je l'ai surpris, qui pleurait en prière,,
    Près d'une tombe au fond du cimetière;

    47. Je l'ai surpris, bien des fois, qui pleurait
    Près du tombeau de celle qui l'aimait.

    Traduction de La Villemarqué (édition Delloye de 1840)
    I
    1. When little Yannick was guarding his beasts,
    He did not think of becoming a priest.( three times)

    2. - I've a girl in mind: A priest or a monk
    I shall never be, unless I am drunk! -




    3. And yet his mother came once and she said
    - You have, Yann my son, quite a clever head!

    4. Leave these sheep alone! You must follow me,
    You'll go to Quimper: a priest you will be.

    5. You shall learn a lot, take holy orders.
    Say good bye to girls and to disorders! -

    II
    6. The prettiest girls, treasure in a hoard,
    Were by far the fair daughters of the Lord

    7. Of The Faou manor, with their heads upright,
    Wherever they went, by day or by night.

    8. Their beauty outshone all girls, near and far,
    As does the full moon any other star.




    9. Grey palfreys they ride, thoroughbred and fair,
    When to Pont-Aven Pardon they repair.

    10. Every one may hear in a monotone
    Their hooves resounding on the cobblestone.

    11. Each clad in a green silk gown and, behold!
    They wear round their necks chains of heavy gold.

    12. The third girl's beauty it lies high above.
    Yannick of Kerblez, he is her true love.




    13. - I had already four clerks for lovers.
    All the four of them took holy orders.

    14. Yannick Ar Flecher is the last I had.
    The fault lies with him, if I am so sad. -

    III
    15. As the ordaining of Yannickwas near,
    He spied at her door, his sweetheart so dear.

    16. Genoveva, on her threshold sitting,
    Was embroidering a pretty napkin.

    17. With lace intertwined and threads of silver.
    (That would look fine as a chalice cover.)

    18. - Yannick Ar Flecher, hark, listen to me.
    Refuse by all means a cleric to be!

    19. It would be a shame if you took orders
    In view of the time we spent together.

    20. - But if I went home, if this plan was dropped,
    It were treachery, or worse, if I stopped.

    21. - Don't you remember what you told before?
    For shame, if we don't marry any more!




    22. But say! Have you lost the ring I gave you
    At a ball where we danced two by two?

    23. - This gold ring on my finger it would stand,
    If God had not ripped it off my hand.

    24. - Yann Ar Flecher, if you return to me,
    I shall give you all that once mine will be.

    25. Yannick, my sweetheart, return to me, do!
    Wherever you go I shall follow you.

    26. Yes, for wooden clogs I shall swap my shoes,
    Work hard in the fields, share your wails and woes.

    27. If you don't listen to my entreaty,
    The Extreme Unction give out of pity!

    28. - Alas! How could I go with you away:
    To God I am chained, by Him I must stay.

    29. The hand of God holds me in its strong grasp:
    Never on me shall it release its clasp! -

    IV
    30. Coming from Quimper, he returned once more
    To the old manor and knocked at the door.

    31. - Lord of Rustéfan, I bid you good day,
    Children and parents, a good day, I say!

    32. Good day, luck and joy, for you all, freely,
    More, alas, than was awarded to me!

    33. I want to bid you all to come and pray
    At my first mass I celebrate today.

    34. - At your mass, of course, we shan't be missing
    I shall be the first to give an offering.

    35. On the offering plate I'll lay twenty crowns;
    Your godmother, my wife ten of her own.

    36. Your godmother gives ten crowns in honour
    Of her godson who honours her manor.

    V
    37. I was in view of the church Penn-al-Lenn
    Where the priest's first mass was to be given,

    38. When I saw a lot of people run fast
    And terror-stricken: they had left the mass.

    39. - Hey, Granny, tell me, what is the matter?
    Is the mass finished? Is the mass over?

    40. - The mass? It began all right, but I went
    'Cause the priest could not read it to an end.

    41. He could not finish it, because about
    His Genoveva he cried his heart out.

    42. Three large books he has, I tell you the truth,
    With his salted tears, soaked through and through!

    43. And his demeanour caused the lass to race
    To the altar and his knees to embrace:

    44. - For God's sake I beg you, Yann, stop it, do
    Or else I shall die on account of you! -

    VI
    45. Yann ar Flecher is the most Reverend
    Vicar of the town Nizon, at present.




    46. Oft did I, who made this song of lament,
    See the priest embrace a grave's pediment,

    47. And I saw him drown - and he did for years -,
    Genoveva's grave in remorseful tears.

    Translated by Christian Souchon (c) 2008



    Cliquer ici pour lire les textes bretons (versions imprimée et manuscrite).
    For Breton texts (printed and ms), click here.


    Résumé
    Geneviève de Rustéfan aime un fils de paysans, Jean Le Flécher qui, selon la volonté de sa mère est fait prêtre. Elle meurt à ses pieds le jour de son ordination à Penn-al-Lenn.

    Geneviève, Jean, Jeannette, Philippe et les autres
    Selon l'"argument" rédigé par La Villemarqué, ce chants explicite une légende relative aux ruines du château de Rustéfan près de Nizon (à côté de Pont-Aven), construit au 15ème siècle, dont la tour, le portail à pinacles et les fenêtres à meneaux de pierre sont toujours visibles et hantés par deux spectres: celui d'un vieux prêtre chauve aux yeux brillants et celui d'une demoiselle en habit de soie verte. Du temps de la Villemarqué, il existait encore une famille Le Flécher à Nizon, laquelle gardait le souvenir d'un prêtre dont les études avaient été payées par un seigneur des environs. Comme les registres de la paroisse, qui sont tenus depuis 1500 sont muets à son sujet, les événements rapportés dans la ballade doivent être antérieurs à cette date.
    Un détail curieux: le chant est rédigé en dialecte de Tréguier, alors que les événements qu'il rapporte se déroulent dans la région de Pont-Aven.
    En réalité, dans les chants collectés, tels qu'ils figurent dans le premier carnet de Keransquer, les deux héros portent de tout autres noms: Philippe Ollier et Jeannette (Janedik) Manguer, "la plus belle fille de Rousgou (Roscoff) (pp. 136-139 et 159-160). Le nom de "Jénovéfa" apparaît une seule fois dans un quatrain isolé, p. 220, sans qu'on puisse le rattacher avec certitude à l'histoire précédente.
    Chez les autres collecteurs, Jeannette a un nom de famille qui varie selon les versions: Le Yudec, Le Marec, Le Moal. Le jeune homme s'appelle une fois, "Kloarek ar Bihan", le Clerc Le Bihan, et une autre fois, "Kloarek Rosko", le Clerc de Roscoff.

    Geneviève Naour
    Cependant, La Villemarqué a dû puiser à une autre source, celle à laquelle l'Abbé Henri Pérennes a eu accès quand il publia dans les "Annales de Bretagne" de 1939 un chant intitulé "Genovefa Naour", collecté à Nizon en 1937. C'est ce nom que le Barde remplaça par "du Faou" à partir de l'édition de 1845, suivant en cela une suggestion de Pol de Courcy. Il découvrit dans les "Réformations de la noblesse de Cornouaille" qu'un certain Jean du Faou, avait été possesseur du château de Rustéfan en 1426. Il a dû considérer que ce dernier nom avait été transformé en "Naour" (et peut-être aussi que "Rustéfan" s'était muté en "Rousgou", car
    "il arrivait très souvent [aux chanteurs] d'altérer ainsi les noms propres."
    Dans l'édition 1867, ces explications ne figurent plus. Seule est conservée dans les trois éditions, l'indication selon laquelle "
    Jean Flécher ne se trouvant pas porté sur la liste des recteurs (curés) de la paroisse de Nizon dont nous avons les noms depuis 1500 jusqu'à ce jour, il y a lieu de croire que les événements racontés dans la ballade se sont passés antérieurement."
    Cependant les faits ainsi relatés ne s'accordent toujours pas avec la réalité historique: Pol de Courcy écrivait au tome II de "La Bretagne contemporaine", en 1864:
    "On lit dans l''Histoire des Grands Officiers de la Couronne' que Renée, fille unique de Jean du Faou épousa 1° Louis de Rohan-Guéméné; 2° Guillaume de la Marck... et qu'elle laissa postérité de ses deux mariages. La ballade de Rustéphan se rapporte donc à une autre histoire."
    Le père de La Villemarqué lui-même, ancien député du Finistère qui collabora à la réédition du "Dictionnaire de la Bretagne" d'Ogée, déclare à propos de Rustéphan après avoir fait allusion à la ballade:
    "On s'en tiendra donc ici à des recherches purement historiques sur l'origine, l'antiquité et les possesseurs de ce château."
    Bien entendu, Francis Gourvil qui relève ce point dans son "La Villemarqué...", p. 455, y voit le désaveu d'un pseudo-généalogiste par son propre père!

    Le manuscrit de Keransquer
    Voici les principaux passages omis par La Villemarqué dans sa rédaction définitive:
    (a) La recommandation du prêtre:
    Surtout que Jeannette ne vienne pas avec vous à cette messe!
    (b) La protestation de Jeanne, qui viendra:
    Quand bien même, elle serait mal jugée
    (c) L'annonce de la mort de Jeanne:
    Il entendit sonner le glas: "Oh, vieille femme, dites-moi, Que ce passe-t-il en cette paroisse?" - "Jeanne Le Maguer est morte, la plus belle fille de Roscoff...
    (d) Le dialogue de Jeanne et de Philippe qu'on peut situer à l'église:
    Depuis le grand autel, jusqu'au portail on entendait le cœur de Jeanne se déchirer: "Philippe Olivier, retournez, ou vous allez causer ma mort" - "Causer votre mort? Jamais! Je préférerais aller à Rome pour être délier de mes vœux et revenir vous épouser...
    (e) "Si vous ne pensiez qu'aux filles, qu'êtes-vous allé vous faire prêtre?"
    (f) L'invitation au repas de première messe:
    "Vous présiderez la table Où l'on vous servira avec les honneurs dûs une jeune mariée..."
    "Et si vous donnez à la quête cinquante..., je vous donnerai un habit d'argent que vous mettrez le jour de vos noces: Vous choisirez un époux entre mes frères, si vous voulez." - "Ce n'est pas avec vos frères que j'ai perdu mes plus belles années".
    (g) "Si vous aviez voulu me dire que c'est à moi que vous aviez fait promesse."
    (h) L'annonce par Philippe de sa mort prochaine:
    "La plus belle fille du canton sera enterrée dans ce village... Ne jetez pas de terre sur sa tombe en plus de ce que jettera le vicaire, car j'irai la rejoindre dans trois jours. Nous irons tous deux au paradis Chanter louanges, jour et nuit. Et alors nous nous marierons, n'ayant pu le faire en ce monde."

    Les versions Luzel et d'Alfred Bougeois
    Ces divers éléments se retrouvent, agencés différemment, dans les versions collectées par ces deux folkloristes:
  • Jeanne Le Iudec (1ère version) (Luzel)
  • Jeanne Le Iudec (2ème version) (Luzel)
  • Marie Le Moal (Luzel)
  • Jeanne Le Marec (Bourgeois)

    On remarque que le manuscrit de Keransquer commence par le titre "Renig an Glaz", (Renée le Glas) qui est le "vrai" titre de Azénor la Pâle". Il y a en effet une similitude entre les deux intrigues qui peut conduire les chanteurs à les confondre.
    De façon plus générale, les héroïnes que mettent en scène les "gwerzioù" font montre de la force de caractère qui fait défaut à leur partenaire masculin, que celui-ci en épouse une autre, ou entre dans les ordres pour complaire à ses parents. C'est l'opiniâtreté de la jeune fille qui sublime une histoire lamentable et permet à leur union d'être célébrée dans l'autre-monde, tandis qu'ici-bas, la réunion des corps dans la même tombe, symbolise l'adhésion finale de la communauté à cette transgression des règles sociales.
    Dans la version "Jeanne Le Marec", on est frappé par la psychologie élaborée prêtée aux personnages: l'attitude provocante de la jeune fille qui court s'installer à la barrière de communion et les cruels toasts portés par le jeune prêtre, attitudes agressives qui masquent les sentiments réels qui animent les protagonistes du drame. Cette pièce n'est certainement pas, à l'origine, une création collective, composée au cours d'une veillée, mais l'œuvre d'un poète isolé, peut-être un clerc ou un prêtre...

    Bien que les interprètes modernes lui préfèrent une version modifièe qui masque ce fait, la fameuse complainte vannetaise An hini a garan traite aussi le thème de l'homme aimé devenu prêtre.
  • Résumé
    Genevieve of Rustéfan loves the son of a farmer, John Le Flécher whom his mother destines to be a priest. She dies at his feet the very day of his ordination at Penn-al-Lenn.

    Genevieve, John, Jenny, Philip and the others
    According to La Villemarqué's "argument" the song accounts for a legend about the ruins of Rustéfan Manor near Nizon (not far from Pont-Aven), built in the fifteenth century, whose tower, pinnacled doorway, and stone mullioned windows are still visible and haunted by the spectres of an old bald-headed priest with glittering eyes and a young lady in green silk attire.
    In La Villemarqué's lifetime a Le Flécher family was still extant in Nizon and they remembered a priest for whose education a lord of the neighbourhood had provided. Since the rolls, where the vicars of the parish are recorded since 1500, don't mention Jean Flécher, the events addressed in the ballad should have occurred before that date.
    A puzzling detail: the song is in Tréguier dialect, whereas the story locates the events in the Pont-Aven area.
    In fact, the names of the two heroes, as recorded in the first Keransquer collecting book are quite different from the printed ones: Philippe Ollier and Janedik (Jenny) Manguer, who was "the prettiest girl in Rousgou (Roscoff)! (pp. 136-139 and 159-160). The name "Jenovefa"appears only once in an isolated quatrain, on page 220 which is in no evident logical connection with the previous variants.
    In other collections of laments, Jenny has a family name varying from case to case: Le Yudec, Le Marec, Le Moal, whereas the young man is named here "Kloarek ar Bihan", Clerk Lebihan, there "Kloarek Rosko", The Clerk from Roscoff.

    Geneviève Naour
    But La Villemarqué did certainly avail himself of another source, not recorded in the MS, similar to a text that the Reverend Henri Pérennes had collected in Nizon in 1937 and published in the "Annales de Bretagne" in 1939, under the title "Genovefa Naour". The latter name was replaced with "Du Faou", as from the 1845 edition of the Barzhaz, following a suggestion made to the Bard by Pol de Courcy. In the "Records of the checking commission of nobility titles in Cornouaille" he discovered a Jean du Faou who was the owner of Rustéfan castle in the year 1426. He certainly considered that "Du Faou" was changed in "Naour" , as "Rustéfan" was changed in "Rousgou", for, so he writes,
    "this type of alteration of names was very frequent with the singers".
    In the 1867 edition these explanations are missing, whereas in all three editions the statement is kept, to the effect that
    "no Jean Flécher being entered in the rolls of the Nizon vicars where the latest entry is dated 1500, it is very likely that the events recounted in the ballad should be dated to still remoter times."
    Yet the story, in spite of these amendments, does not tally any better with historically recorded facts: Pol de Courcy wrote in Book II of his "Bretagne contemporaine", in 1864:
    "We read in the 'Histoire des Grands Officiers de la Couronne' that Renée, the only daughter to Jean du Faou, married 1° Louis de Rohan-Guéméné; 2° Guillaume de la Marck... and had issue from both unions. The Rustéphan ballad must therefore relate to another story."
    Even La Villemarqué's father, a former representative of Finistère in Parliament, who took part in re-publishing Ogée's "Dictionnaire de la Bretagne", declares concerning Rustéphan, after mentioning the folk ballad:
    "We shall limit ourselves here to purely historical enquiries about the origin and ancientness of the owners of this manor."
    As a matter of course, Francis Gourvil who highlights this point in his "La Villemarqué...", p. 455, considers it the disavowal of a make-believe genealogist by his own father!

    The Keransquer MS version
    Here are the main passages omitted by La Villemarqué in his printed texte:
    (a) The priest's recommendation:
    Above all, see that Jenny does not come with you to the mass!
    (b) Jenny's protest who has made up her mind to come,
    Blame it, whoever will.
    (c) The announcement of Jenny's death:
    He heard the knell: "Pray, old woman, tell me. What is afoot in this parish?" - "Joan Le Maguer is dead, the prettiest girl in Roscoff...
    (d) The dialogue of Jenny and Philip, possibly in the church:
    All the way from the church gate to the altar the noise of Jenny's cracking heart was heard: "Philip Oliver, come back, or you shall be the cause of my death." - "The cause of your death? Never! I'd better go to Rome to be released of my religious vows and to marry you...
    (e) "If you were fond of girls, why did you let them make a priest of you?"
    (f) The invitation to the first mass banquet: "You shall sit at the head of the table and be served as is seemly for a bride..."
    And if you give fifty... to the collection, I'll give you a silver dress to put on on your wedding day: You may choose a husband among my brothers, if you want." - "It was not with your brothers that I spoilt my years spent."
    (g) "If only you had told me that you had engaged yourself to me."
    (h) The announcement of his oncoming death by Philip: "The prettiest girl of the neighbourhood will be buried in this village... Don't throw more earth into the grave than the curate will, because I shall join her in death in three days. Both of us we will go up to heaven, and sing God's praises, night and day. In heaven we shall marry, since we could not here below."

    Versions collected by Luzel and Alfred Bourgeois
    All these elements of the narrative are found, combined in different ways, in the versions collected by these two folklorists:
  • Joan Le Yudec (1st version) (Luzel)
  • Joan Le Yudec (2nd version) (Luzel)
  • Mary Le Moal (Luzel)
  • Joan Le Marec (Bourgeois)

    It is remarkable that the first page of the Keransquer Manuscript dedicated to this lament should begin with the title "Renig an Glaz", (Renée le Glas) which is the "true" title of Azénor the Pale". There is in fact between the two plots a similarity that might have misled singers who often mixed up both narratives.
    As a rule the gwerzioù (laments) feature spirited girls and women who display a strength of character that their male partners seldom display: either they marry another girl or, as in the present case, they accept to become priests to please their parents who decide what is good for them. Here it is the steadfastness of the girl that sublimates the pitiable story of a failure, allowing their union to be celebrated in the other world, while here below their being buried in the same grave illustrates how the village community eventually approve of this trespassing of customary rules.
    In the third version "Joan Le Marec", in spite of the schematic narrative full of ready-made phrases and clichés, the psychological background is more elaborate than usually: The challenging behaviour of the girl who kneels down at the altar balustrade and the cruel toasts raised by the priest give very precise information on the both's true feelings and frame of mind. Originally this piece might hardly have been a collective creation, arisen from winter evening gatherings by a fire place, but it was the work of an individual bard, maybe a "kloarek" (clerk, seminarist) or a priest...

    Though today's folk singers usually resort to a modified version misrepresenting it, the well-known Vannes dialect lament An hini a garan is based on the same plot: the man she loves has become a priest.




  • The Rosporden Carnival ND du Folgoat