L'héritière de Keroulaz

The Heiress to Keroulaz

Dialecte de Léon

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz de 1839 (tome II).
  • Chanté par Marie-Jeanne Gam, du Kergos en Nizon selon la "Table A".
    Cependant, la table B attribue le même chant, très répandu, à Marie Le Bris épouse Marrec.
  • Figure dans le manuscrit de Keransquer sous le titre "Keroulas" P. 66 et sous le titre "L'héritière de Keroulas", p. 265.
  • Collecté de nombreuses fois:
    - Sous forme manuscrite:
    . fragment collecté par Mme de Saint-Prix et publié par Fréminville dans ses "Antiquités des Côtes du Nord", 1837, pp.387-388. On en trouve une copie chez Joseph Ollivier: MS 987, pp.221-228, intitulée "Pen-herez Keranglaz" (sans doute une confusion avec "Renée Le Glas" dont l'intrigue est très voisine).
    . par De Penguern t. 90, f°48-52 (publié dans "Gwerin 6, pp.55-58): "Penerez Keroullas" (Taulé, 1851); t. 111, 74: "Penerez Keroullas" (Plouigneau, 1848)
    . Par Lédan, Librairie de Morlaix, tome IV: "Pennerez Keroulas" (=Sevestre, "Les derniers Bretons"); texte et traduction pour l'enquête Fortoul: "L'héritière de Keroulas", t.2, n°32, pp. 708-710.
    . Par Luzel (nouvelles acquisitions françaises de la BNF 3342) "L'héritière de Keroulas" en trad. française (enquête Fortoul, tome II, N°64, p.802-804).
    - Publié dans des recueils:
    . par Luzel, dans "Gwerzioù 2", pp.130-137, "Penherez Keroulas (chanté par Marie Daniel à Duault); "Fragment de la même ballade" GW.2, pp.138-141 chanté par Pierre Gouriou, tisserand au Vieux-Marché, 1844.
    . collecté par Aymar de Blois (1760-1852) à Morlaix, en 1823, et publié par Fréminville dans ses "Antiquités du Finistère, Tome II", pp.203-208, Brest, 1835.
    - Publié dans un périodique:
    . en traduction, par M. Armand Du Châtelier de Morlaix, dans le "Lycée Armoricain XI" (1828).
    Note: les versions d'Aymar de Blois, Du Châtelier et Lédan sont pratiquement identiques et reproduisent sans doute une source unique.
  • Manoir de Keroulas, à Brélès, 15 km NW de Brest, sur l'Aber-Ildut

    Le Manoir de Keroulas (Commune de Brélès)
  • First published in the 1839 first edition of the Barzhaz (book II).
  • Sung by Marie-Jeanne Gam, from Kergos near Nizon, as stated in "Table A".
    However, table B ascribes the same very well known song to Marie Le Bris, wife of Marrec.
  • Exists in the 1st Keransquer MS under the title "Keroulas", on P. 66; and under the title "L'héritière de Keroulas", p. 265.
  • Collected several times:
    - In handwritten form:
    . by Mme de Saint-Prix and published by de Fréminville in his "Antiquités des Côtes du Nord", 1837, pp.387-388. A copy thereof is found on Joseph Ollivier's MS 987, pp.221-228, under the title "Pen-herez Keranglaz", very likely as a result of a confusion with "Renée Le Glas" whose plot is rather similar.
    . by De Penguern t. 90, f° 48-52 (published in "Gwerin 6, pp.55-58): "Penerez Keroullas" (Taulé, 1851); t. 111, 74: "Penerez Keroullas" (Plouigneau, 1848)
    . by Lédan, IV : Pennerez Keroulas (=Sevestre, "Les derniers Bretons"); text and translation for Fortoul's inquiry: "L'héritière de Keroulas", book II, n°32, pp. 708-710.
    . by Luzel ("New acquisitions of French texts" by the French National Library, N° 3342) "L'héritière de Keroulas", a French version (Inquiry Fortoul, Book II, N°64, p.802-804).
    - Published in printed collections:
    . by Luzel, in "Gwerzioù, Book 2", pp.130-137, "Penherez Keroulas"(sung by Marie Daniel, at Duault); "Fragment of the same ballad" GW.2, pp.138-141 sung by Pierre Gouriou, weaver at Vieux-Marché, 1844.
    . collected by Aymar de Blois (1760-1852) in Morlaix, in 1823, and published by Fréminville in his "Antiquités du Finistère", book II, pp.203-208.
    - Published in a periodical:
    . in translation, by M. Armand Du Châtelier from Morlaix, in the "Lycée Armoricain XI" (1828).
    Note: the versions collected by Aymar de Blois, Du Châtelier and Lédan are practically identical and very likely derived from the same source.

  • Mélodie -Tune
    (Mode hypodorien)

    Français English
    I
    1. A Keroulaz une héritière
    Disputait des journées entières
    Des parties de dés enflammées
    Avec des enfants de haute lignée.

    2. Cette année, point de réjouissance.
    Elle ne vit plus dans l'aisance,
    Car son père est mort maintenant.
    Il lui faut s'entendre avec ses parents.

    3. - Les gens du côté de mon père
    Ne voient en moi qu'une héritière.
    Ils ne souhaitent que ma mort
    Pour ensuite hériter de mes trésors. -

    II
    4. - L'héritière de Keroulaz
    Est heureuse aujourd'hui, ma foi:
    Elle est vêtue de satin bleu
    Et porte des fleurs d'or dans ses cheveux.

    5. Et non plus les souliers lacés
    Qu'elle a coutume de porter,
    Mais bas bleus et souliers de soie,
    Comme il sied aux dames de Keroulaz.-

    6. Dans la salle ainsi disait-on
    Quand elle parut au salon.
    Il y avait là le marquis
    De Mesle avec sa mère et ses amis.

    7. - Je voudrais être pigeon gris
    Perché sur le toit du logis
    Pour savoir ce que dit sa mère
    A la mienne dans le plus grand mystère.

    8. Je tremble de les voir ici.
    Ils viennent dans un but précis
    De Cornouaille. Ils ont flairé
    Céans une héritière à marier.

    9. Malgré son bien, ce marquis-là
    Et son nom ne me plaisent pas.
    A Kerthomas va mon amour.
    C'est lui que j'aime et j'aimerai toujours.-

    10. Soucieux était Kerthomas
    De voir ces gens à Keroulaz
    Car il chérissait l'héritière
    Et il disait en guise de prière:

    11. - Je voudrais être un oiselet,
    Dans son jardin, sur un rosier.
    Quand elle irait cueillir des fleurs,
    Nous nous verrions. Grand serait mon bonheur!

    12. Ou la sarcelle sur l'étang
    Quand elle lave ses draps blancs,
    Pour pouvoir mes deux yeux mouiller
    Dans l'eau qui vient clapoter à ses pieds.-

    III
    13. Salaün, aussi, se présenta
    Ce samedi chez Keroulaz,
    Montant son petit cheval noir,
    Comme on avait coutume de le voir.

    14. Frappant à la porte cochère,
    Il fut reçu par l'héritière,
    L'héritière qui justement
    Sortait porter du pain chez un mendiant.

    15. - Chère héritière, dites-moi,
    Vos invités ne sont pas là?
    - Ils sont partis pour abreuver
    Les chiens, Salaün, allez donc les aider!

    16. - Ce n'est pas pour soigner les chiens
    Qu'à Keroulaz, ce soir, je viens,
    Mais bien pour vous faire la cour,
    Héritière, et vous dire mon amour.-

    IV
    17. Ce jour-là, la jeune héritière
    Disait à Madame sa mère:
    - Depuis l'arrivée du marquis,
    Mon cœur est brisé, mon esprit meurtri.

    18. Mère, ne soyez pas cruelle!
    Ne me donnez pas à de Mesle,
    Mais bien plutôt à Pennanrun,
    Ou bien à la rigueur, à Salaün!

    19. Ou bien encore à Kerthomas.
    C'est lui le plus gracieux, je crois.
    Il vient ici depuis toujours
    Et vous le laissez me faire la cour.-

    20. - Kerthomas, votre avis loyal:
    Vous revenez de Châteaugal?
    - J'y suis allé, c'est bien certain,
    Mais n'ai dans ce château rien vu de bien.

    21. Non, de bien je n'ai rien trouvé.
    Qu'un méchant manoir enfumé,
    Des croisées qu'on ne peut fermer,
    De grandes portes prêtes à tomber.

    22. Une horrible salle fumante
    Et une vieille grisonnante
    Pour ses chapons hachant du foin
    Car, de l'avoine, elle n'en avait point.

    23. - C'est un mensonge, Kerthomas!
    Le marquis est un potentat.
    Ses portes sont d'argent brillant
    Et ses fenêtres d'or étincelant.

    24. Celle-là serait honorée
    Qui par lui serait épousée.
    - Moi je n'y vois honneur aucun,
    Ma mère, moi qui ne demande rien. -

    25. - Fille, un autre ton, s'il vous plait!
    Je ne veux que votre intérêt.
    La chose est faite et j'ai promis
    Que vous alliez épouser le marquis.-

    26. Si la dame de Keroulaz
    Avait dit cette phrase-là,
    C'est que son cœur était jaloux
    Et convoitait Kerthomas pour époux.

    27. - J'ai de Kerthomas un anneau,
    Un jonc d'or qui porte son sceau.
    Je l'ai pris. J'avais le cœur gai.
    C'est en pleurant que je le lui rendrai.

    28. Reprends-donc, ton bel anneau d'or,
    Et ton sceau! Prends ta chaîne encor!
    Car je ne puis plus t'épouser,
    Ni conserver ce que tu m'as confié. -

    V
    29. Cruel celui qui fût allé
    A Keroulaz et n'eût pleuré
    Voyant la malheureuse enfant
    Qui se tenait au chambranle en sortant!

    30. - Adieu, manoir de Keroulaz!
    Adieu, seuil que je passe, hélas!
    Adieu, mes voisins que j'aimais
    Car je ne vous reverrai plus jamais!

    31. Et les pauvres de la paroisse
    Pleuraient, le cœur serré d'angoisse.
    - Amis, tous vos pleurs me font mal!
    Venez plutôt me voir à Châteaugal!

    32. Mes aumônes seront les mêmes:
    Vous aurez trois fois par semaine,
    Par charité, dix-huit quartiers
    D'orge, ou bien alors d'avoine ou de blé.-

    33. Le Marquis de Mesle disait,
    A sa jeune épousée:- Cessez
    De divaguer comme cela!
    Je crains que mes biens ne suffiront pas!

    34. - De vos biens je suis économe
    Et sans eux je ferai l'aumône
    Pour qu'on prie toujours et encor
    Pour nos âmes, lorsque nous seront morts.-

    VI
    35. L'héritière au bout de deux mois
    Passés à Châteaugal manda
    Les services d'un messager:
    - J'ai, pour ma mère, une lettre à porter! -

    36. Et un jeune page s'offrit
    Aussitôt pour porter le pli:
    - Écrivez donc quand vous voudrez.
    On vous trouvera bien un messager.

    37. Elle écrivit donc une lettre
    Que le page se vit remettre
    Avec ordre de la porter
    A sa mère, à Keroulaz, sans tarder.

    38. Lorsque la lettre lui parvint,
    Cette dame était au jardin
    Avec des nobles du pays
    Et Kerthomas était parmi ceux-ci.

    39. Après qu'elle eut lu cette lettre,
    Elle dit à Kerthomas : - Faites
    Vite seller votre cheval!
    Nous partons cette nuit pour Châteaugal! -

    40. Quand de cheval on descendit,
    Madame de Keroulaz dit:
    - Qu'y a-t-il ici de nouveau
    Qu'on ait tendu ce dais, ces noirs rideaux?

    41. - C'est l'héritière qui rendit
    A Dieu son âme cette nuit.
    - Si l'héritière est décédée,
    C'est moi, c'est nulle autre qui l'ai tuée!

    42. Combien de fois me disait-elle:
    "Oubliez le Marquis de Mesle!
    Donnez-moi donc à Kerthomas!
    Il serait le meilleur parti pour moi."-

    43. Kerthomas et la pauvre mère,
    Frappés de cette perte amère,
    Se sont consacrés à Dieu,
    Au fond de cloîtres pour la vie, tous deux.

    trad. Ch.Souchon (c) 2003
    I
    1. The heiress to Keroulaz spent
    Hours, playing to her heart's content
    Enthralling, joyful games of dice
    With noble children and found it so nice.

    2. But she has ceased playing this year,
    Her fortune has made her austere.
    She's as a rich fatherless child
    By her relatives with falsehood beguiled.

    3. - My kith and kin on the spear side
    Never have wished that I would thrive;
    All of them hope that I should die,
    Look on my fortune with a jealous eye.-

    II
    4. - The heiress has a happy smile.
    Will have tonight a joyful time!
    She wears of white satin a dress
    A gold flower adorns of her hair each tress.

    5. The plain lace-up shoes are not there
    That the poor girl is used to wear,
    But shoes of silk and stockings blue,
    For a rich heiress a becoming hue.-

    6. So said all people in the hall,
    When they saw her come to the ball.
    Marquis of Mesle also had come
    With a large retinue lead by his mum.

    7. - I wish I were, upon the roof,
    A grey dove there staying aloof.
    What's being devised I could divine
    Between the Marquis's mother and mine.

    8. At what I see now I must grieve.
    Without a motive would they leave
    Their Cornouaille den? They think I'm sure
    An heiress though rich could marry a poor.

    9. In spite of his wealth and his name,
    This Marquis won't my heart inflame.
    Kerthomas I have loved before,
    And I want to love him for ever more. -

    10. Kerthomas also was afraid
    Of all the people that there stayed.
    He was with the heiress in love
    And often said, so sure he was thereof:

    11. - A nightingale if I could be
    In her yard, upon a rose tree!
    Whenever she would pick some flowers,
    This moment of intense delight were ours!

    12. I wish I were one of those teals
    On the pond where her things she cleans,
    I would wet with water my eyes
    That comes and laps where her little foot lies.-

    III
    13. Salaün, too, did there alight
    Late on the same Saturday night.
    On his small horse's back riding.
    As he used to do, he came that evening.

    14. As he knocked on the outer door,
    The heiress opened to him, for
    She was then just going out, to
    Bring some food to a poor man whom she knew.

    15. - Dear heiress, would you let me know,
    Whither did all the party go?
    - They have led the dogs to the pond.
    Salaün, go there quickly; lend a hand!

    16. - But it was not to water dogs
    That I came, nor to watch the frogs,
    I came to your house to woo you,
    That's why to me you should be kinder, too.-

    IV
    17. The heiress on that day of dread
    Went to her mother and she said:
    - That Marquis! Since he's dwelling here,
    My poor heart is full of sorrow and fear.

    18. O mother dear, I beseech ye,
    Don't to the Marquis marry me;
    Rather give me to Pennanrun,
    Or, if you rather like, to Salaün.

    19. Kerthomas were not a bad choice.
    At it my heart would most rejoice.
    To come here often he was free.
    You did not object to his wooing me.-

    20. - Tell me, have you, Lord Kerthomas,
    Ever been in Châteaugal house?
    - Yes I have been there but, truly,
    Nothing much good to report did I see.

    21. No, I saw there nothing much good:
    A hearth where burned sparse, reeking wood.
    Windows that were devoid of panes
    And tottering doors that off their hinges came.

    22. An old hall that was filled with smoke
    While a hag, old and hoary poked,
    And she chopped hay to feed her hens,
    Because she had got no oats to give them.

    23. - I don't believe you, Kerthomas.
    The Marquis is a moneybags.
    His doors, as if of silver, glare.
    His windows, as if of glittering gold, flare.

    24. And that the Marquis should woo her
    She must consider an honour.
    - Without this honour I can do
    My mother I don't request it from you. -

    25. - Daughter, you're in a nasty mood.
    I want nothing but your own good.
    I gave my word. Clinched is the deal.
    And you shall marry the Marquis of Mesle.-

    26. The Lady Keroulaz had said
    These strong words to the hapless maid,
    Because she was jealous of her,
    Wished to have Kerthomas for her lover.

    27. - Kerthomas gave me a gold ring,
    As well as a seal for stamping;
    When I received them I was gay.
    But I'll whine when I must give them away.

    28. Kerthomas, take back your gold ring,
    Your seal and all your golden things;
    I'm not allowed to marry you
    I dare not keep them. To you they are due! -

    V
    29. Cruel-hearted were whoever had
    Come to Keroulaz and not cried,
    Seeing the poor heiress shedding tears
    And kissing the door when leaving from here.

    30. - Farewell, dear house of Keroulaz,
    No more shall you see me, poor lass,
    All my beloved neighbours, farewell.
    For I shall never come back here to dwell!

    31. And the poor of the parish cried
    While to console them all she tried;
    - My friends, you need not fear and cry;
    But come and visit me at Châteaugal.

    32. For I shall give alms every day;
    Three times a week, a charity
    Of eighteen full quarters of wheat,
    Of oats or of barley a real treat.-

    33. But the Marquis of Mesle did scold
    His young wife who such nonsense told.
    - I must forbid you to do so,
    Or my small good with all your alms will go!

    34. - Lord, I shan't give your gold away
    Yet, I shall give alms every day
    And they shall pray, that you and I,
    To Heaven may be taken when we die. -

    VI
    35. The heiress who from then on stayed
    At Châteaugal one day has said:
    I need someone above all things
    Who would to my mother a letter bring. -

    36. A young page who listened to her,
    Gave to the Lady this answer:
    - Your letter write, my Lady, do,
    And I shall find a messenger for you.

    37. As soon as the message was writ,
    To the same young page she gave it:
    - Do not delay and leave at once
    Give it to my mother, at Keroulaz. -

    38. When to her it was handed out,
    Her mother was giving a rout
    To noble people and there was
    Among them also the lord Kerthomas.

    39. After the letter she had read,
    She turned to Kerthomas and said:
    - Our horses must be saddled now,
    For to Châteaugal tonight we must go!-

    40. The Lady Keroulaz she called
    When she arrived at Châteaugal:
    - Does someone know the reason for
    This black canopy hanging o'er the door?

    41. - The heiress, to tell you the truth,
    During the night her last breath drew.
    - The one who made the heiress die,
    Certainly the one who killed her was I!

    42. For I remember how she said:
    Marquis of Mesle I should not wed.
    Rather give me to Kerthomas
    Who is to me, to be sure, the best match.-

    43. Kerthomas and the poor widow
    Who were hit by this severe blow,
    Ceased living as husband and wife,
    Spent in dark cloisters the rest of their lives.

    transl. Ch.Souchon (c) 2003




    Cliquer ici pour lire les textes bretons (versions imprimée et manuscrite).
    For Breton texts (printed and ms), click here.


    L'Eglise Saint Thélo à Landeleau, 20 km ouest de Carhaix, abrite une statue de François du Chätel, Marquis de MesleRésumé
    Forcée par sa mère, en 1565, d'épouser le Marquis de Mesle, François du Chastel (mort en 1590) qui fut préféré à deux autres seigneurs du pays, Kerthomas, un cadet de la maison de Gouzillon et Salaün, l'héritière serait morte de chagrin, si l'on en croit cette complainte.
    En réalité elle eut le temps d'avoir trois enfants de son mariage avec de Mesle, lequel laissa le souvenir d'un avare et d'un lâche.
    Comme Geneviève de Rustéfan, Marie de Keroulaz est une femme énergique et fidèle jusqu'à la mort à un amant inconstant, qui, ici, balance entre la mère et la fille comme dans une nouvelle de Gobineau (ou de Françoise Sagan!)

    L'importance de ce chant dans l'histoire des collectes
    La Villemarqué indique dans l'argument que cette ballade fut "découverte" par Marie, la fille d'Aymar de Blois de la Calande (1760 -1852), mais que la version qu'il publie lui "a été chantée par une paysanne de la paroisse de Nizon."
    M. Donatien Laurent (dans son étude «Aymar I de Blois (1760-1852) et « L’héritière de Keroulas», incluse dans "Bretagne et pays celtiques. Langues, histoire, civilisation. Mélanges offerts à la mémoire de Léon Fleuriot", 1992, pp. 415-443)attribue cette découverte au père de Marie, cet ancien capitaine de vaisseaux morlaisien qui avait participé à la création de l'Académie celtique dès 1805. Il avait découvert, dans les années 1820, chantée par les femmes du hameau de Launay en Ploujean, où il avait son manoir, la ballade de l' héritière de Keroulas (en Léon) mariée contre son gré au marquis de Mesle, vers 1575. Il la transcrivit, la traduisit et la publia en 1823, assortie de commentaires, dans une brochure d'une vingtaine de pages.
    Il fut bientôt imité par d'autres collecteurs passionnés: Armand du Châtelier qui publie le même texte dans la revue "Le Lycée armoricain" en 1826; et Emile Sevestre qui publie un article où ce chant figure, avec quatre autres dans la "Revue des Deux Mondes" en décembre 1834.
    Le chevalier de Fréminville (1787-1848) utilise ses propres publications pour diffuser la poésie populaire: dans ses "Antiquités du Finistère", en 1835, l' héritière de Keroulas en deux langues, assortie de l'argumentation d'Aymar de Blois (le même chant sera publié l'année suivante par Le Gonidec, dans les "Mémoires de la Société des Antiquaires de France", pour corriger les erreurs relevées dans le texte breton). Puis en 1837, dans ses "Antiquités des Côtes-du-Nord", une seconde version de "l'Héritière", collectée, celle-ci, par Madame de Saint-Prix.
    On voit par là que publication de ce chant en 1823 marque le début du mouvement de collecte de la poésie orale bretonne (le premier chant collecté, étant, de l'avis de La Villemarqué, La Fontenelle).
  • L'héritière de Keroulas collectée par Luzel.
    Ce texte consiste essentiellement en un chant amébée entre l'héritière et un seigneur de La Ronce, qui est ici substitué à de Mesle: chacun surenchérit sur les fanfaronnades de l'autre et l'héritière, dévoilant ses sentiments profonds, termine en vantant les fastes du château de Kerthomas que son interlocuteur décrivait comme un bouge.

    Les archives du château de Keroulas
    Gaston de Carné, dont un ancêtre est cité dans la gwerz Elégie de M. de Nevet, a étudié les archives du château de Keroulas pour préciser l'identité des personnages qui interviennent dans la présente complainte ("L’héritière de Keroullas », Revue historique de l’Ouest, 1887, pp. 5-24).
  • Marie de Keroulas était la fille unique, née à Plourin, en Léon, de François de Keroulas et de Catherine de Lanuzouarn. Quand son père mourut en 1561 ou 1562, il voulut dédommager ses "juveigneurs" (cf. Les Laboureurs) en les favorisant par testament au détriment de sa fille.
  • La mère de Marie lui fit épouser, entre 1573 et 1578 le seigneur cornouaillais, François du Châtel, marquis de Mesle. La jeune femme dut le suivre à son château de Kastellgal en Landeleau. Elle en eut trois enfants, Vincent qui mourut en 1615, Tanguy qui fut tué au siège d'Ostende en 1602 et Mauricette qui mourut en 1626. Marie mourut entre novembre 1582 et mai 1583, date du second mariage de François avec une veuve, Catherine de Quélen. Il devait épouser en troisièmes noces une jeune femme de Plourin, Anne de Kerouzère.
  • Quant à sa mère, Catherine de Lanuzouarn, François de Keroulas était son second mari, le premier, issu d'une famille qui porte le nom breton d' "Ar C'hom" (Le Côme?) étant décédé peu après leur mariage. En 1579, elle épousa le sénéchal de Lesneven, François Dourdu, seigneur de Coatcren, dont elle eut deux enfants, avant de se séparer de son mari et de mourir "tristement et seule, avant 1587, au manoir de Touronce que son gendre lui avait prêté".
  • Le prétendant malheureux de Marie, Kerthomas ou Alain de Kerouartz, originaire de Lannilis, épousa Isabeau du Châtel, la sœur de François. Ce faisant il devenait le beau-frère de l’héroïne! Son mariage eut lieu en 1579, l'année du troisième mariage de Catherine qui avait peut-être jusque là espéré l'épouser...
    Salaün, le second prétendant, était, selon Gaston Carné, le fils du seigneur de Coatenez en Plouzané. Quant à Pennanrun son identité n’a pas été découverte.
  • Château de Kastell-Coall à Landeleau, construit à la place du Châteaugal/Kastell-Gall du Marquis de MesleRésumé
    Forced by her mother, in 1565, to marry the Marquis of Mesle, François du Chastel (d. 1590) who was preferred to two other noblemen of the neighbourhood, Kerthomas, cadet of the Gouzillon family, and Salaün, the heiress died of grief according to this ballad.
    In fact she lived long enough to have three children of her union with de Mesle, but the latter is really remembered as a miser and a coward.
    Like Genevieve of Rustéfan, Mary of Keroulaz is depicted as an energetic woman who remained to the death faithful to a fickle lover hesitating, here, between mother and daughter, a theme we find in novels by Gobineau (or Françoise Sagan!)

    Importance of this song in the development of the collecting movement
    In the "argument", La Villemarqué states that this ballad was "discovered" by Marie, daughter to Aymar de Blois de la Calande (1760 - 1852), but that he learned from the singing of a Nizon country woman, the version he publishes in the Barzhaz.
    M. Donatien Laurent (in his essay on «Aymar I de Blois (1760-1852) et « L’héritière de Keroulas» in "Bretagne et pays celtiques. Langues, histoire, civilisation. Mélanges offerts à la mémoire de Léon Fleuriot", 1992, pp. 415-443) ascribes this discovery to Marie's father, a retired Morlaix merchant navy captain who took part in creating the Celtic Academy in 1805. He had learnt, in the 1820ies, of the singing of women from the hamlet Launay near Ploujean, where he had his manor, the ballad of the Heiress to Keroulas-in-Léon who was married off to Marquis of Mesle, ca 1575. In 1823, he committed it to writing and published it, along with a translation, the whole filling but a score of pages.
    His example was soon followed by others: Armand du Châtelier who published the same text in the periodical "Le Lycée armoricain" in 1826; and Emile Sevestre who printed an article containing this song along with four others in the "Revue des Deux Mondes" in December 1834.
    The chevalier de Fréminville (1787-1848) availed himself of his own publications to broadcast popular lore: in his "Antiquités du Finistère", in 1835, the Heiress of Keroulas in two languages, accompanied by the comments by Aymar de Blois (the same song was to be published the next year by Le Gonidec, in the "Mémoires de la Société des Antiquaires de France", with a view to amending faulty passages in the Breton text). Then in 1837, in his "Antiquités des Côtes-du-Nord", a second version of the "Heiress", collected by Madame de Saint-Prix.
    Anyway, we may date from the publishing of this song in 1823, the surge of enthusiastic collecting of oral Breton poetry (but the first collected song, was, in La Villemarqué's opinion, La Fontenelle).
  • The Heiress of Keroulas collected by Luzel.
    It mostly consists in an amoebean contest between the heiress and a suitor, the Lord of La Ronce ("Bramble patch", the name given here to Marquis Mesle), who try to outmatch each other with bragging assertions. The heiress unveils her true feelings when she at last describes Kerthomas' dwelling place as a sumptuous palace, which her antagonist had depicted as a hovel.

    The archives of Keroulas Castle
    Gaston de Carné, whos ancestor is quoted in the gwerz Lament for M. de Nevet, investigated the archives of Keroulas castle with a view to identifying the protagonists in the lament at hand ("The heiress to Keroullas » in "Revue historique de l’Ouest", 1887, pp.5-24).
  • Marie de Keroulas was the unique daughter, born at Plourin, in Léon, of François de Keroulas and Catherine de Lanuzouarn. When her father died in 1561 or 1562, he wanted to give compensation to his "juveigneurs" (younger brothers) (see The ploughmen) by favouring them in his testament to the detriment of his daughter.
  • Marie's mother married her off, between 1573 and 1578, to the Cornouaille lord, François du Châtel, marquis de Mesle. The young woman had to follow him to his Kastellgal castle near Landeleau. They had three children, Vincent who died in 1615, Tanguy who fell at the siege of Ostende in 1602 and Mauricette who died in 1626. Marie died between November 1582 and May 1583, when François married, for the second time, a widow, Catherine de Quélen. He was to marry once more: a young woman from Plourin, Anne de Kerouzère.
  • As for her mother, Catherine de Lanuzouarn, François de Keroulas was her second husband: the first was the scion of a family bearing the Breton name "Ar C'hom" (Le Côme?) who died soon after the marriage. In 1579, she married the Seneschal of Lesneven, François Dourdu, lord of Coatcren who had by her two children, before she parted from her husband and died "in sad loneliness, before 1587, at Touronce manor which her son-in-law had lent her".
  • Marie's rejected suitor, Kerthomas or Alain de Kerouartz, born at Lannilis, married Isabeau du Châtel, who was none other than François' sister. Herewith he became the heroine's brother-in-law! His wedding was celebrated in 1579, the year of Catherine's third marriage who had, so far, possibly not given up the hope of marrying him...
    Salaün, the second suitor, was, so wrote Gaston Carné, a son of the Lord Coatenez (near Plouzané). As for Pennanrun no particular could be found to identify him.





  • Versions du Manuscrit de Keransquer et Fréminville

    Keransquer MS and Fréminville Versions

    Français Brezhoneg English English
    Les deux fragments notés par La Villemarqué dans le premier carnet de Keransquer ne constituent qu'une source secondaire au regard des versions de cette ballade publiées antérieurement à la parution du premier Barzhaz. C'est ainsi que la version publiée en 1835 par Christrophe-Paulin de Fréminville dans ses "Antiquités de la Bretagne" , Finistère, Volume 2, pages 203 et ss. que l'on trouvera ci-après, lui a fourni 30 des 43 quatrains qui constituent son poème.

    Manuscrit de Keransquer
    Les éléments principaux tirés par le jeune barde de ses propres notes sont:
  • Le premier couplet où il a remplacé le mot "diduamant", à la terminaison trop française, par "diduell", les deux signifiant "distraction". Par contre l'original disait que la jeune fille jouait aux dés "sur le pavé" avec les enfants du "nouveau seigneur" (an aotroù nevez), peut-être une allusion au remariage de sa mère. La première précision, jugée peut-être trop terre à terre, n'apparait pas dans le Barzhaz, tandis que la seconde est explicitée par les deux strophes additionnelles 2 et 3, où il est dit que pour se marier il faut à la jeune fille l'agrément de la famille de son père décédé et où elle déclare que cette dernière ne souhaite que sa disparition pour pouvoir hériter de sa fortune. Il ne s'agit pas d'une invention gratuite: dans le premier fragment noté par Luzel, nous lisons au deuxième couplet:

    - Ken vefet pemp bloaz war-nugent, (pas avant que vous n'ayez 25 ans)
    Anez kaout koñje ho kerent (A moins d'avoir l'autorisation de votre famille)
    - Vit ma c'herent a-berzh va zad (Pour ce qui est de ma famille du côté de mon père)
    Biskoazh n'o-deus karet va mad! (Jamais elle n'a recherché mon intérêt!)

  • Le cinquième couplet où on constate des changements dont on ne voit pas la finalité:
    "Ce n'est pas de coiffes à lacets dont l'héritière rêve (soñj), mais de souliers et de bas bleus.", devient:
    "Ce n'est pas des souliers à lacets que l'héritière a l'habitude (boaz) de mettre mais des souliers de soie et des bas bleus"
  • Les couplets 15 et 16 qui composent le dialogue entre l'héritière et un soupirant malheureux, Salaün. La Villemarqué le fait précéder de deux couplets introductifs, qui annoncent les préoccupations charitables de la jeune fille: elle "sortait donner un morceau de pain à un pauvre".
  • Les six couplets suivants du manuscrit, qui ont trait à la discussion entre l'héritière, sa mère et Kerthomas se retrouvent dans la version Fréminville et c'est cette dernière que La Villemarqué a suivie. La raison en est que le manuscrit est ici loin d'être clair:

    "
    (20) Dites-moi, Kerthomas, avez-vous été à Keroulas(!)? -J'y ai été mais je n'y ai rien vu de convenable (21): une petite vieille enfumée, (22.2) En train de hacher du foin pour ses chapons, ce qu'elle n'aurait pas fait si elle avait eu de l'avoine." (repris par La Villemarqué).

    La confusion entre Keroulas et le château de François de Mesle (maner Melz), se poursuit aux strophes suivantes, où la mère de l'héritière prend la défense de De Mesle:

    "(23) Tu dis un mensonge, Kerthomas, car les choses sont tout autres à Keroulas; Il y a une salle dorée jusqu'au sol..."
  • Comme le fait remarquer Fréminville: "Il est singulier de voir Kerthomas fréquenter encore la châtelaine de Keroulas (strophe 38 du Barzhaz et 25 de la version Fréminville). Une ancienne tradition prétend que cette dame était elle-même éprise de Kerthomas et rivale jalouse de sa propre fille. Ceci donnerait à cette histoire un intérêt tout à fait dramatique." Or, les six lignes inscrites au crayon dans son carnet par La Villemarqué sont tout à fait conformes à cette tradition. C'est pourquoi le Barde les reprend (en les affadissant un peu, hélas) à la strophe 26 de son poème:

    "(26) La dame de Keroulas parlait ainsi à l'héritière, (b) car elle aimait aussi Kerthomas, et elle l'aimait d'amour véritable. (26.3). Parce qu'elle avait des "chenilles" (de la gangrène) dans le cœur et désirait que Kerthomas fût son amant."

    Fréminville ajoute
    "Si [...] la France possédait un Walter Scott, cette ballade pourrait devenir le texte d'un charmant roman historique, en lui donnant surtout la couleur locale et le costume de l'époque." .



    Version Fréminville
    C'est peut-être ce qui a incité La Villemarqué à pratiquer les modifications que l'on notera en comparant son texte avec celui de Fréminville (signalées en caractères gras). Elles ont consisté essentiellement à remplacer les mots d'origine française par des mots bretons.
  • Parfois le mot choisi par La Villemarqué est discutable. C'est le cas du "mesajer", des strophes 22 et 23 chez Fréminville, qu'il remplace par un "kannader", couplets 35 et 36 du Barzhaz, inconnu des dictionnaires, lesquels traduisent "messager" par "kannad".
  • Le respect des convenances - à moins que ce ne soit le souci d'éviter la répétition du mot "dilhad" (vêtements) - a conduit La Villemarqué à modifier le dernier vers de la strophe 7 qui disait:

    "J'aimerais être la sarcelle sur le lac où l'on lave ses vêtements pour y mouiller mes yeux dans l'eau qui en ruisselle".

    Cette stophe devient (couplet 12):

    "J'aimerai être la sarcelle sur le lac où elle lave ses vêtements pour mouiller mes yeux dans l'eau qui mouille ses pieds".
  • Enfin l'élimination du mot "charité" de la strophe 19, pour le remplacer par le mot "dre garantez" (par amour) dans le couplet 32 du Barzhaz aboutit à un contresens. "Charité" s'oppose à "aluzenn", comme l'indique Luzel dans ses commentaires à sa propre version du chant

  • Ballade recueillie par M. de Blois de la Calande et publiée par de Fréminville dans ses "Antiquités du Finistère", Volume II

    1.(4) Ar benn-herez a Geroulas
    Rag he-deus ur plijadur bras
    Da zoug ur zae satin glas
    Pa ra gant aotrounez dansañ!

    2.(6) Evelse e gaosed er zal
    Pa zeue ar benn-herez er bal,
    Rag markiz Mezl voa erruet
    Gant e vamm hag un heul bras-meurbet.

    3.(7) - Me garfe bezañ goulmig glas
    War an doenn e Keroulas
    Evit kleved ar gomplidi
    Etre e vamm ha va hini.

    4.(8) Me a grenn gant ar pezh a welan
    Neket heb ur soñj int deuet amañ
    Deus-a Gerne, pa zo en ti
    Ur bennherez da zimeziñ.

    5.(9) Gant e madoù hag e anv brudet
    Ar varkiz-se din ne blij ket.
    Mez Kerthomas deus a-bell zo
    A garan ha garin atav. -

    6.(10) Enkrezet oa ivez Kerthomas
    Gant tud-se deuet e Keroulas,
    Rag eñ a gare ar benn-herez
    Hag oa klevet o lared aliez:

    7.(12) - Me garje bea ur grak-houad
    War al lenn e walc'her he dilhat
    Evit glebiañ va daou-lagat
    Gant an dour demeus he dilhat! -

    8.(17) Ar bennherez a lavare
    D'he mamm itron: - Eus en deiz-se
    Ma z'eo erru markiz Mesl amañ
    A lakas va c'halon da rannañ.

    9.(18) Va mamm iton, ha me ho ped,
    D'ar varkiz Mezl n'am roit ket,
    Da va reiñ kent da Penn-an-Run,
    Pe mar karit da Zalaün.

    10.(19) Va roit kentoc'h da Gerthomas.
    Hennezh en-deus ar muiañ gras.
    En ti-mañ eñ zeu aliez,
    Hen a lezec'h din ober al lez.

    11.(20.3) E Gastell-Gall me a zo bet.
    (21.1) Mad, m'hen toue, n'em-eus gwelet
    (21.2) Nemed ur gozh zal vogedet
    (21.3) Hag ar prenestroù hanter-torret.

    12. E Kerthomas me a zo bet
    Madoù awalc'h em-eus gwelet:
    (23.3) An norojoù zo arc'hant gwenn;
    (23.4) Ar prenestroù eus aour melen.

    13.(25) - Va merc'h, ankounit an holl-se.
    Tra, kent ho mad, n'a zalc'han-me.
    Roet ar gerioù, an dra zo graet
    D'ar varkiz Mezl viot dimezet.

    14.(27) - Ur walen aour hag ur signet
    Gant Kerthomas oent din roet.
    O c'hemeriz en ur ganañ
    Hag o restolin en ur ouelañ.

    15.(28) - Dalit, Kerthomas, ho kwalen aour,
    Ho signet gant karkanioù aour;
    Na ven ket lezet o kemered,
    Mired ho re ne zlean ket. -

    16.(29) Kriz vije 'r galon na ouelje,
    E Keroulas, neb a vije
    O weled ar benn-herez kaez
    O poked d'an nor paz'eas er-maes.

    17.(30) - Adieu, ti bras Keroulas,
    Biken ennoc'h ne a rin pas!
    Adieu, va amezeien kaes!
    Adieu, bremañ, ha da jamez! -

    18.(31) Peorien ar barez a ouelje
    Ar benn-herez o gonsole:
    - Tavit, peorien, na ouelit ket!
    Da Gastell-Gall deuit d'am gweled.

    19.(32) Me a roy aluzenn pep deiz,
    Teir gwech ar sizhun ha ray charite
    Triwec'h palevarz a winiz,
    Hag heiz ha gerc'h ivez a roy.

    20.(33) Ar varkiz Mezl a lavare
    D'he gwreg-nevez pa he gleve:
    - Evit pep deiz ne rofet ket
    Rag va madoù ne badfent ket.

    21.(34) - Markiz Mezl, heb kaout ho re
    Me royo aluzenn pep deiz,
    Evit dastumed pedennoù
    Goude vimp marv, d'hon eneoù. -

    22.(35) Ar benn-herez a lavare
    E Kastell-Gall pa errue
    Ha ne kase ket ur mesajer
    Da gas d'he mamm ul lizher.

    23.(36) Ur paj yaouank a respontas
    D'ar penn-herez pa he glevas:
    - Skrivit lizheroù, pa garfet,
    Mesajerien a vo kavet. -

    24.(37) Koulskoude ul lizer a skrivas
    Ha d'ar paj e-berr a roas
    Gant gourc'hemennoù vit he kas
    Raktal d'he mamm e Keroulas.

    25.(38) Pa erruet al lizher ganti
    Hi a voa er zal o ebatiñ
    Gant lod a noblañs eus ar vro
    Ha Kerthomas voa ivez eno.

    26.(39) Pa 'n-devoa he lizher lennet,
    Da Gerthomas hi a laret:
    - Likit da zibrañ kezeg afo!
    Da Gastell-Gall a ean fenoz. -

    27.(40) Itron Keroulas a goulenne
    E Gastell-Gall pa errue:
    - Petra nevez zo en ti-mañ,
    Ma eo steignet ar perzhier e giz-man?

    28.(41) - Ar benn-herez a oa deut amañ
    A zo desedet en noz-mañ.
    - Mar d'eo marv ar benn-herez,
    Ah, me zo, gwir, he lazherez!

    29.(42) Meur wech he-doa din lavaret
    D'ar varkiz Mezl n'he envozin ket
    He reiñ kentoc'h da Gerthomas
    Pehini en-doa ar muiañ gras. -

    30.(43) Kerthomas hag ar vamm dis-eürus
    Skoet gant un taol ker truezus
    O-daou gonsakras da Zoue
    Er c'hloastr ar rest eus ho puhez.
    The two fragments recorded by La Villemarqué in the first Keransquer copybook are far less important a source than the versions of the same ballad published by other collectors prior to the first Barzhaz edition. Thus, the first version published in 1835 by Christophe-Paulin de Fréminville in his "Antiquités de la Bretagne", Finistère, Volume 2, pages 203 and ff. (see below) provided him with 30 of the 43 quatrains of his poem.

    Keransquer MS
    The main elements the young bard derived from his handwritten notes are:
  • The first stanza, where the word "diduamant", meaning "amusement" was replaced with the word "diduell with no French ending. Less harmless is another change: the original states that the girl would play dice "on the pavement" with the children of the "new lord" (an aotroù nevez), possibly a hint at her mother's second marriage. The word "pavement", maybe considered too trivial, disappears in the Barzhaz. So does the word "new", replaced by two additional stanzas to the effect that the girl cannot marry without the consent of her relatives on her father's side. These people, so she says, far from supporting her, look on her riches with a jealous eye. This is no gratuitous invention of La Villemarqué's. The second fragment recorded by Luzel states in the second stanza:

    - Ken vefet pemp bloaz war-nugent, (not until you are 25 of age)
    Anez kaout koñje ho kerent (Or you must have your relatives' consent)
    - Vit ma c'herent a-berzh va zad (As to my relatives on my father's side)
    Biskoazh n'o-deus karet va mad! (They never were a support to me!)
  • The fifth stanza where changes were made the purpose of which is far from evident:
    "Not of braid headdresses does the heiress dream (soñj) , but of leather shoes and blue stockings." is rendered as:
    " Not the lace-up shoes that the heiress is used to (boaz) wear, but shoes of silk and blue stockings."
  • Stanzas 15 and 16 embodying a dialogue between the heiress and the rejected suitor Salaün, preceded in the Barzhaz by two other stanzas, one of them points to the girl's charitable concerns, since it states that " She was going out, to bring some food to a poor man whom she knew."
  • The next six stanzas in the MS are dedicated to a discussion between the heiress, her mother and Kerthomas, which also exists in the Fréminville version preferred by La Villemarqué, since the MS version is not easy to construe:

    .
    "(20) Tell me, Kerthomas, were you at Keroulas (!) Manor? - Yes I was but I saw there nothing proper (21): a little hag in a smoky room, (22.2) chopping hay to feed her capons, since she had no oats to give them." (The second part was kept by La Villemarqué).

    The confusion between Keroulas and François de Mesle's manor (Maner Melz) goes on in the following stanzas where the heiress' mother stands up for De Mesle:

    "You don't tell the truth, Kerthomas: Things are very different at Keroulas manor. There is a hall all adorned with gold..."
  • As Fréminville judiciously remarks: "It is astonishing that Kerthomas should keep paying the Lady of Keroulas visits (stanza 38 in the Barzhaz and 25 int he Fréminville version). Old tradition has it that this lady, too, was in love with Kerthomas and therefore her own daughter's rival. This would endow this story with highly dramatic intensity". Now the six lines written with pencil in his copybook by La Villemarqué completely conform to this tradition. That is why he included them in his printed version, stanza 26, unfortunately with much duller wording:

    "(26) The Lady Keroulaz said these words to the hapless heiress, because she also loved Kerthomas truly. (26.3) Because her heart was full of worms (caterpillars) and she Wished to have Kerthomas for her lover."

    Fréminville adds:
    "If [...] France had a Walter Scott of her own, this ballad could provide the plot for an enthralling historical novel with plenty of local colour."



    Fréminville Version
    This statement possibly prompted La Villemarqué to make changes when he copied Fréminville's text that are highlighted here in bold characters and essentially consist in replacing French loanwords with Celtic words.
  • Sometimes the authenticity of the "Breton" word used by La Villemarqué is questionable. Thus he replaces "mesajer", in stanzas 22 and 23 (in the Fréminvile version), with a word "kannader" (stanzas 35 and 36 in the Barzhaz) that dictionaries don't know, whereas they translate "messenger" as "kannad".
  • La Villemarqué's desire to observe the proprieties, or to avoid a repeated rhyme "dilhad" (clothes), led him to amend the last line of stanza 7 that read thus:

    "I wish I were a teal on the pond where her things are washed: I would wet my eyes in the water wrung out of them."

    This stanza becomes stanza 12 of the Barzhaz poem:

    " I wish I were the teal on the pond where she washes her things: I would wet my eyes in the water around her little feet."
  • In another instance, the replacement results in misrepresentation: the French word "charité" used, in stanza 19, jointly with the Breton word "aluzenn" (alms) has a precise meaning that is missing, when it is replaced by the commonplace phrase "dre garantez" (out of kindness). See Luzel's comment to his own version of the ballad

  • Ballad collected by M. de Blois de la Calande and published by M. de Fréminville in his "Antiquités du Finistère", Book II

    1.(4) - The heiress of Keroulas
    Is going to have a joyful time!
    She wears of blue satin a dress
    To dance with many a lord.

    2.(6) So said people in the hall,
    When they saw her come to the ball,
    Since Marquis of Mesle had come
    With his mother and a large retinue.

    3.(7) - I wish I were A grey dove
    Upon the roof at Keroulas:
    I could hear what's being devised
    Between his mother and mine.

    4.(8) I must grieve at what I see.
    Without a motive would they leave
    Their Cornouaille den, if there was not here
    An heiress whom he could marry?

    5.(9) In spite of his wealth and his name,
    This Marquis does not please me.
    Kerthomas I have loved for a long time,
    And I shall love him for ever more. -

    6.(10) Kerthomas also was afraid
    Of all the people that had come to Keroulas.
    For he was with the heiress in love
    And often he was heard to say:

    7.(12) I wish I were one of those teals
    On the pond where her things they clean,
    I would wet my eyes with the water
    That comes when they wring her clothes.-

    8.(17) The heiress went
    To her mother and she said: - Since
    Marquis Mesle is dwelling here,
    My heart on the point of breaking.

    9.(18) My lady mother, I beseech ye,
    Don't give me to the Marquis;
    Rather give me to Pennanrun,
    Or, if you rather like, to Salaün.

    10.(19) Give me rather to Kerthomas
    Who is the most handsome of all
    To come here often he was free.
    You did not object to his wooing me.-

    11.(20.3) I have been at Châteaugal Castle
    (21.1) I swear I saw there nothing good:
    (21.2) Just an old hall, filled with smoke
    (21.3) And windows that were half-broken.

    12. At Kerthomas mansion I have been
    Lot of riches there I have seen
    (23.3) The doors are of white silver.
    (23.4) The windows of yellow gold.

    13.(25) - Daughter, forget of it all.
    I want nothing but your own good.
    I gave my word. Clinched is the deal.
    You shall marry the Marquis of Mesle.-

    14.(27) - Kerthomas, there is a gold ring,
    And a seal that you gave me once;
    When I received them I was singing.
    But I'll whine, if I must give them back.

    15.(28) Kerthomas, take back your gold ring,
    Your seal and all your golden chains;
    I'm not allowed to take them
    I dare not keep what belongs to you! -

    16.(29) Cruel-hearted were whoever had
    Come to Keroulaz and not cried,
    Seeing the poor heiress
    Kissing the door when leaving from there.

    17.(30) - Farewell, tall house of Keroulaz,
    No more shall I here take a step!
    All my dear neighbours, farewell.
    I shall never come back again!

    18.(31) And the poor of the parish cried
    While to console them all she tried;
    - My friends, be silent! Do not cry!
    Come and visit me at Châteaugal.

    19.(32) I shall give alms every day;
    Three times a week a charity
    Of eighteen quarters of wheat,
    Or of oats or of barley.-

    20.(33) But the Marquis of Mesle told
    His young wife, when he heard as much.
    - Alms every day won't do,
    My goods will not suffice to it!

    21.(34) - Lord, I'll leave your goods intact
    Yet I shall give alms every day
    And they shall pray, that you and I,
    To Heaven may be taken when we die. -

    22.(35) The heiress asked
    On arriving at Châteaugal:
    If she could send a messenger
    With a letter for her mother. -

    23.(36) A young page who listened to her,
    Gave to the Lady this answer:
    - Your letter write, my Lady, do,
    And I shall find a messenger.

    24.(37) As soon as the message was written,
    To the same young page she gave it:
    - Do not delay and leave at once
    Give it to my mother, at Keroulaz. -

    25.(38) When to her it was handed out,
    Her mother was giving a rout
    To noble people and there was
    Among them also the lord Kerthomas.

    26.(39) After the letter she had read,
    She turned to Kerthomas and said:
    - Our horses must be saddled now,
    For to Châteaugal tonight we must go!-

    27.(40) The Lady Keroulaz she called
    When she arrived at Châteaugal:
    - Does someone know the reason for
    This black canopy hanging o'er the door?

    28.(41) - The heiress, to tell you the truth,
    During the night her last breath drew.
    - The one who made the heiress die,
    Certainly the one who killed her was I!

    29.(42) For I remember how she said:
    Marquis of Mesle I should not wed.
    Rather give me to Kerthomas
    Who is to me, to be sure, the best match.-

    30.(43) Kerthomas and the poor widow
    Who were hit by this severe blow,
    Consecrated themselves to God,
    Spent in dark cloisters the rest of their lives.




    La Fontenelle The Page of Louis XIII