Chanson de Fête des Petits Pâtres

Lecture for the Children's Feast

Dialecte de Cornouaille

  • Première publication dans l'édition du Barzhaz de 1845 sous le titre "Kentel ar Vugale" (La leçon des enfants) qui deviendra, en 1867, "Kentel Fest ar Vugale" (Chanson de fête des petits pâtres).
  • Chanteur inconnu.
  • Aucun chant correspondant dans les carnets de Keransquer.
  • Selon La Villemarqué ("Argument" de 1845, commun à ce chant et au suivant), "[Cette] première pièce est tellement répandue que les nourrices des châteaux, même dans la partie de la Bretagne où l'on parle français, apprennent aux enfants... quelques-uns des enseignements qu'elle contient."
    Dix des dix-sept couplets sont publiés par La Villemarqué en 1859, dans sa "Légende celtique", à titre de "Pièce justificative" pour la "Légende de saint Hervé, Patron des chanteurs populaires d'Armorique" qui, avec celles de Saint Patrick et Saint Kado, compose cet ouvrage consacré à la légende dorée celtique. Sept seulement sont traduits: ce sont des "fragments qu'on suppose de Saint-Hervé", à qui la tradition attribue également le Chant du Paradis.
  • First published in the 1845 release of the Barzhaz Breizh, under the title "Kentel ar Vugale" (A lecture for children) which becomes, in 1867, "Kentel Fest ar Vugale" (A lecture for the children's feast, though the French title translates as "Feast song of the shepherd boys").
  • Singer unknown.
  • No related song in the Keransquer copybooks.
  • As stated by La Villemarqué (in the "Argument" to this song and the following in the 1845 edition), "This first piece is spread throughout Brittany, even the French speaking part of it, where nurses in noble mansions teach children some of the precepts it contains."
    Ten out of seventeen stanzas were printed by La Villemarqué in 1859, in his "Celtic Legend", as a "written evidence" supporting his "Legend of Saint Hervé, the holy Patron of Armorican folk singers", which, along with those of Saint Patrick and Saint Cadoc, make up this work dedicated to the Holy Legend of the Celts. Only seven of them are translated, to wit "Fragments that are ascribed to Saint Hervé", as is, as tradition has it, the Song of Paradise.


  • Mélodie- Tune
    (Mode hypophrygien, noté ré majeur dans le Barzhaz)

    Français English
    1. Approchez-vous donc, les enfants:
    Venez entendre un chant récent,
    Que l'on vient d'écrire pour vous.
    Retenez-le donc bien, surtout!

    2. Dès le réveil, dans votre lit,
    Tournez vers Dieu votre esprit
    Faites le signe de la croix.
    Puis, dans l'espérance et la foi,

    3. La charité dites: "Seigneur,
    Mon corps et mon âme et mon cœur
    Sont à Toi. Et fais que je meure,
    Faute d'être bon, avant l'heure."

    4. Dites le bénédicité
    Avant -et les grâces après-
    Le repas ou sinon craignez
    De devoir quelquefois jeûner.

    5. Ainsi font les petits oiseaux
    Des bois, perchés sur les rameaux,
    Pour un grain de blé, pour un ver
    Et de la rosée pour dessert.

    6. Lorsque vous gardez vos troupeaux
    Un bâton de saule il vous faut.
    Quand vous les ramenez chez vous,
    Le soir, prenez bien garde au loup.

    7. Mais ne jurez jamais contre eux.
    Pour les gronder, dites au mieux:
    "Allez, allez, méchants voleurs,
    Laissez donc l'herbe du recteur!"

    8. "Pâture à renards, à corbeaux,
    N'es-tu pas rassasié bientôt?
    Tout ce temps, tu me le paieras,
    Perdu pour courir après toi."

    9. En voyant un corbeau voler,
    Songez au diable noir, mauvais.
    Si c'est une blanche colombe
    C'est à son doux ange qu'on songe.

    10. Et pensez que Dieu vous surveil-
    Le au haut du ciel, tel le soleil.
    Dont les rayons font fleurir la
    Rose sauvage à Comana.

    11. En parlant aux gens du logis,
    Soyez affectueux et polis
    Dans tous vos propos; et surtout
    Dites: "Mon frère, ma sœur, vous..."

    12. Témoignez-leur respect tout comme
    A la noblesse, aux gentilshommes,
    Et aux prêtres auxquels il faut
    Répondre en choisissant ses mots.

    13. Ne passez par bourg, ni écart
    Où Jésus dans Son ostensoir
    Attend, sans venir L'adorer:
    Vingt jours d'indulgences aurez.

    14. Rencontrant le Saint Sacrement,
    Suivez-Le pas à pas. Vraiment
    Le Roi des anges et des saints
    Vous aura montré le chemin.

    15. A la Fête-Dieu les plus sages
    Pourront parsemer Son passage
    De fleurs, avant qu'ils soient admis
    A le faire au ciel devant Lui.

    16. Le soir, n'éteignez la lumière
    Qu'après avoir dit vos prières
    Qu'un ange du ciel vienne encore
    Veiller sur vous jusqu'à l'aurore.

    17. Voici mes enfants, le moyen
    De toujours vivre en bons chrétiens.
    Mettez en pratique mon chant:
    Vous aurez vécu saintement..

    Trad. Christian Souchon (c) 2008
    1. Come nearer, children, close to me
    To hear a song made recently,
    Intended for you. Now I start:
    Endeavour to learn it by heart.

    2. When you awake, still in your bed,
    God with your heart be presented.
    Crossing yourselves, say right humbly,
    With faith and hope and charity:

    3. Say: "O my Lord, I present You
    With my heart, my body, my soul,
    And, should I fail honest to be,
    Make that I die prematurely."

    4. A "Benedicite" before
    Each meal, afterwards "grace", once more.
    Maybe you won't have food always
    If you forget to say these prayers.

    5. Thus you'll pray as little birds do
    In the woods roosting on a bough
    For a wheat grain, or for a worm
    Or a drop dew, a little one.

    6. And when you go guarding your cows
    Don't forget your stick of willow
    When in the evening with great care
    You drive them home, of wolves beware.

    7. Mind that you never swear at them
    If you must scold, you may tell then:
    " Off with you, nasty beasts, come on,
    Don't steal the grass from the parson!

    8. You vixen feed, cormorant food
    Will your stomach never be full?
    Ah if I can recapture you
    You'll pay me the trouble you do."

    9. Whenever you perceive a crow
    Think of the devil down below;
    But when you see a turtledove
    Think of your angel, of his love.

    10. Remember, God is watching you
    As does the sun high in the blue.
    God, you know, makes that each child grows
    As the sun the Comana rose.

    11. When you speak to your kith and kin
    Always say "You" or "Dear Sibling".
    Yes, speak to each other kindly,
    With politeness and courtesy.

    12. Do honour well, respect duly
    The noblemen and the gentry;
    And if a priest asks you, as well,
    Always answer with polite zeal.

    13. Whoever will go through a town
    Where God has a house of His own,
    Shall win, if he kneels there and prays,
    An indulgence of twenty days.

    14. If a priest you see carrying
    The High Sacrament, follow him:
    With the King of angels and men,
    In fact, a moment you'll have spent.

    15. When Corpus Christi will be held,
    Those of you that are best-behaved
    Will be allowed petals to strew.
    Later in Heaven, maybe, too.

    16. In the evening, when you bed down,
    Pray that a white angel should come,
    Should come down from Heaven to heed
    You till the shades of night recede.

    17. This is, O my children, the way
    True Christians ought to live and pray.
    Consider now this lecture well
    And in paradise you shall dwell.

    Transl. Christian Souchon (c) 2008


    brezhoneg

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    Saint Hervé ou La Villemarqué?
    Cette collection de préceptes style "Comtesse de Ségur" (dont les ouvrages les plus connus paraissent à partir de 1858) à l'usage des bons enfants est, selon La Villemarqué, un chant attribué à Saint Hervé, allongé et remanié avec le temps. Il était chanté, après un goûter sur l'herbe, lors d'une "Fête des Petits Patres" qu'on célébrait à la fin de l'automne.
    Il devait exister une version française "officielle" utilisée par les nourrices des chateaux en Haute-Bretagne.
    Comme on l'a dit plus haut, dix seulement de ces couplets sont repris par La Villemarqué dans sa "Légende Celtique", publiée en 1859: les couplets 1 à 5, 9 à 11 et 16 et 17; et il ne traduit pas les couplets 4, 5 et 11.
    Si le saint a l'audace inouïe d'inviter les petits enfants à prier Dieu de hâter, le cas échéant, l'heure de leur mort (strophe 3), on voit qu'il ne se préoccupe pas, lui, des mots grossiers qu'ils pourraient proférer à l'encontre de leur bétail récalcitrant (strophes 6 à 8), bien qu'il encourage le vouvoiement à la bretonne (strophe 11). Il ignore tout, étant censé, s'il a existé, être mort vers 570, de pratiques introduites plus tardivement dans le dogme et la liturgie: la quête d'indulgences, le saint Sacrement que le prêtre va porter aux malades ou que l'on honore dans les processions de la Fête-Dieu (strophes 13 à 15).
    Le saint aveugle n'est pas non plus un Légitimiste qui invite les enfants à honorer, autant que les gens d''Eglise, la noblesse et les gentilshommes (strophe 12).
    Cette conception naïve de l'existence qui ressemble à une partie de Monopoly ou de Jeu de l'oie dans laquelle il convient d'accumuler des points avant d'accéder à la case finale, était-elle favorisée par l'isolement linguistique de la Basse-Bretagne? C'est ce qu'ont cru certains prélats du XIXème siècle qui voyaient dans ce particularisme un rempart contre l'immoralité et l'athéisme.

    La Nouvelle école linguistique bretonne
    L'introduction dans le Barzhaz de 1845 de ce chant apparemment anodin s'explique peut-être par la participation de La Villemarqué à la Revue de l'Armorique fondée en 1842 par l'historien Aurélien de Courson. Cette revue mensuelle qui paraîtra sous ce nom jusqu'en 1846 avant de devenir en 1857 la "Revue de Bretagne et de Vendée" s'assignait en effet une mission littéraire et scientifique d'une part, morale, sociale et religieuse d'autre part.
    Dans le cadre de la lutte contre le monopole de l'enseignement secondaire exercé par les collèges royaux, où l'on professait une philosophie "éclectique", rationalisme mâtiné de spiritualisme théorisé par Victor Cousin, la revue souhaitait seconder les efforts de l'épiscopat français pour s'aligner sur Rome, considérant que
    "la destruction de la liturgie romaine en Basse-Bretagne, combinée avec la proscription de sa langue...ferait de ce peuple grossier le pire de tous." (Dom Guéranger, abbé de Solesmes et restaurateur de l'ordre des Bénédictins en France).
    La Villemarqué devint un des pricipaux collaborateurs de la revue comme spécialiste de la langue et de la littérature bretonne. Dans un article du 15 septembre 1842, il écrit:
    "Qui préservera [la Bretagne] de l'irréligion et de la corruption qui gagnent, avec le français, les autres provinces, si ce n'est toujours et encore, la langue d'or de nos aïeux?"
    De ce point de vue, la Bretagne avait la "chance" de se situer dans la zone sombre de la carte "choroplèthe" (teintée) de Charles Dupin où les départements étaient colorés d'une teinte d'autant plus sombre qu'ils envoyaient moins d'enfants aux écoles.

    L'attitude de Mgr Graveran
    L'évêque de Quimper qui apporte son soutien à la revue à compter de septembre 1844 adopte une position plus raisonnable, quand il écrit:
    "Dans quelques années, grâce à la multiplication des écoles, tous, ou du moins le plus grand nombre, entendront la langue française; mais ce sera la langue savante qu'ils parleront aux habitants des villes, ou aux personnes d'une condition supérieure; entre eux... le breton demeurera le langage usuel auquel ils s'attacheront de plus en plus s'il est purgé de tout alliage et si, dans ses productions, [il suit] les règles fixées par la pratique... des plus doctes."
    Mais il ajoutait qu'il importait de prévenir
    "le mépris ou la décadence de notre précieux idiome, car.. il y a une intime connexion entre le langage d'un peuple et son caractère, ses habitudes, ses mœurs et ses croyances."

    Quoi qu'il en soit des initiatives heureuses ou malheureuses de la "nouvelle école", elles eurent pour mérite de susciter l'intérêt des Bretons instruits pour l'idiome national et d'éveiller des vocations littéraires remarquables. A côté des mièvreries que l'on vient de lire, la langue bretonne sait aussi être l'expression bouleversante d'une foi adulte et tragique comme sous la plume d'un Jean-Pierre Calloc'h...

    L'essentiel des citations ci-dessus est tiré de l'ouvrage de Bernard Tanguy déjà cité, "Aux origines du nationalisme breton". Cependant, je juge excessive la thèse défendue par l'auteur, quelque remarquable que soit son étude. La légitime fierté que tire la Bretagne de ses particularités culturelles n'a pas pour "origine" principale les divagations de dilettantes au premier rang desquels figurerait La Villemarqué. Les mérites de celui-ci sont bien réels et d'un tout autre ordre, comme on s'en persuadera, je l'espère, en consultant la page consacrée à une présentation détaillée du Barzhaz Breizh. Bernard Tanguy est Breton. Si l'homme est un loup pour l'homme, bien pire est le Breton pour le Breton!
    Saint Hervé vs. La Villemarqué
    This collection of pious precepts as one may find in the Countess de Ségur's books published as from 1858, is, according to La Villemarqué, a song ascribed to Saint Hervé, lengthened and modified in course of time. It was sung to the children after a picnic party given for the "Little Shepherds' Feast", late in Autumn.
    An "official" French version must have existed and was sung by nurses in the smart mansions of Upper Brittany.
    As already mentioned, only ten out of the 17 stanzas were included by La Villemarqué in his "Celtic Legend" published in 1859, to wit, stanzas 1 with 5, 9 with 11, 16 and 17, but stanzas 4, 5 and 11 were left untranslated.
    Whilst the holy man has the astounding audacity to prompt little children to pray to God that He might hasten their death if necessary (stanza 3), it appears that he doesn't care for their cursing their stubborn cattle (stanzas 6 with 8), but has philological concerns: he encourages the little Breton speakers to address people as "you" instead of "thou" (stanza 11). Of course, since he allegedly died around 570, if he has ever existed, he knows not of such practices as were adopted afterwards in dogma and liturgy: earning indulgences, carrying the Blessed Sacrament to the dying, the Corpus Christi processions (stanzas 13 with 15).
    Nor is the blind saint a Legitimist who would incite kids to be as deferential to noblemen and gentry as they are to clergymen of all sorts (stanza 12).
    Was this unsophisticated conception of existence, - a sort of Monopoly or snakes and ladders game where you have to hoard up tokens before entering the final square -, furthered by the linguistic insulation of Low Brittany? Some 19th century prelates did consider the Breton language a rampart against immorality and atheism.

    The "New Linguistic School" of Brittany
    The clue to why this apparently commonplace song was included in the 1845 Barzhaz may be found in the active part La Villemarqué played in the Revue de L'Armorique founded in 1842 by the historian Aurélien de Courson. This monthly journal was thus styled until 1842. Later on, in 1857, it became the "Revue de Bretagne et de Vendée". It assumed a twofold purpose: a literary and scientific one on the one hand; a moral, social and religious one, on the other hand.
    As its contribution to the struggle against the king's high schools' monopoly in secondary education, where a so-called "eclectic" philosophy was professed, i.e. a mix of rationalism and spiritualism theorized by Victor Cousin, the periodical aimed at assisting the French bishops in their endeavours to conform to the rule of Rome. It considered that
    "the destruction of Roman liturgy in Lower Brittany combined with the proscription of their vernacular language... would make this uncouth people the worst of all", (as stated by Dom Guéranger, abbot of Solesme, and restorer of the Benedictine order in France).
    La Villemarqué was appointed as one of the major sub-editors of the review, as a specialist of Breton language and literature. In an article dated 15th September 1842, he writes:
    "What will protect [Brittany] against irreligiousness and moral decay which, keeping pace with the French language, are now spreading over the other provinces of the realm, if not, as it always did, the golden idiom we inherited from our ancestors?"
    From this point of view it was a blessing for Brittany that it should be situated in the darker half of the "choropleth" (coloured) map of France devised by Charles Dupin, whereby the less children were provided with schooling, the darker each individual département was tinted.

    Bishop Graveran's opinion on the matter
    The bishop of Quimper, who gave the journal his support as from September 1844, proved that he had a more rational view of this issue when he wrote:
    "In a few years, due to the increased number of schools, all of us, or at least the greater part, will understand the French language. But it will be a scholarly language used in business intercourse with town dwellers or people in higher social positions... Breton will be used as our everyday's idiom that we will all the more cherish since it was cleansed of all alien inclusions and is subjected in all its productions to steady rules set forth by the learned practising the language."
    He also considered it essential to provide against
    "disparagement or decay of our precious idiom, as there is a close correlation between the language of a people and their character, their habits, their way of life and their creed."

    Whatever fortunate or unfortunate attempts the "New School" may have done, it must be credited with arousing the interest of the learned Bretons for their national language and inspiring remarkable literary vocations. Beside insipid creations as above, this idiom may also express in a poignant way an adult and tragic conception of Faith as it does under the quill of a Jean-Pierre Calloc'h...

    Most of the quotations above were found in Bernard Tanguy's afore-mentioned book "The origins of Breton nationalism". However I don't approve of the author's conceptions underlying his brilliant study. The rightful pride felt by the Bretons in asserting their own cultural particularity does not "originate" in the wild imaginings of dilettantes above whom La Villemarqué would stand out supreme. The latter's merits are indisputable as one may satisfy oneself, so I hope, by reading the page dedicated to a detailed introduction to the Barzhaz Breizh (in French, with English abstract). Bernard Tanguy is evidently a Breton. Man is allegedly a wolf to man. Still worse is a Breton to a fellow Breton!




    L'authenticité de l'affiche méprisante ci-dessus est souvent contestée...



    Son al Leur Nevez Hollaïka