L'Aire Neuve

The New Threshing Floor

Dialecte de Cornouaille (*)

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839.
  • Composé et chanté par Yves Péron (1792-1868), un paysan aisé de Lustumini en Nizon, selon l'indication de la Table A. Cette attribution est confirmée par les couplets (h) du chant tel qu'il figure au 1er carnet de Keransquer, et commençant par "Re-ni zo aet d'al leur nevez" où l'on lit:
    (h) Mar ho-peus c'hoant da goût piv emaon,
    Me zo mab da Ivon Beron.
    Ar c'haerrañ den deus ar c'hanton.
    (h) Vous voulez savoir qui je suis?
    Je suis le fils d'Yves Péron,
    Le plus bel homme du canton.
  • Deux chants dans le 1er carnet de Keransquer: "D"al leur nev int aet, d'ar maner", p.296 et "Re-ni zo aet d'al leur nevez", p. 297.
  • N'existe que dans le Barzhaz.

    (*) En 1839 le dialecte est désigné comme celui de "Basse Cornouaille" (Yez Kerne Izel). A partir de 1845, bien que l'essentiel du texte breton reste inchangé, cette indication devient "Dialecte de Haute-Cornouaille" (Yez Kerne Uhel). Nizon, dont est originaire le compositeur Yves Péron est en Basse Cornouaille. Le chant "Les Laboureurs", communiqué par le même Péron est dialecte de Léon!
  • First published in the 1839 first release of the Barzhaz Breizh.
  • Composed and sung by Yves Péron (1792-1868), a rich farmer at Lustumini in Nizon, according to Table A. This ascription is confirmed by stanzas (h) of the song as recorded in the Keranquer copybook, beginning with "Re-ni zo aet d'al leur nevez" that read:
    (h) Mar ho-peus c'hoant da goût piv emaon,
    Me zo mab da Ivon Beron.
    Ar c'haerrañ den deus ar c'hanton.
    (h) Do you want to know my name?
    I am a son to Yves Péron,
    The most handsome man around here.

  • Two versions of the song in the Keransquer first copybook: "D"al leur nev int aet, d'ar maner", p.296 and "Re-ni zo aet d'al leur nevez", p. 297.
  • The song will be found only in the Barzhaz.

    (*) In 1839 the dialect used for this song is dubbed "Lower Cornouaille dialect". As from 1845, though the Breton text is the same, as a whole, this indication has become "Upper Cornouaille dialect". Nizon where Yves Péron lived is definitely in Lower Cornouaille. The song "The Ploughmen" which he also provided is written in Leon dialect!


  • Mélodie - Tune
    (Mode myxolydien)

    Français English
    1 Mes père et mère sont allés
    A l'aire neuve festoyer!

    REFRAIN
    Cloche de Nizon, sonne, sonne!
    Cloche de Nizon, sonne donc!


    2. A l'aire neuve du manoir;
    Mais sans moi? Il ferait beau voir!

    REFRAIN

    3. Il y avait plein de garçons,
    Des jolies filles à foison!

    4. Voilà que mon cœur bondissait
    D'ouïr les musiciens sonner.

    5. Et je vis danser une belle
    Aux allures de tourterelle,

    6. Ses yeux, des perles de rosée
    Sur l'aubépine ensommeillée,

    7. Etaient bleus comme fleur de lin
    Ses lèvres étaient un écrin

    8. Pour des dents qu'on eût dit diamants.
    Elle a l'air vif et avenant.

    9. Elle me regarde à présent.
    Et je m'approche incontinent

    10. L'inviter pour un jabadao,
    Le sonneur commence aussitôt!

    11. Il débobine sa pelote,.
    Je presse sa blanche menotte.

    12. Elle sourit. Elle sourit
    C'est un ange du paradis

    13. Alors moi, je souris aussi.
    Ah, je n'aime qu'elle, pardi!

    14. J'irai chez elle, dès ce soir
    Pour lui remettre un ruban noir

    15. Tout en velours avec sa croix
    Qu'au marché de Saint Nicolas

    16. J'avais acheté récemment
    Quel bel effet sur son cou blanc!

    17. Ainsi qu'une bague d'argent
    Pour passer à son doigt charmant.

    18. A son doigt pour que quelque fois
    Elle vienne à penser à moi.

    19. Rentrant de chez ma bien-aimée,
    Le vieux tailleur j'ai rencontré.

    20. Oui, le vieux tailleur de Nizon
    Et il a fait cette chanson.

    Cloche de Nizon, sonne, sonne,
    Cloche de Nizon, sonne donc!


    Trad. Christian Souchon (c) 2008
    1. My parents have gone to the fair
    And I am following them there.

    CHORUS
    Ring, Nizon bell, ring, ring!
    Ring Nizon bell, ring, ring!


    2. To the new manor's threshing floor:
    I never would have stayed indoors!

    CHORUS...

    3. And there were loads of laddies there
    No lack of pretty girls either!

    4. My heart was set to making bounds
    As soon as I heard the pipe sound.

    5. I spied a lass among the drove.
    She was as nimble as a dove.

    6. Her eyes were like dew in the morn
    That glitters on blooms of hawthorn.

    7. Blue like flax petals were her eyes.
    Her teeth like diamonds were bright.

    8. Her glance was full of joy and glee!
    Suddenly she has peered at me.

    9. And I peered back at her at once
    And I rushed and asked her to dance

    10. Asked her to dance a "jabadao"
    Off to the floor we went right now.

    11. Her little white hand I did seize
    And I gave it a gentle squeeze

    12. Which she has answered with a smile.
    As angels do in paradise.

    13. What could I do but smile again?
    Now in my heart supreme she reigns.

    14. I'll go to her house tonight and
    Bring her a fine, black velvet band.

    15. A velvet band with a fine cross
    From the fair of Saint Nicholas.

    16. - Saint Nicholas, our patron saint -
    Round her white neck it could look quaint.

    17. And for her finger I shall bring,
    To put on it, a silver ring.

    18. Once on her finger it will be,
    It's sure to remind her of me.

    19. As I went home all down the street
    Whom but the tailor should I meet?

    20. With quill and needle of avail
    He made this fine song of my tale!

    Ring, Nizon bell, ring, ring!
    Ring Nizon bell, ring, ring!


    Transl. Christian Souchon (c) 2008


    <brezhoneg

    Cliquer ici pour lire les textes bretons.
    For Breton texts, click here.


    Résumé
    L'aire neuve dont il s'agit est l'aire à battre le blé. Pour finir de tasser une aire neuve, on invitait ses parents et ses voisins à venir y danser en frappant des pieds le sol.
    Les danses alternaient avec de la lutte bretonne, dotée d'un trophée: un chapeau neuf orné de rubans multicolores et parfois même un mouton.
    Le garnement de la chanson préfère ces distractions aux exercices pieux auxquels l'invite la cloche de Nizon.

    Modestie ou amnésie?
    L'argument résumé par les quelques lignes ci-dessus est resté inchangé depuis la première édition de 1839, si ce n'est qu'en 1867 (troisième édition principale), la dernière phrase
    "[Cette chanson] se chante en Haute-Cornouaille" est prolongée par la précision: "et, si j'en juge par le refrain, elle a du être faite à Nizon".
    Effectivement, à partir de 1867, la chanson est dotée d'un refrain, la phrase répétée de 6 pieds "Son kloc'h Nizon, son, son" qui, faisant suite aux deux octosyllabes des couplets, imprime à l'ensemble un rythme de gavotte (ou de jabadao) caractérisé. En même temps la jolie mélodie est donnée pour la première fois en annexe.
    On ne peut être qu'intrigué par l'expression dubitative "elle a du être faite à Nizon": la version longue du chant original conservé dans le premier cahier de Keransquer indique (strophes h) que le héros de l'histoire est le fils d'Yvon Péron qui a eu recours aux services d'un vieux tailleur pour "lever" (sevel) cette chanson, comme il est dit à la strophe 20.
    C'est ce même Yves Péron qui enseigna au collecteur le chant des Laboureurs et celui de la Meunière de Pontaro.
    La Villemarqué sait d'autant plus pertinemment que la chanson a été faite à Nizon, qu'elle pourrait bien le désigner comme scribe: la strophe (i1) nous apprend, en effet, que le "garçon du manoir", sans doute le jeune La Villemarqué lui-même, l'a consignée par écrit.

    Les cloches de Nizon
    A compter de l'édition de 1845, la chanson est suivie de "notes" à propos de la dévotion à Saint Nicolas (évoqué strophe 16), telle qu'elle s'exprime en Bretagne où il est le patron des amoureux: ceux-ci piquent avec des épingles les pieds de la statue de leur infortuné protecteur.
    Ce n'est qu'en 1867, qu'apparaît dans ces "notes" une interprétation du chant basée sur le refrain dont il vient d'être doté:
    "Le jeune fou coureur d'aires neuves nargue la cloche de la paroisse qui l'appelle peut-être au catéchisme". On vérifiera que nulle part dans les deux versions du cahier de Keransquer on ne trouve d'allusion à ces cloches.
    En 1867 Yves Péron avait 75 ans et il ne devait mourir qu'un an plus tard. On peut supposer qu'il avait peaufiné tardivement son œuvre, de même qu'il lui avait déjà ajouté une suite: dans le manuscrit, les deux derniers couplets indiquent qu'il avait composé des strophes supplémentaires pour se moquer de Joseph Le Goff (s'agit-il du tailleur?) qui ne sait pas chanter et préfère siffler.

    Voici un autre joli chant d'aire neuve collecté par Maurice Duhamel. La mélodie illustre le mode myxolydien:
  • O tistrein deus ul leur nevez
    "O tistreiñ deus ul leur-nevez
    Me am-boa graet ur promesa:
    Ur plac'hik koant 'm boa rañkontret
    Hag he-doa plijet d'am souhet."
    En revenant de l'aire neuve
    J'ai fait une promesse.
    J'avais rencontré une jolie fille:
    Que je trouvais plaisante à souhait.
  • Résumé
    The purpose of the "new threshing floor party" was to complete the packing down of the ground by asking parents and neighbours to come and perform on it dances implying much foot stamping and trampling.
    Dances would alternate with Breton wrestling. The victor was awarded with a trophy, as a rule a new hat enhanced with many-coloured ribbons, sometimes even a sheep.
    The young man in the song prefers these entertainments to the pious exertions to which the bell of Nizon church invites him.

    Modesty or lapse of memory?
    The "argument" summed up in the few lines above remained unchanged from the first 1839 edition onwards, except that in the 1867 third main release, the last sentence
    "[This song] is sung in Upper Cornouaille" is prolonged by these words: "And, judging from the chorus, should have been composed in Nizon".
    And really, as from 1867, the song features a chorus, the six-syllable sentence repeated twice: "Son kloc'h Nizon, son, son" which, with the two eight-syllable lines, imparts to the piece its characteristic gavotte (or jabadao) rhythm. The strange melody is first printed in an appendix to the same 1867 edition.
    Very puzzling is the dubitative statement "should have be composed in Nizon". In the longer version of the song recorded in the first Keransquer copybook, there is a sentence (in stanzas h) to the effect that the protagonist is the son of Yves Péron who made this song, in collaboration with an old tailor as stated in stanza 20.
    The same Yves Péron provided the collector with the songs The Ploughmen and Pontaro Miller's Wife.
    La Villemarqué ought to have known with certainty that the song was composed in Nizon, since one may infer that the "paotr ar maner" (lad of the manor), referred to in stanza (i1) as the one who committed the song to writing, was none other than young La Villemarqué himself!

    The bells of Nizon
    As from the 1845 edition, the song is followed by "notes" chiefly dealing with the peculiar form of devotion extended to Saint Nicholas (named in stanza 16) in Lower Brittany, where he plays an important part as the holy protector of lovers, who are in the habit of stinging the feet of his statue with pins.
    In 1867 the same "notes" harbour an interpretation of the song based on the afore-mentioned new chorus: "The young scatterbrained threshing floor dancer scoffs at the town bells that possibly summon him to Sunday school". One may satisfy oneself that there is no mention of these bells in either version of the Keransquer MS song.
    In 1867, Yves Péron was 75 and was to live one more year. We may assume that he had touched up his work once again. He had also appended a continuation to the song. In the MS' last two stanzas he makes fun of Joseph Le Goff (maybe the tailor's name) who cannot sing properly and prefers therefore to whistle.

    Here is another pretty threshing floor dance collected by Maurice Duhamel. The tune is played in the Myxolydian mode:
  • O tistrein deus ul leur nevez
    "O tistreiñ deus ul leur-nevez
    Me am-boa graet ur promesa:
    Ur plac'hik koant 'm boa rañkontret
    Hag he-doa plijet d'am souhet."
    Back from a new threshing floor dance
    I have sworn to myself an oath.
    Had made a lass's acquaintance:
    At that we were delighted both .




  • Son Fest Mizeven Kentel fest ar vugale