Le Barzhaz Breizh

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Résumé
Le Barzhaz Breizh (Florilège de Bretagne) est un recueil de chants en breton publiés le 24 août 1839 à Paris. Il regroupe plus de 50 chants recueillis dans la tradition orale de Basse Bretagne. Son auteur est Théodore Hersart de la Villemarqué, alors agé de 24 ans. L'ouvrage connait un succès prodigieux et des éditions enrichies paraissent en 1845, puis en 1867. C'est alors que les premiers doutes sur l'authenticité des chants sont exprimés: on accuse La Villemarqué de les avoir inventés de toutes pièces. La polémique continuera après sa mort, le 8 décembre 1895. Il y a un peu plus de cinquante ans, on a retrouvé les carnets d'enquête de La Villemarqué. Il s'agit bien de notes prises sur le vif et non de compositions faites après coup.
On trouvera ici des arrangements des chants dont l'édition de 1867 du Barzhaz donne la ligne mélodique.
Résumé
The Barzhaz Breizh (Poetry of Brittany) is a collection of songs in Breton language first published on 24th August 1839 in Paris. It contained over 50 songs out of the oral tradition of Celtic Brittany. The author was Théodore Hersart de La Villemarqué who was then 24 years of age. The book was a great success and enlarged editions came out in 1845 and 1867. But then the genuineness of the collection was more and more questioned and La Villemarqué was reproached for having invented these songs. The controversy went on even after his death on 8th December 1895. About 50 years ago his notebooks were discovered. They contain real notes, jotted down during real inquiries so that these songs are by no means pure forgery.
You will find here accompaniments in MIDI format to the monophonic tunes noted in the 1867 edition of the Barzhaz.
Kurz und bündig
Das Barzhaz Breizh (Liederbuch der Bretagne) ist eine Liedersammlung in bretonischer Sprache, die am 24.August 1839 in Paris veröffentlicht wurde. Sie umfasst über 50 Gesänge aus der mündlichen Überlieferung der keltischen Bretagne. Zusammengestellt wurde sie von Theodor Hersart de la Villemarqué, der damals 24 Jahre alt war. Dieses Buch hatte einen Riesenerfolg und bereicherte Neuauflagen erschienen in den Jahren 1845 und 1867. Dann wurden die ersten Zweifel über die Authentizität des Sammelgutes laut:La Villemarqué wurde beschuldigt, diese Lieder frei erfunden zu haben. Sein Tod, am 8.Dezember 1895, setzte dem Streit kein Ende. Vor etwa 50 Jahren entdeckte man die Notizbücher des Verfassers: sie enthalten echte, im Verkehr mit Bauern niedergeschriebene Aufzeichnungen und keine nachträglich zusammen- gekünstelten Schöpfungen.
Hier findet man Arrangements im MIDI-Format zu den in der Ausgabe von 1867 des "Barzhaz" als einstimmige Weisen verzeichneten Liedern.

Un livre unique en son genre
Alors que la plupart des dictionnaires français réservent à Frédéric Mistral, le rénovateur de la langue provençale, la place qui lui revient à bon droit, rares sont ceux qui accueillent le nom du vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué, l'auteur du Barzaz Breiz (ou "Barzhaz Breizh", selon la graphie actuelle). Pourtant ce "Florilège de chants de Bretagne" à vocation historique et philologique connut lors de sa publication un succès mondial qui étonna son auteur lui-même, un jeune "chartiste" de 24 ans.
George Sand écrira en 1856, dans "La filleule", au sujet de ce livre:
"Une seule province de France est à la hauteur dans sa poésie, de ce que le génie des plus grands poètes et celui des nations les plus poétiques ont jamais produit: nous oserons dire qu'elle le surpasse: Nous voulons parler de la Bretagne... Le Tribut de Nominoë est un poème de 140 vers plus grand que l'Iliade, plus beau, plus parfait qu'aucun chef-d’œuvre sorti de l'esprit humain. La Peste d'Elliant, Lez Breizh et vingt autres diamants de ce recueil attestent la richesse la plus complète à laquelle puisse prétendre une littérature lyrique... Vraiment, nous n'avons pas assez fêté notre Bretagne et...ces chants sublimes devant lesquels nous sommes comme des nains devant des géants...
Qu'est-ce donc que cette race armoricaine qui s'est nourrie depuis le druidisme jusqu'à la chouannerie d'une telle moelle? Nous la savions bien forte et fière, mais pas grande à ce point avant qu'elle eut chanté à nos oreilles. Génie épique, dramatique, amoureux, guerrier, tendre, triste, sombre, moqueur, naïf, tout est là! Et au-dessus de ce monde de l'action et de la pensée plane le rêve:...toute la mythologie païenne et chrétienne voltige sur ces têtes exaltées et puissantes: en vérité, aucun de ceux qui tiennent une plume ne devrait rencontrer un Breton sans lui ôter son chapeau."

Comment ce chef-d’œuvre de littérature orale qui conférait une telle dignité à une langue de paysans jusqu'ici méprisée dans les temples du bon goût, a-t-il pu tomber dans cet oubli presque total?



La mode des antiquités celtiques
L'époque à laquelle cet ouvrage est venu, se passionnait pour les traditions et poésies populaires. C'est celle des frères Grimm et de Walter Scott. C'est aussi celle de la relativisation de l'héritage classique particulièrement cher aux Français qui se voulaient Romains sous la Révolution et l'Empire. Désormais ils seraient Gaulois. Dans cette reconquête des origines celtiques, les érudits armoricains sentent leur pays appelé à jouer le même rôle que celui tenu, en Grande Bretagne, par l'Ecosse de McPherson, Burns et Scott. Dès 1805 se constitue, à Paris, une petite Académie celtique qui se fixe pour mission la recherche de la langue et des antiquités celtiques (comprenez "gauloises"). Elle devient en 1845 la "Société des Antiquaires de France", héritière des mêmes méthodes de collecte des faits qui suppléent au silence de l'histoire (écrite): les mœurs, usages et croyances, chansons, œuvres en langues locales, musique populaire.

Les premiers collecteurs de chants bretons
  • Le futur premier président de l'Académie celtique, Cambry, parcourt le Finistère en 1794, sans rien trouver d'intéressant.
  • De même l'introduction au recueil graphique d'Olivier Perrin, "Galerie des mœurs...de l'Armorique", paru en 1808, note sobrement que les Bretons n'ignorent pas complètement la musique ni la poésie.
  • Le grammairien et lexicographe Le Gonidec, (1775-1838) prié par le ministre de l'Intérieur de lui faire savoir s'il existe "en bas-breton des chansons populaires propres à faire connaître les usages et mœurs des habitants des campagnes", ne connaît, lui non plus, rien d'intéressant.
  • Le médiéviste caennais, l'abbé Gervais de la Rue, fut le premier, dans ses "Recherches sur les ouvrages des Bardes de la Bretagne armoricaine" (1815) à signaler l'existence d'authentiques chants narratifs inspirés d'éléments du passé et transmis oralement de génération en génération. Il éveillait ainsi l'intérêt de la noblesse terrienne de basse Bretagne, qui, parfaitement bilingue, était le mieux à même de tirer partie de la mémoire collective de leurs paysans.

    Quelques précurseurs de La Villemarqué

    Aymar de Blois de la Calande, Source: Tudjentil Breizh
  • L'exemple fut donné par Aymar de Blois de la Calande (1760 - 1852), ancien capitaine de vaisseaux morlaisien qui avait participé à la création de l'Académie celtique dès 1805. On lui doit d'avoir découvert, dans les années 1820, chantée par les femmes du hameau de Launay en Ploujean, où il avait son manoir, la ballade de l' héritière de Keroulas (en Léon) mariée contre son gré au marquis de Mesle, vers 1575. Il la transcrivit, la traduisit et la publia en 1823, assortie de commentaires, dans une brochure d'une vingtaine de pages. Il fut bientôt imité par d'autres collecteurs passionnés. Notons cependant que La Villemarqué attribue cette découverte à sa fille, Marie.
  • Le comte Jean-François de Kergariou, ancien chambellan de Napoléon Ier et pair de France, né à Lannion en 1779, retiré à partir de 1830 dans sa propriété proche de Chätelaudren, consacre ses loisirs à composer une collection malheureusement disparue aujourd'hui, mais dont on sait qu'elle comprenait deux versions d'un chant, lié à sa propriété de Coadélan, intitulé dans le Barzhaz La Fontenelle, ce brigand de l'époque de la Ligue, qui fut décapité à Paris en 1602.

    Emilie-Barbe de Saint-Prix
  • Emilie-Barbe de Saint-Prix, née Guitton (1789 - 1869), comme Aymar de Blois, habitait Ploujean et se mit, elle aussi, aux alentours de 1820, à noter des chants de la tradition orale de Callac, en Cornouaille, dont elle était originaire. On lui doit d'avoir recueilli, entre autres, une belle version du Siège de Guingamp, ainsi que l'étonnante Vieille Ahès. D'autre part, on a retrouvé dans les carnets de collecte de La Villemarqué, les fragments chantés au pays de Tréguier communiqués par Madame de Saint-Prix qui l'ont mis sur la trace du poème de Merlin.
  • Une autre dame s'était prise d'intérêt pour la chanson bretonne: c'est la propre mère de La Villemarqué, Marie-Ursule Feydeau du Plessix-Nizon (ou de Vaugien), dont l'influence déterminante qu'elle eut sur la vocation de collecteur de son fils est décrite à propos des chants La Dame de Nizon et du Clerc de Rohan.
  • Notices de MiorcecLe dernier précurseur du Barde, qu'il convient de citer est Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet, historien local et amateur de traditions orales qui s'était intéressé dès 1818 au fameux prophète Guinclan que La Villemarqué rebaptisera "Gwenc'hlan". Il lui avait consacré une de ses "Notices chronologiques sur les [...] littérateurs et historiens de la Bretagne" publiées à Brest.
    Au cours de recherches sur les Saints Bretons, il nota le poème qui raconte une épidémie de peste à Plouescat (à l'ouest de Saint-Pol-de-Léon) qui ressemble fort à celui collecté par La Villemarqué et Luzel dans ses "Gwerzioù", La Peste d'Elliant (entre Quimper et Rosporden).
    De même, c'est à lui que l'on doit d'avoir le premier consigné par écrit la gwerz de sainte Azénor au sein d'or que l'on retrouve collectée par La Villemarqué, puis, sous deux formes différentes, par Luzel; enfin, récemment, par Donatien Laurent. Il contribua également à la sauvegarde du chant relatif à la submersion d'Is.
    Dans sa réédition de la "Vie des Saints" en 1837, il fera connaître plusieurs des chants qu'il avait recueillis.

    Collecteurs contemporains mais indépendants de La Villemarqué
    Les trois collecteurs qui suivent ne commencèrent leurs travaux que dans les années 1830-1835. Il s'agit de
  • Jean-Marie de Penguern (1807 -1858), un jeune avocat de Lannion dont on trouvera une biographie détaillée à la page De Penguern et autres collecteurs. Parmi les quelque 600 chants bretons qu'il recueillit en Trégor et dans le Léon, il faut citer Argadenn Saozon, le récit d'une descente d'Anglais sur la côte trégorroise, sans doute au XVème siècle;
    un autre, Ar bleizi-mor, qui relate la prise du Yéodet par une bande de "loups de la mer", chant dont l'existence était signalée par l'historien d'Argentré, dès 1582. Celui-ci voyait dans ces envahisseurs les normands d'Hastings qui détruisirent Koz-Yéodet en 836!;
    enfin l'énigmatique Den kozh dall, le vieillard aveugle, évoqué par La Villemarqué dans l'introduction au Barzhaz de 1867 à propos du fameux Guinclan, et dont l'authenticité ne semble faire aucun doute.
  • Guillaume-René Kerambrun (1813 - 1852) né à Prat, près de Lannion, fut le principal collaborateur du précédent. C'est lui qui retranscrit le texte de la "Vieille Ahès", noté par Mme de Saint-Prix (cf. plus haut). Il fut accusé dans les années 1860-1890 par Luzel d'avoir mystifié de Penguern en lui présentant comme recueillies, des pièces qu'il aurait lui-même composées. Mais aucun argument sérieux ne vient appuyer cette accusation.
  • Julien-Marie Lehuérou un historien, natif de Prat lui aussi, qui recueillit principalement des chants historiques en 1836-1837, que publiera une trentaine d'années plus tard son neveu, Luzel.

    Les publications précédant le Barzhaz
    Les travaux de tous ces collecteurs ne sortirent pas des cercles privés et restèrent inconnus du grand public. Cependant des hommes de lettres, des enseignants et des écrivains entreprirent de les publier:
  • Armand du Châtelier donna l'exemple avec l' héritière de Keroulas, version d'Aymar de Blois, publiée en 1828 dans la revue "le Lycée Armoricain";
  • puis Louis Dufilhol, proviseur de Lycée à Rennes, qui publia 6 chansons vannetaise dans la "Revue de Bretagne" en 1833-1834 et réitéra l'expérience en 1835, en annexant à son roman "Guyonvarc'h" le chant du Comte et de la Fée;
  • l'importante "Revue des deux mondes" accueille en décembre 1834, un article du Morlaisien Emile Souvestre (1806 - 1845) présentant 5 chansons, dont la fameuse héritière de Keroulas. Deux ans plus tard, dans son recueil "Les derniers Bretons", il reprend la teneur de cet article en y ajoutant la traduction d'une vingtaine d'autres chansons bretonnes.
  • Le chevalier de Fréminville (1787-1848) utilise ses propres publications pour diffuser la poésie populaire: dans ses "Antiquités du Finistère", en 1835, l' héritière de Keroulas en deux langues, assortie de l'argumentation d'Aymar de Blois (le même chant sera publié l'année suivante par Le Gonidec, dans les "Mémoires de la Société des Antiquaires de France", pour corriger les erreurs relevées dans le texte breton). Puis en 1837, dans ses "Antiquités des Côtes-du-Nord", une seconde version de "l'Héritière", ainsi que le texte et la traduction du Siège de Guingamp, recueillis par Mme de Saint-Prix et les deux versions de La Fontenelle collectées a Trémel par Kergariou.
  • Il convient aussi de citer l'imprimeur morlaisien Lédan qui avait commencé en 1815 une collection manuscrite d'une douzaine de gwerzioù et sonioù traditionnelles; le chanoine Mahé dont les "Antiquités du département du Morbihan" (1825) s'intéressent plus particulièrement à la musique des chants vannetais; et M. Dumarhalla de Morlaix qui donna dans son "Lycée Armoricain" une traduction très fidèle de l'Héritière de Kéroulaz

    Priorité aux pièces historiques
    Autant dire que lorsqu'en 1834, Théodore de La Villemarqué, alors âgé de 19 ans, entreprend ses propres collectes, la recherche des chants bretons est devenue, non seulement une mode chez l'élite bilingue de Basse-Bretagne, mais une activité dont on connaissait le potentiel par les pièces de portée historique qu'on avait découvertes.
    Mais à cette date, tous les collecteurs considèrent que ces témoignages historiques sont des restes dégradés par l'usure des siècles et qu'il convient de restaurer avant de les offrir au public. De cette conception qui trouve son prolongement en architecture chez un Viollet-le-Duc, et qui sera combattue impitoyablement par ses successeurs, le jeune barde à l'imagination poétique débridée ne parviendra d'autant moins à se défaire, qu'elle lui valut pendant de longues années une reconnaissance enthousiaste.



    Un Rastignac breton
    Le jeune Théodore était le huitième enfant du comte Pierre-Michel Hersart de La Villemarqué qui fut député royaliste ultra de 1815 jusqu'à la chute de Villèle en 1827 et de Marie-Ursule Feydeau de Vaugien, dame du Plessix-Nizon, près de Quimperlé où il naquit en 1815. C'est au manoir du Plessix qu'il passa sa petite enfance, quotidiennement en contact avec la langue bretonne, même si dans sa famille on ne s'exprimât qu'en français. Il fut éduqué chez les Jésuites de Sainte-Anne d'Auray, puis jusqu'au baccalauréat aux petits séminaires de Guérande et de Nantes. Il sera, toute sa vie un catholique fervent.
  • En 1834 il suit son frère, étudiant en droit, à Paris et s'inscrit comme auditeur libre à l'Ecole des Chartes. Il fréquente les milieux bretons de la capitale, en particulier le salon d'Auguste de Courcuff, le fondateur d'une importante compagnie d'assurances. Là il noue des liens avec des personnalités influentes qui seconderont ses entreprises: le grammairien Le Gonidec, de Blois de la Calande, de Courcy, Auguste Brizeux, Emile Souvestre, etc. et où il rencontre Sébastienne Tarbé des Sablons qu'il épousera en 1846.
  • Un mois après son admission à l'Ecole des Chartes, en février 1835, il devient secrétaire-adjoint de l'Institut historique fondé deux ans plus tôt par Arcis de Caumont. Il y rencontre des historiens, des archéologues et des littérateurs en vue.
  • En avril 1835, il devient collaborateur d'une revue légitimiste, l'Echo de la Jeune-France, dans laquelle il publie 13 articles jusqu'en octobre 1837, dont un article sur la "Peste d'Elliant", plein de fougueux et juvénile nationalisme régional, après que la prestigieuse "Revue des Deux-Mondes" l'ait refusé. Cet articl; e contient, selon la formule de Francis Gourvil "tout le Barzaz-Breiz en puissance": le néologisme "Barzhaz" orthographié "Barzas" y apparaît six fois avec le sens de "poème", ainsi que d'autres créations verbales; les références à la littérature galloise et française du Moyen âge; l'exaltation des bardes et du bardisme, "ce fleuve immense que chaque siècle grossissait de ses annales tributaires"; les montagnes, refuges suprêmes des traditions oubliées partout ailleurs; les principaux héros du panthéon breton: Gwinclan, Merlin, Arthur, les Trente, Lesambreiz (Lez-Breizh), dont certains n'apparaîtront que dans l'édition de 1845.

    Un collectionneur de relations influentes
    Cependant, plus qu'un renom régional, c'est une stature nationale que le jeune homme ambitionne.
  • La Villemarqué se fait accueillir au salon de la Marquise d'Aguesseau où il sait qu'il rencontrera Sainte-Beuve dont il fait un éloge appuyé dans l'"Echo". Cependant, ce dernier écrira plus tard (en 1868, en pleine querelle du "Barzhaz") à Luzel qui lui avait adressé ses "Gwerzioù Breizh-Izel": "J'ai toujours résisté à parler en public d'un livre [... que je] flairais comme médiocrement exact ou authentique". Leurs relations seront donc de bonne compagnie, sans atteindre à la cordialité. C'est peut-être à son appui que le jeune homme doit d'avoir pu collaborer à l'importante Revue de Paris qui publia en mai 1837 ses traductions du "Seigneur Nann" et du "Sire de Jauioz".
  • Cette dernière pièce, traduite en vers, fut soumise à l'appréciation de Lamartine, dans une lettre à laquelle le grand poète, absorbé par la publication de son "Jocelyn", fit une réponse polie. De sorte que la dernière pièce en vers livrée au public, L'appel des pâtres, parut à nouveau dans l'"Echo".
  • Mais le jeune barde s'était fait, on ne sait trop comment, un allié influent en la personne de l'historien Augustin Thierry (1795 -1856), qui inséra dans la 5ème édition de son "Histoire de la conquête de l'Angleterre", en 1838, "un chant composé en Basse-Bretagne sur le départ d'un jeune Breton auxiliaire des Normands et sur son naufrage au retour." Dans une note Thierry indiquait qu'il devait ce "curieux morceau de poésie à l'obligeance de M. Théodore de La Villemarqué et qu'il est destiné à faire partie d'un recueil appelé Barzaz-Breiz, dont la publication aura lieu prochainement.": Il s'agissait du chant Retour d'Angleterre.
  • Le nombre de personnes influentes dont La Villemarqué peut espérer un soutien bienveillant croît, dès lors, très rapidement. On compte parmi elles, le professeur à la Sorbonne et membre de l'Institut, Claude Fauriel (1772 - 1844), éditeur des "Chants populaires de la Grèce moderne" et spécialiste de la Gaule méridionale. La publication de l'ouvrage que le jeune La Villemarqué prépare se présente, dès lors, sous les meilleurs auspices.



    Théodore Hersart de La Villemarqué par Raymond Lheureux
  • Objectifs et méthodes
    Une lettre (conservée à la bibliothèque municipale de Caen) adressée le 11 décembre 1834 à l'abbé de La Rue, auteur des "Recherches sur les ouvrages des Bardes de la Bretagne armoricaine", précise les objectifs du collecteur. "Vous ne songiez pas, quand vous traciez ces lignes: 'C'est aux littérateurs de la Bretagne de faire valoir [ces ouvrages] pour l'honneur de leur pays', qu'à dix-neuf ans de là elles dussent porter des fruits. Voilà pourtant ce qui est arrivé, et si je m'occupe en ce moment de l'histoire de la littérature bretonne et de ses rapports avec la littérature primitive de la France, vous seul m'en avez donné l'idée, vous seul aurez le mérite de mon ouvrage, au cas où il y en eût quelqu'un." La Villemarqué à 30 ans transcrivant un poème, par Ernest Boyer, demi-frère du poète Brizeux (1845)
  • Il y un an déjà, qu'il déploie pour la collecte desdits ouvrages une intense activité de terrain en Cornouaille. Dans les trois premiers chapitres du commentaire consacré au chant La dame de Nizon, on s'efforce de décrire le rôle joué par sa mère dans l'éveil de cette vocation et les limites de sa contribution aux près de trois cents pages manuscrites de poésie paysanne que ces carnets recèlent pour la période 1833-1837. On y trouve les pièces les plus marquantes du futur ouvrage: la Peste d'Elliant, le Siège de Guingamp, les Chouans et la longue ballade de Berlin-Barde, sans doute recueillie auprès de la vieille mendiante Annaïck Huon de Kerigasul en Nizon.
  • A ces pièces il fait subir, outre un classement en trois catégories: chants historiques, chants d'amour et chants sacrés, un traitement qu'il décrit dans les préfaces des trois édition de son ouvrage de façon invariable:
  • "Les versions d'un même chant s'éclairant l'une par l'autre, l'éditeur n'a rien à corriger et doit suivre avec une rigoureuse exactitude la plus généralement répandue.
  • La seule licence qu'il puisse se permettre, est de substituer à certaines expressions vicieuses, à certaines strophes moins poétiques de cette version, les stances, les vers ou les mots correspondants des autres leçons. Telle a été la méthode de Walter Scott (dans "Minstrelsy of the Scottish Border", paru en 1802-1803); je l'ai suivie. A ces libertés indispensables se bornent toutes celles que je me suis cru autorisé à prendre..."
  • Comme il se fait fort de retrouver la variété dialectale du morceau original, c'est "en les cherchant dans les pays auxquels elles semblent appartenir, qu'on retrouve [ces versions] dans leur pureté primitive..."
  • Selon cette conception, le collecteur doit se faire artiste et poète, surtout quand, comme La Villemarqué l'avoue lui-même dans l'Argument de la pièce "Le Vin des Gaulois", publiée en 1845, "[il a] eu toutes les peines du monde à débrouiller le véritable sens au milieu d'altérations palpables et (qu'il doit] déclarer franchement que sa version et sa traduction ne sont pas toujours assurées".
  • Une attention particulière est apportée aux "chants mythologiques, héroïques, historiques et ballades" (65 chants sur les 91 de l'édition définitive de 1867) occupent avec leur traduction les 4/5 du volume, le reste étant consacré à des "chants de fêtes, chants d'amour, légendes et chants religieux" dont 5 d'entre eux peuvent être considérés également comme des chants historiques, censés être les témoins d'une époque qui va de la conquête romaine à la Restauration.
  • Enfin il faut souligner que le passage du jeune La Villemarqué à l'Ecole des Chartes l'a doté d'un bagage qui l'inclinait et l'autorisait à donner à son ouvrage une orientation résolument historique. Les références bibliographiques de l'édition 1839 portent en effet sur plus de cent auteurs et titres différents en français, en latin, en allemand, en anglais, en gallois et autres langues! Seules les bibliothèques parisiennes permettaient l'accès à ces instruments de travail et c'est tout naturellement à un éditeur parisien qu'échut la tâche de publier le nouveau recueil.

    Le premier Barzhaz Breizh
    On verra, à propos du chant "Gwenc'hlan" sur lequel s'ouvrait le premier Barzhaz, celui de 1839, que ce projet se heurta tout d'abord à de sérieuses difficultés:
  • Lors de la recherche de ce poème, un différend l'opposa au Ministre de l'Instruction publique, Prosper Mérimée en 1835.
  • Puis, en juillet 1837, en dépit de la recommandation de l'historien Augustin Thierry et de Claude Fauriel de l'Institut, le "Comité historique de la langue et de la littérature françaises", refusa de cautionner, en tant que "documents pour servir à l'Histoire de France", la publication du "Barzhaz" dont le jeune homme avait soumis le plan au nouveau ministre, Salvandy.
  • Une tentative réitérée auprès de Villemain, président du Comité littéraire des travaux historiques de l'Institut, se heurta à un nouveau refus. Le comité ne s'estimait pas assez compétent pour juger de l'authenticité des pièces historiques et mythologiques que l'auteur assurait pouvoir dater, pour certaines, du Vème ou du VIème siècle.
    Le jeune Théodore qui, entre-temps, avait été missionné (avril 1838) par le Ministère de l'Instruction publique pour participer en octobre au congrès celtique, dit "Eisteddfod" d'Abergavenny au Pays de Galles, dut donc se résoudre à publier à Paris le 24 août 1839 son ouvrage à compte d'auteur: 54 pièces (33 chants historiques, 16 chants d'amour et 5 chants religieux) dont chacune était, selon une disposition reprise des "Chants populaires de la Grèce moderne" de Claude Fauriel, présentée dans sa traduction française, précédée d'un "argument", suivie de notes et pourvue de l'original breton imprimé sur la page opposée. Cette première édition tenait sur deux volumes et s'ouvrait sur une préface de 78 pages. L'auteur y analysait, selon les idées de l'époque, cette littérature orale censée prolonger celle des bardes armoricains du haut Moyen- Age, eux-mêmes héritiers des anciens bardes de l'île de Bretagne qui, depuis McPherson et son "Ossian", fascinaient l'Europe entière.

    Un succès foudroyant
    La brochure de 1845 et quelques traductions étrangères du Barzhaz: Tom Taylor, Keller et v. Seckendorff, Hartmann et PfauQuelques semaines seulement après cette parution, des articles élogieux fleurissent dans les journaux de Bretagne, puis dans la presse parisienne. Dans les années qui suivent, la presse étrangère prend le relai. On remarque en particulier l'éloge appuyé du philologue autrichien Ferdinand Wolf (1796 - 1866) qui recommande en 1841 la méthode prônée par La Villemarqué aux savants germaniques, pourtant en pointe dans le domaine de l'édition des textes populaires avec le recueil d'Arnim et Brentano, "Des Knaben Wunderhorn" paru en 1819 et ceux des frères Jacob et Wilhelm Grimm dont les "Kinder- und Hausmärchen" et "Deutsche Sagen" remontent aux années 1812-1818. Enfin, comme il est dit à propos des "Séries", beaucoup de chants du Barzhaz, mais pas tous, font l'objet de traductions généralement en vers, en anglais, allemand, suédois et polonais...

    Le second Barzhaz (1845)
    C'est ce qui conduit La Villemarqué à étendre ses recherches à de nouveaux territoires bretons, en particulier la haute Cornouaille, où d'anciens chouans lui enseignent un répertoire quasi-clandestin de chants de combat qui témoignent des nombreuses jacqueries qui y éclatèrent, et à publier en 1845 une nouvelle édition du Barzhaz enrichie de 33 nouveaux titres, dont 30 chants historiques. Plusieurs d'entre eux (Lez Breizh, Nominoë,..) expriment à l'égard de l'"ennemi français" un sentiment d'hostilité qu'on ne trouvait pas dans l'édition de 1839. La critique française et étrangère ne met nullement en doute l'authenticité historique de ces nouvelles pièces et accueille ce nouvel ouvrage avec un enthousiasme renouvelé.
  • La Villemarqué déploie dès lors une activité littéraire considérable dans d'autres domaines: il termine la Grammaire et le Dictionaire de Le Gonidec;
    Il édite en 1865 un drame religieux imprimé à Paris en 1530: "Le grand Mystère de Jésus", salué par de nombreux articles élogieux. De ce fait, il est considéré comme une personnalité scientifique de premier plan.
  • En 1846 on lui décerne la Légion d'honneur.
  • En 1851, sur proposition de Jacob Grimm, l'Académie royale de Berlin l'élit à l'unanimité membre correspondant à titre étranger.
  • En 1856, George Sand publie l'éloge qu'on a pu lire en tête de cet article.
  • Enfin en 1858, à l'âge de 43 ans, Théodore de La Villemarqué entre triomphalement à l'Institut de France.



    La querelle du Barzhaz Breizh
    En 1867, à l'occasion de la troisième refonte du recueil, le linguiste spécialiste des langues celtiques, d'Arbois de Jubainville reproche à l'auteur d'en rester toujours aux "préoccupations exclusivement historiques et esthétiques" qui étaient les siennes trente ans plus tôt, sans tenir compte des exigences nouvelles que la lecture des nombreux autres recueils publiés depuis, auraient dû lui imposer. Il ne pouvait plus, disait-il, "se contenter d'une gloire purement littéraire, et laisser faire par d'autres des travaux d'érudition dont l'honneur lui revenait de droit, et qu'il était mieux que tout autre capable de nous donner." On trouvera dans le commentaire du chant Retour d'Angleterre la perspicace critique qu'il en fit en mars 1868, sur un ton des plus courtois.
    Chez les folkloristes bretons qui s'étonnaient de ne pas retrouver dans leurs collectes les pièces les plus frappantes du Barzhaz, le scepticisme s'exprima bientôt d'une manière bien moins courtoise. Lors de leur Congrès celtique international de Saint-Brieuc, le 17 octobre 1867, La Villemarqué fut prié de faire connaître les relevés d'enquête sur lesquels il s'est appuyé pour établir ses textes.
    Dans la préface qu'il rédige pour la réédition de l'antique (XIVème siècle) dictionnaire de Lagadeuc, ouvrage mis en vente le jour de l'ouverture du congrès, l'Archiviste du Finistère, Le Men, accuse La Villemarqué, dans des termes d'une rare violence, d'avoir commis des faux: "Il est des limites que l'imagination ne doit pas franchir. Jouez au barde, à l'archibarde ou même au druide si cela vous amuse, mais n'essayez pas de fausser l'histoire par vos inventions. La vérité se fera jour tôt ou tard et de vos tentatives malhonnêtes, il ne restera que le mépris."
    La querelle du Barzhaz Breizh, ainsi ouverte, se poursuivra longtemps après la mort de l'auteur, en 1895. D'abord cantonnée à de grandes revues françaises et étrangères et à des publications scientifiques, elle finira par être portée par les journaux bretons devant le grand public.

    L'attitude de La Villemarqué
    L'auteur du Barzhaz refusera toujours d'intervenir publiquement dans la controverse et s'en tiendra à sa déclaration du 17 octobre 1867 devant le congrès de Saint-Brieuc: "Je n'ai rien à dire, rien à ajouter, sinon que j'ai cherché loyalement , sincèrement, la vérité historique et philologique en confrontant les divers textes."
  • En 1869, d'Arbois de Jubainville dans "La bibliothèque de l'Ecole des Chartes", loue son oeuvre de philologue et de poète, mais l'invite à publier désormais des "textes scientifiquement établis". La Villemarqué ne répond pas.
  • En juillet 1872, à Saint-Brieuc, au congrès annuel de l'Association bretonne "Kendalc'h", Luzel est chargé de présenter un exposé sur l'"histoire authentique des chants populaires bretons". Trois mois avant, il informe La Villemarqué de la thèse qu'il compte défendre, pour lui permettre de la réfuter le cas échéant, à savoir que c'est lui qui a composé les pièces anciennes du Barzhaz. La Villemarqué qui s'était fait inscrire pour trois communications se dérobe et fait savoir qu'il ne viendra pas.
  • La publication du rapport dans lequel Luzel reproche à La Villemarqué d'avoir publié, 33 ans plus tôt des chants qu'il n'avait pas pu entendre tels quels, déclenche une âpre polémique entre deux journaux de tendance politique opposée. Il se tait encore.
  • Dans diverses revues scientifiques, il est attaqué par L. Havet, G. Lejean, Gaidoz, J. Loth de 1873 à 1888: il se tait toujours. Ce silence entêté, ce refus de communiquer ses documents de collecte ne feront que conforter ses adversaires dans leur conviction que les textes du Barzhaz étaient au mieux d'habiles réfections, au pire des créations sorties de l'imagination du barde de Nizon.

    Le chagrin et l'expiation
    La Villemarqué revendiquera toujours le droit d'avoir de la vérité en matière de poésie populaire une conception différente de celle de ses contradicteurs, cette vérité qu'il considère avoir toujours recherché sincèrement et loyalement. Tout au plus concèdera-t-il en privé avoir parfois par imprudence ou par crédulité manqué de rigueur scientifique.
  • A propos de questions d'archéologie, il déclarait déjà, à Saint-Brieuc en 1867: "J'ai trop affirmé quand j'étais jeune, mais je suis devenu plus circonspect".
  • Plus tard, en 1873, dans une lettre citée par le "Fureteur breton", il reconnaît avoir attribué un âge excessif au "Grand Mystère de Jésus" qu'il avait publié en 1865: "Que d'erreurs j'ai commises et pour lesquelles j'ai besoin d'absolution! J'étais jeune, j'étais superbe [=orgueilleux]!" De fait, d'Arbois de Jubainville, devenu l'un des rares amis des dernières années de sa vie, après avoir été l'un de ses premiers contradicteurs, le dépeindra, "Considérant les chagrins de sa vieillesse comme une légitime expiation des sentiments d'orgueil que lui avaient causés, dans sa jeunesse, le succès de ses premières publications". C'est là au moins l'une des explications de son obstiné silence.
  • Au professeur E. Ernault (1852-1938), un des meilleurs celtisants de son temps et un des plus ardents défenseurs du Barde, avec lequel il entretint, pendant de longues années, des relations d'amitié et de confiance, il déclare "J'avoue que [les poèmes] du Barzaz Breiz me font mal au cœur, scientifiquement parlant, auprès" des "Poèmes bretons du Moyen Age" qu'il avait publiés dans la Revue de Bretagne.
  • A P. Sébillot, auteur de "Ce que m'a dit La Villemarqué" (1913), il déclare en 1880: "Vous êtes heureux, vous les jeunes gens, d'avoir des méthodes scientifiques qui vous permettent de publier dans leur intégralité les contes populaires. Nous ne l'aurions osé de mon temps." Il dira la même chose dix ans plus tard à Anatole Le Braz très critique à son endroit dans la préface de ses "Sonioù Breiz Izel", qu'il cosignait avec Luzel.
  • C'est dans son attitude envers ce dernier, dont la carrière littéraire commence en 1865, qu'on trouve la marque la plus évidente de son changement d'état d'esprit. Après 15 années de brouille au sujet du Barzhaz, en 1881 à Quimper, il lui avoue, nous dit Luzel, "Qu'il lui avait rendu service en le forçant à travailler sérieusement."
  • De la même façon, la première fois qu'il rencontra d'Arbois de Jubainville en 1884, il le salua en citant le Psalmiste: "Bonum est mihi quia humiliasi me" (Vous m'avez rendu service en m'humiliant).

    Les carnets de collecte
    Bien entendu cette jouissance dans l'auto-flagellation explique en partie seulement que, s'il était triste de voir les jeunes générations s'acharner sur celle de ses œuvres qu'il chérissait entre toutes, La Villemarqué refusât de s'expliquer sur ses sources. Car on sait maintenant que, sans doute pour s'en servir un jour, il avait conservé toutes ses notations de terrain et qu'il eût été en mesure de fournir à ses détracteurs toutes les explications demandées.
    Sa position, à cet égard, a d'ailleurs été fluctuante: en 1867 il envisageait, si celui-ci était venu au congrès de Saint-Brieuc, de soumettre à Jubainville qui l'avait pris à partie, le cahier où se trouvait le nom du saint, Rassian, cité dans le chant La Peste d'Elliant. (Remarquons toutefois que ce nom n'apparaît pas dans la transcription qu'a faite M. Donatien Laurent de la page 104 du cahier où est consigné le chant "Elian").
    Il montra ses cahiers à Ernault, qui écrivit à Gaidoz, le directeur de la "Revue celtique", le 2 novembre 1879:
    "Il m'a montré plusieurs cahiers contenant quelques-uns des éléments du Barzaz-Breiz. (Il y avait d'autres cahiers qu'il a malheureusement brûlés, comme inutiles, m'a-t-il dit). Ces cahiers renferment aussi plusieurs chansons qu'il n'a pas publiées. [...] Enfin, après m'avoir dit qu'il avait montré ses preuves à ceux qui les premiers avaient montré de l'intérêt à son livre, il ajouta qu'il lui en restait assez entre les mains pour convaincre les incrédules."

    La nécessité d'une édition critique du Barzhaz
    Mais il savait aussi que ces preuves n'étaient pas suffisantes en elles-mêmes et n'auraient pas manqué de susciter de nouvelles interrogations et de faire rebondir la querelle. Le choix était entre l'édition critique des 90 chants du recueil ou continuer de se taire. Il a penché un moment pour la première solution sous l'influence d'Ernault, comme ce dernier l'écrivit à Gaidoz en 1881.
    Six mois plus tard, cependant, La Villemarqué écrit à Ernault qu'il envisage une solution bien en retrait: l'"édition critique" est remplacé par une nouvelle édition du recueil avec une "introduction" dont le sujet serait l'origine du Barzhaz.

    Mais, même cette édition critique au rabais ne verra pas le jour et les deux dernières éditions qui paraissent du vivant de La Villemarqué reproduisent celle de 1867 sans changement et avec les mêmes défauts.
    L'éloge funèbre de La Villemarqué prononcé le 13 décembre 1895 par Maspéro, président de l'Académie des inscriptions et belles lettres montre que l'on considérait la querelle comme close: "L'historien et le philologue savent aujourd'hui ce qu'ils doivent penser de ces adaptations bretonnes; ils y ont déterminé la part qui appartient premièrement au peuple, celle qui revient à l'éditeur, et celui-ci n'a pas toujours lieu de s'en plaindre: maintenant que les questions d'origine sont tranchées, chacun peut, en parcourant le livre, se laisser séduire par la poésie qu'il exhale."
    Pour déterminer la part du peuple, comme l'indique Jubainville à propos du Retour d'Angleterre, il suffisait de confronter les textes du Barzhaz avec ceux de Luzel, les "vraies versions". Ce qui ne se trouvait pas chez ce dernier était imputable à l'éditeur-poète!

  • Nouvelles affirmations contestables
    Après la disparition de La Villemarqué, d'Arbois de Jubainville fit paraître en 1900 une importante note dans la "Revue celtique (tome XXI, 1900, pages 258-286) développée 2 ans plus tard par son auteur dans la même revue. Elle montre de façon éclatante à quelles conclusions erronées, le mutisme de La Villemarqué pouvait conduire un critique pourtant impartial et compétent et qui avait bien connu le Barde:
  • C'est Souvestre avec ses "Derniers Bretons" qui donna à La Villemarqué l'idée du Barzhaz; il publierait 57 pièces au lieu de 29 et joindrait les textes bretons aux traductions dont Souvestre s'était contenté.
  • Malheureusement La Villemarqué, en citadin qu'il était, ne connaissait pas le breton. La partie bretonne du livre était, selon Le Men, rédigée par l'Abbé Henry (1803-1880) qui métamorphosait les textes envoyés à son ami par de Penguern, Prosper Proux , Mme de Saint-Prix et plusieurs éclésiastiques. Il cite à l'appui de cette affirmation, une lettre que l'Abbé Henry lui avait écrite le 29 novembre 1867, où l'on pouvait lire que La Villemarqué n'avait pas une imagination assez brillante ni une "science de la langue bretonne suffisante" pour être l'auteur des chants incriminés. Alors que l'abbé voulait par ces mots affirmer l'authenticité desdits chants, pour Jubainville c'était la confirmation des calomnies de Le Men. Il était pourtant facile de vérifier que le vicomte et l'abbé ne se connurent qu'après la première publication du Barzhaz comme le montre L. Le Berre dans l'article "L'Eminence grise de La Villemarqué" publié dans la revue "An oaled" en 1935.
  • La Villemarqué, ne connaissant pas le breton, n'avait effectué aucune collecte sur le terrain, comme Luzel, mais avait "payé des intermédiaires pour faire cette fatigante besogne et [était] resté tranquillement chez lui en attendant dans un fauteuil, à l'ombre et à l'abri de la pluie, le retour du courrier"
  • Toutefois La Villemarqué n'était pas un faussaire: "Il a été dupe de gens qui lui ont vendu leurs compositions comme des monuments de la poésie populaire."
    En résumé, La Villemarqué était un plagiaire, ignorant le breton, obligé de payer des rabatteurs et un traducteur, mais, s'il avait publié des forgeries, c'est qu'il était, en plus, un naïf...

    Réactions de la famille de La Villemarqué
    Manoir de KeransquerLorsque ces accusations furent reproduites le 5 septembre 1906, dans un journal parisien, "Le Petit Journal", où l'auteur, Charles Le Goffic, allait jusqu'à utiliser le mot de "supercherie", la famille jugea le mot suffisamment blessant pour que le fils du Barde, Pierre de La Villemarqué, décidât d'intervenir et d'annoncer qu'il détenait les preuves innocentant son père. C'est ce qu'il fit en déclarant, dans un article paru dans le "Nouvelliste de Bretagne", le 13 septembre 1906, qu'il détenait au manoir familial de Keransquer une liste établie par la propre mère de La Villemarqué, antérieurement aux recherches de son fils et comportant une cinquantaine de titres de chants, avec indication des noms et adresses des chanteurs à qui elle les devait. Il citait quelques-uns de ces titres: c'était effectivement les mêmes que ceux du Barzhaz:

    "La Fiancée en Enfer' , chantée par Annaïc Ollivier de Kerigazul-Nizon,
    "la Prédiction de Guinclan" , par Annaïc Le Breton, du même village.


    Cependant, ce document aurait mérité un examen bien plus attentif, avant d'être publié. C'est ainsi que le second chant est indiqué dans le Barzhaz comme "recueilli en Melgven". Il intriguait d'avantage le lecteur sans répondre à son attente et la polémique reprit de plus belle, cette fois dans une revue érudite locale, "Le Fureteur breton", sous la plume de "Keramborn", alias Léon Durocher.

    Le livre de Pierre de La Villemarqué
    C'est ce qui décida Pierre de la Villemarqué à consacrer un livre à la vie et aux œuvres de son père.
    Cet ouvrage, "La Villemarqué, sa vie et ses oeuvres" parut, avec un tirage très limité, à Vannes en 1908, et ne fut vraiment connu que lors de sa réédition, revue et augmentée, à Paris, chez Champollion, en 1926. Il donne le texte intégral des fameuses listes ou "Tables des matières" de la Dame de Nizon.
  • Partant de l'idée qu'une d'entre elles qui contient pratiquement tous les chants de l'édition de 1839 et dans le même ordre, aurait été rédigée avant cette date, ce livre défend une nouvelle idée fausse: celle que La Villemarqué n'avait rien inventé, pour la bonne et simple raison qu'il n'avait fait que reprendre et publier une collecte faite avant lui par sa mère.
  • D'autre part, afin d'illustrer la méthode suivie par le Barde dans l'édition de ses textes, le livre cite en annexe, dix vers de trois chants trouvés dans des notes manuscrites datées, pour l'un d'eux, de 1835. En effet le chapitre XI dont le sommaire annonce qu'il va traiter de la question "Originaux des Barzaz Breiz - Que sont-ils devenus". Mais, en fait, ledit chapitre laisse ce point crucial sous silence. On peut seulement supposer que Pierre de La Villemarqué détient les originaux en question.

    Faut-il ou non publier les manuscrits du Barde?
    Pierre envisagea effectivement de publier ces matériaux. Dans une lettre du 2 mars 1908, il explique à sa sœur aînée qui était hostile à la publication de l'ouvrage qu'il préparait: "Mon père ne m'aurait pas dit bien des fois en me montrant ses petits carnets: "Voilà mes textes!" s'il n'avait pas eu l'idée qu'on pourrait en faire la justification de ses Chants populaires"
    Il s'en ouvrit à son cousin, H. du Rusquec qu'il jugeait plus compétent en matière linguistique. Celui-ci lui répondit dans une lettre datée du 1er février 1908:
  • "Ce m'a été une vraie jouissance que de revoir les débuts du Barzaz Breiz, les matériaux qui ont servi à construire le bel édifice...
  • La lecture de ces textes fait naître la certitude que bien des chants ont été arrangés par l'auteur du recueil...
  • Si mon oncle avait été simplement un copiste scrupuleux, il n'eût donné qu'une œuvre pitoyable, écrit non en breton, mais dans un affreux patois à moitié français...
  • Entrer en discussion avec les détracteurs du Barzaz Breiz me paraît être une œuvre ingrate et inutile (!). Ce serait vous attirer sans doute bien des ennuis...

    Autrement dit: si les manuscrits témoignent de façon irrécusable du travail de recherche effectué par l'auteur, ils montrent aussi clairement que l'usage qu'il en faisait ne saurait répondre aux exigences d'un travail scientifique.
    Pierre écouta le conseil et finit par abandonner son projet, malgré les propositions d'assistance qu'il reçut de E. Ernault (que son père 30 ans plus tôt avait envisagé de charger de l'édition critique du Barzhaz), puis du chanoine Buléon, archiprêtre de la cathédrale de Vannes, écrivain breton de talent de la "Revue Morbihannaise", qui eut connaissance en copie pour l'une, en fac-simile pour l'autre, de 2 chansons des carnets. Ce dernier écrivait le 9 février 1911:

    "Que l'auteur du Barzaz-Breiz ait corrigé certains textes, qu'il en ait même complété quelques-uns à l'aide de variantes, qu'il en ait aussi antidaté plusieurs de bonne foi, par suite d'une mentalité spéciale qui lui était commune alors avec la plupart de ses contemporains..., nous ne contestons rien de tout cela.
    Mais qu'il ait réellement transformé les textes populaires ou qu'il les ait inventés en forgeant ses plus belles pièces à la manière d'un McPherson, c'est là une calomnie qu'il est nécessaire de réfuter; et rien n'est capable de montrer la sincérité de l'œuvre publiée par votre père comme la reproduction de son manuscrit.
    Je me demande si la meilleure garantie pour venger la mémoire de votre père ne serait pas de déposer à la Bibliothèque nationale les deux carnets où sont transcrits ses notes de voyage."


    Les dernières personnes à avoir vu les Carnets
    Pierre sollicita alors, en vue de cette publication, l'aide d'un ancien condisciple du chanoine Buléon, le linguiste François Vallée (1860 -1949). C'était à fin septembre 1913, époque où Vallée, "malade et fatigué, ne put accepter l'invitation.
  • Puis ce fut la guerre, où Pierre perdit ses deux fils, et tous ceux qui tentèrent d'approcher de la bibliothèque de Keransquer furent tour à tour éconduits, à l'exception de l'abbé Germain Horellou, prêtre de Quimperlé à qui Pierre montra les manuscrits paternels vers 1921, pour lui permettre de répondre à L. Le Guennec qui, dans le "Bulletin archéologique du Finistère" d'octobre 1921 lui reprochait d'accorder une trop grande confiance à une pièce du Barzhaz. Le mémoire de 12 pages qu'il rédigea à cette occasion ne fut jamais publié.
  • Malgré l'avis de l'historien rennais, B. Pocquet du Haut-Jussé qui lui conseillait, en 1923, de ne pas "provoquer de nouvelles discussions sur le plus ou moins d'authenticité des admirables pièces du Barzaz Breiz", Pierre décida de faire paraître en 1926 une nouvelle édition de son livre, où, non seulement il conservait les fameuses "Tables des matières" établies par la mère de l'auteur du Barzhaz, mais y ajouta un développement sur son "cahier de recettes médicales", où comme l'explique le Barde dans la préface de 1867, celle-ci aurait consigné ses propres collectes de chansons. Mais comme il ne fournissait aux critiques aucun nouveau texte breton par rapport à l'édition de 1907, le problème restait inchangé.
  • Le dernier étranger à avoir pu consulter des papiers ayant appartenu au Barde fut Léon Le Berre, directeur de l'Union agricole de Quimperlé, qui voulant faire un travail sur l'abbé Henry à l'occasion du cinquantenaire de sa mort, obtint de venir quelques heures à Keransquer au cours de l'été 1930, consulter un dossier où Pierre avait rassemblé un certain nombre de lettres de l'abbé. Encore s'est-il plaint d'avoir "le vieux fils de La Villemarqué...perpétuellement sur le dos, inquiet et soupçonneux [et de n'avoir] pu travailler, ni abondamment, ni en paix.".

    Un adversaire acharné: Francis Gourvil
    Si bien que, lorsqu'il mourut, le 8 janvier 1933, Pierre, conscient d'être trop mal armé pour exploiter dans l'intérêt de la mémoire de son père les manuscrits que celui-ci lui avait confiés, et n'osant s'en remettre pour cette tâche à personne, n'avait rien fait dans ce sens qui fût vraiment positif.
    Le château de Keransquer et ses archives reviendront à l'aîné de ses petits-fils, Pierre, âgé de 22 ans, fils de François, tué à la guerre en 1914.
    Mais la méfiance de la famille, entretenue par la polémique qui reprend périodiquement dans les journaux, ne se relâche pas. C'est ainsi qu'en 1930 Francis Gourvil avait fait paraître dans la "Dépêche de Brest" trois articles où il utilisait des expressions insultantes telles que "McPherson de la Bretagne", "chants truqués" et "chef-d'œuvre de supercherie littéraire".
    La dernière tentative pour avoir accès aux manuscrits de La Villemarqué sera faite en 1937, par un professeur au collège de Lesneven, l'abbé P. Batany, fervent partisan de La Villemarqué. La veuve de François de La Villemarqué lui fit voir la bibliothèque, mais aucun papier de famille.
    Pendant l'Occupation, le manoir fut réquisitionné par les Allemands, mais les papiers furent transportés dans un local habité alors par les fermiers où la famille les surveilla jalousement.
    En 1960 Francis Gourvil faisait paraître à Rennes, un ouvrage très documenté: "T. Hersart de la Villemarqué et le Barzaz-Breiz". Tout ce que l'on connaissait concernant l'auteur du recueil y était examiné à la loupe et de façon très critique: l'auteur concluait à la supercherie et étendait même l'accusation à la composition des mélodies accompagnant les chants, ce que personne n'avait osé faire avant lui.



    Donatien Laurent
    On doit au talent et à l'opiniâtreté du linguiste et ethnologue Donatien Laurent, d'avoir réparé cette cruelle injustice. Cet ancien élève de l'Ecole pratique des Hautes Etudes où il fut le disciple de maîtres prestigieux tels que André Leroi-Gourhan ou Jacques Le Goff, et Directeur de recherche au C.N.R.S. où il anime le laboratoire associé d'Ethnologie française, pouvait en outre se prévaloir d'une solide expérience en matière d'investigation des traditions orales en Cornouaille et en Vannetais et d'une connaissance approfondie du répertoire de la chanson bretonne du XIXème siècle.
    C'est fort de ces atouts, et grâce à l'ouverture d'esprit de son interlocuteur, qu'il obtint, en 1964, de l'arrière-petit-fils de l'auteur du Barzhaz-Breizh, devenu le colonel Pierre de La Villemarqué -le fils de François-, l'autorisation de venir à Keransquer examiner les manuscrits légués par son bisaïeul. Il les conservait soigneusement, mais en ignorait le contenu précis. M. Donatien Laurent sut le persuader que la révélation des matériaux sur lesquels le Barde avait travaillé ne pouvait que servir la mémoire d'un auteur souvent accusé d'invention gratuite. Et il se vit confier les précieux documents.

    "Aux sources du Barzhaz Breizh"
    Manuscrit de 'Merlin-Barde', str.56: 'ar rouanez, mab ar roue hag an den barvet koz ive...'Dix ans plus tard, M. Laurent avait réussi, et de façon magistrale, à déchiffrer, remettre en ordre et analyser le premier -et le plus volumineux- des trois carnets d'enquêtes et de notes de terrain de Théodore de La Villemarqué, rédigées entre 1834 et 1840, alors que les deux autres portent essentiellement sur les périodes 1841-1842 et 1863-1864 et renferment aussi quelques chants recueillis plus tardivement, en 1873, 1882 et le dernier, le 23 mai 1892. Ce carnet est aussi le plus délicat à interpréter. Il est constitué de feuillets emboités les uns dans les autres, dont certains manquent et la méthode du jeune collecteur est encore hésitante. Ce travail considérable, dont on mesure la difficulté en regardant les photos des manuscrits qui illustrent certaines pages de ce site, lui fournit la matière d'une thèse de doctorat soutenue à Paris en 1975, sous la direction d'André Leroi-Gourhan, ainsi que celle du livre "Aux sources du Barzaz-Breiz, la mémoire d'un peuple", paru en 1989 aux éditions ArMen.
    C'est dans ce dernier ouvrage que j'ai trouvé la quasi-totalité des informations et des textes constituant le présent article.
    L'examen des manuscrits de Keransquer balaye tous les jugements téméraires portés sur le Barde par d'Arbois de Jubainville et ses successeurs.
  • Il s'avère que "Kervarker", comme La Villemarqué aimait à transcrire son nom, connaissait le breton dès le plus jeune âge, et ses notes sont, dès le début (chanson "ar guellon amser", 1833, notée sur deux feuilles séparées), celles d'un collecteur qui comprend manifestement ce qu'il entend, "le breton de village", quand bien même il n'aurait aucune pratique de la langue écrite, langue savante qu'Aurélien de Courson dans une lettre en date du 27 juin 1840, conservée à Keransquer, lui fait le reproche amical d'ignorer.
  • On ne saurait que s'en féliciter, car c'est la garantie de l'authenticité de son travail de collectage dont il n'est plus possible de douter de la réalité, ou d'imaginer qu'il ait stipendié qui que ce soit pour l'effectuer à sa place. On trouvera à propos de la Complainte de la Dame de Nizon deux chapitres consacrés à "La Villemarqué collecteur" et aux "Chants interdits" qui exposent comment le statut social et les qualités humaines de son auteur, ainsi que sa meilleure appréciation des domaines où porter ses investigations, ont fait du "Barzhaz Breizh", non seulement le plus poétique de tous les recueils de chants de Basse-Bretagne, mais aussi le plus riche et le plus complet par la multitude des sources où il puise.
  • S'il a été trompé, il ne l'a été que par son imagination prompte à conférer aux chansons qu'il recueillait une antiquité qu'elles ne pouvaient pas revendiquer, le plus souvent. Mais, dans plus d'un cas, ce sont ses hypothèses hardies qui s'avèrent les plus probables: c'est ainsi que le chant Le vassal de Duguesclin semble bien avoir trait à la prise de Pestivien par le Connétable en 1369.

    Les chants de 1845
    Le livre de Donatien Laurent ne répond pas à toutes les interrogations relatives aux chants du Barzhaz de 1839, mais on y trouve de précieux éclaircissements sur 4 chants qui ne seront publiés qu'en 1845: le "Vassal de Duguesclin", "le Page de Louis XIII", le "Clerc de Rohan" et le magnifique "Faucon".
    Concernant la trentaine d'autres chants de 1845, qui sont aussi les plus marquants: les "Séries", la "Submersion d'Is", le "Vin des Gaulois", la "Marche d'Arthur", "Merlin au berceau", la "Conversion de Merlin", 5 des 6 chants du "Lez-Breizh", le "Tribut de Nominoë, "Alain le Renard", "le Chevalier Bran", "Jeanne la Flamme", le "Combat des Trente", l'"Hermine", la "Filleule de Duguesclin", le "Cygne", la "Ceinture de noces", les "Jeunes gens de Plouyé", la "Ligue", la "Mort de Pontcalleck", le "Combat de St-Cast", les "Bleus", le "Temps passé", la "Tour d'Armor" et le "Départ de l'âme", il ne semble pas que l'examen du second volume des "Sources" dont M.Laurent annonçait la préparation en 1989 aurait pu permettre de dissiper l'essentiel du mystère qui les entoure, même si la thèse de doctorat d'Eva Guillorel publiée en ligne, montre que d'autres versions de 9 d'entre eux figurent dans ces deux carnets et permettent d'en affiner l'étude:
    "11. Lez-Breizh", "16. Loiza", "27. Baron Jaouioz", "28. Ar Filhorez", "41. Bodinio", "44. Emzivadez Lannuon", "45. Pontkallek", "47. Skolan", "49. Al levier".

    Comme dans le premier carnet, on voit apparaître 17 nouveaux titres dont 7 sont ceux de chants inconnus par ailleurs:
    - Chants inconnus: Son ar c'hloarek, Son ar pevar munus, Pennherez ar Warm, Son, An daou rinon, Son Tomaz an Dous, Paotred Sant Ke.
    - chants connus: Guillaume Talamon, Son ar C'hemener, Person Leskoat, La couturière et le Baron, Anaik Lukaz, Ar paotr eured arajet,Ar minorez, Ar marc'hek yaouank, Les moines (La Charlezenn), An intañvez paour.

    "Mystères du Barzhaz-Breizh" et "Chants de Keransquer"
    L' auteur du présent site a mis par écrit la présente étude des chants du Barzhaz sous le titre de "Mystères du Barzhaz Breizh", un ouvrage en trois tomes.

    Il a également repris l'examen des chants du premier carnet qui n'entrent pas dans la composition du Barzhaz Breizh, les "Chants de Keransquer" (k01 à k72) sous forme de livre imprimé en 2 versions (française et anglaise) et de 3 CD .

    Ces deux séries d'ouvrages font l'objet des encarts publicitaires ci-après où des liens ouvrent vers des sites de vente en ligne. Il prie ses lecteurs de leur réserver le meilleur accueil!


  • Les Mystères du Barzhaz Breizh (chants de 1839, 1ère partie) existent aussi en version française LIVRE DE POCHE

    Les Mystères du Barzhaz Breizh (chants de 1839, 2ème partie) existent aussi en version française LIVRE DE POCHE

    Les Mystères du Barzhaz Breizh (chants de 1845 et 1867) existent aussi en version française LIVRE DE POCHE



    Les chants de Keransquer (k01 à k72) existent aussi en version française LIVRE DE POCHE

    Les mélodies des "Chants de Keransquer" sont disponibles sur 3 CD.

    The tunes of the "Songs of Keransquer" are available in 3 CDs.


    CD N°1

    CD N°2

    CD N°3

    The Songs of Keransquer (k01 to k72) also exist in English version as a PAPERBACK BOOK




    Vous entendez "Le Chant des Trépassés"

    Dame de Nizon Intoduction