Saint Efflam et le roi Arthur

Saint Efflam and King Arthur

Dialecte de Trégor

  • Première publication dans le Barzhaz, 1ère édition, en 1839.
  • "La légende de Saint Efflamm m'a été chantée par un paysan de la paroisse de Plestin en Tréguier, où le saint est particulièrement honoré" (Epilogue des "Contes populaires des Anciens Bretons", page 316, 1842).
  • Un texte différent, presque sans ratures, se trouve dans le 1er cahier de Keransquer pages 208 à 210 et 169, sous le titre "Buhez an Ao. Sant Efflamm".
  • Collecté uniquement par La Villemarqué.
    Pourtant, ni Luzel, ni Joseph Loth (comme le remarque Francis Gourvil dans une note, p. 402 de son "La Villemarqué") ne rangent ce chant historique dans la catégorie des chants inventés.
  • Tombeau de Saint Efflam à Plestin-les-Grèves
  • First published in Barzhaz Breizh, 1st edition, in 1839.
  • "The legend of Saint Efflamm was sung to me by a peasant from the parish Plestin near Tréguier, where the saint is peculiarly honored" (Postface to the "Old Breton Folk Tales", page 316, 1842).
  • A different song, almost without deletions or alterations if found in the 1st Keransquer MS on Pages 208-210 and 169. It is titled "Buhez an Ao. Sant Efflamm".
  • Collected only by La Villemarqué.
    However, neither Luzel nor Joseph Loth (as stated by Francis Gourvil in a note on page 402 of his "La Villemarqué") includes this historical song on the list of the songs invented by La Villemarqué.


  • Mélodie - Tune
    (La majeur).

    Français English
    I

    1. Il était un roi d'Hibernie, (=Irlande)
    Dont la fille, la plus jolie
    Des princesses à marier
    Avait pour prénom Honorée. ( ou Enora)

    2 Si plus d'un l'avait demandée,
    Tous avaient été rejetés,
    Sauf Efflam, un seigneur puissant,
    Un fils de roi, jeune et charmant.

    3. Il y a bien longtemps qu'il pense
    Qu'il devrait faire pénitence
    Dans quelque asile en la forêt,
    Et quitter sa jeune épousée.

    4. La nuit des noces quand tous sont
    Plongés dans un sommeil profond,
    Laissant sa femme dans son lit,
    Il quitte la chambre sans bruit.

    5. Le voilà qui sort du palais
    Prenant bien soin de n'éveiller
    Personne et s'éloigne d'un bond,
    Son lévrier pour compagnon.

    6. Sur la côte il parvient bientôt,
    Se met en quête d'un bateau
    Et regarde de tous côtés
    En vain, en pleine obscurité.

    7. Soudain au ciel la lune luit.
    Il avise non loin de lui
    Un petit coffre défoncé
    Qui vient, par les flots ballotté.

    8. Efflam jusques à lui l'attire,
    Monte dans ce frêle navire.
    Et le jour n'était pas levé
    Qu'en Bretagne il vient s'échouer.

    9. Il trouve le pays breton
    Plein de monstres et de dragons
    Qui désolaient tout le canton,
    Surtout le pays de Lannion.

    10. Plus d'un dragon avait, bien sur,
    Eté tué par le Roi Arthur
    A qui nul autre ne saurait
    Pour la valeur se comparer.

    Le Grand Rocher et la Lieue de Grève entre St-Efflam et St-Michel-en-Grève

    11. Et lorsque Efflam descend à terre,
    Il voit le roi qui désespère,
    Son cheval gisant sur le dos,
    Le sang coulant par les naseaux.

    12. Face à lui, le monstre sauvage
    Un seul oeil rouge en son visage,
    Des écailles vertes et grand
    Comme un taurillon de deux ans.

    13. Sa queue c'est une vis de fer
    . Sa gueule, l'entrée des enfers,
    D'une oreille à l'autre est armée
    De dents aiguës de sanglier.

    14. Sans pouvoir se vaincre l'un l'autre,
    Trois jours qu'ils luttent de la sorte.
    Le roi pensait s'évanouir
    Lorsqu'il a vu Efflam venir.

    15. Le roi Arthur, presque mourant,
    Dit à Effkamm, en gémissant:
    - Donnez-moi, seigneur pèlerin,
    Un peu d'eau, si vous voulez bien.

    16. - Avec l'aide du Dieu béni
    L'eau jaillira de ce roc-ci. -
    Et, se servant de sa baguette,
    Trois fois frappe la Roche Verte.

    17. Voilà qu'une source jaillit
    Du roc dans l'instant qui suivit.
    Arthur s'y est désaltéré,
    Recouvrant et force et santé.

    18. Il retourne vers le dragon,
    Lui enfonce son espadon
    Dans la gueule. et, jetant un cri,
    Le monstre en la mer s'engloutit.

    19. Le roi, après l'avoir occis,
    Se tourne vers le saint et dit:
    - Venez à mon palais sur l'heure.
    Je veux faire votre bonheur.

    20. - Je dois refuser cette invite.
    Je désire me faire ermite,
    Et, si vous permettez, passer
    Toute ma vie sur ce rocher.

    II

    21. Honorée, le matin suivant
    Se demandait en s'éveillant,
    Trouvant ainsi vide son lit,
    Où donc était son cher mari.

    22. Comme une abondante rivière,
    De ses yeux des larmes amères
    Coulaient, pauvre épouse trahie
    Par son ami, par son mari.

    23. Elle pleura le jour entier
    Sans qu'elle put se consoler.
    Après dîner elle pleura
    Sans retrouver espoir ni joie,

    24. Lorsque, tombant en pamoison,
    Elle eut en songe une vision:
    Son mari se tenait près d'elle
    Aussi beau que l'astre du ciel.

    25. Il lui disait: - Suivez-moi, femme,
    Il le faut, pour sauver votre âme.
    Rejoignez-moi dans mon désert
    Où le salut vous est ouvert.

    26. Dans son sommeil elle lui dit:
    - Oui, je vous suivrai, mon ami,
    Et je veux être consacrée
    A Dieu, pour être aussi sauvée. -

    27. Les anciens disent, chose étrange,
    Qu'elle fut portée par des anges,
    Endormie, par delà les mers,
    Jusqu'au seuil de l'époux si cher.

    28. Etant transportée de la sorte,
    Trois coups elle frappe à la porte.
    - Je suis votre amie, votre femme
    Que Dieu mena vers vous Efflam.

    29. A sa voix, il la reconnaît
    Et s'empresse de se lever.
    Il place ses mains dans les siennes
    Et lui tient des propos amènes.

    30. Une cabane il lui construit
    A gauche de son propre abri,
    Face à la fontaine et derrière
    La Roche Verte, en genêts verts.

    31. Et ils demeurent là longtemps.
    Puis dans le pays se répand
    Le bruit des miracles qu'ils font.
    Et les visiteurs sont légion.

    32. Une nuit, les marins en mer
    Virent le firmament ouvert,
    Tandis que résonnait des anges
    L'auguste concert de louanges.

    33. Le lendemain une pauvresse
    Qui, n'ayant plus de lait, s'adresse
    A Honorée, s'en vient portant
    En ses bras son enfant mourant.

    34. Sur le seuil, elle a beau gémir,
    Personne ne vient lui ouvrir.
    Alors, à travers une fente,
    Elle voit la dame gisante.

    35. Morte et belle comme un soleil.
    Et brillant d'un éclat pareil.
    Et vers elle, à genoux, se penche
    Un bel enfant en robe blanche.

    36. Aussitôt cette pauvre femme
    Se précipite chez Efflam
    Dont la porte est ouverte encor.
    Comme sa femme, il était mort.

    37. Afin qu'on n'oublie point ces choses
    Qu'en nul livre on ne trouve encloses,
    En vers, ici, on les a mises
    Pour les chanter dans les églises.

    Traduction: Christian Souchon (c) 2008

    I

    1. A high ruler of Hibernia (=Ireland)
    Had once a daughter to marry
    A comely princess of high fame
    And fair Enora was her name. (or Honora)

    2. By many a prince she was wooed,
    But all of them she had refused,
    Except the mighty lord Efflam,
    Son of a king, young and handsome.

    3. But Efflam had made up his mind:
    A wood hermitage he would find
    And would do penance all his life.
    So that he must give up his wife.

    4. The very night of his wedding,
    When everybody was sleeping,
    Quick, he got up from beside her
    And left noiselessly the chamber.

    5. He left the palace, taking care
    That nobody should be aware.
    He went. His only companion
    Upon his flight was his greyhound.

    6. He went to the shore and he sought
    To put to sea a fitting boat.
    He did not find, look as he might,
    Any boat, so dark was the night.

    7. When the moon broke, washed by the tide,
    He perceived, floating by his side,
    A small chest some vessel had lost
    Which about the sea was tossed.

    8. He drew it near, climbed into it,
    As he deemed it for travelling fit.
    And the next day had not yet dawned
    When in Brittany he landed.

    9. But he found Brittany ravaged
    By beasts and dragons, most savage,
    That wreaked havoc everywhere
    And, above all, in Lannion shire.

    10. Some of them were killed already
    By the high king of Brittany,
    Arthur, who was, since he was born
    A man brave and second to none.

    11. When Saint Efflam disembarked,
    He saw the king who combated.
    His horse lay dead on its back, gored,
    With blood out of its nose that poured.

    12 Opposite him a beast of dread:
    With a sole red eye in its head,
    Green scales all around its shoulders
    As tall as a bull of two years.

    13. Its tail was like an iron screw
    And its mouth was, all the way through,
    From ear to ear, full of tusks white
    And sharp, a monstrous boar alike.

    14. They had been fighting for three days
    Neither of them carried the day.
    And the king was going to swoon
    If some help was not to come soon.

    15. And King Arthur said on seeing
    Saint Efflam who came towards him:
    - Would you care, pilgrim, if you please,
    For me water to fetch and give?

    16. - If it is almighty God's mind
    Enough water for you I'll find. -
    With the tip of his stick he struck
    Three times the top of the Green Rock.

    17. So that a source began to spill
    From the very top of the hill.
    Which was apt Arthur's thirst to quench
    And to give him back health and strength.

    Fontaine Saint Efflam à Plestin

    18. Back on the dragon, with God's aid,
    He drove into its mouth his blade,
    So that the beast giving loud squeals
    Fell in the sea, head over heels.

    19. The king, after this victory,
    To the man of God said fairly:
    - Pray, do come to Arthur's palace
    You shall have there bliss and solace.

    20. - With your leave, Lord, It shall not be.
    I came here to be solitary.
    I shall stay, if it is God's will,
    As long I live upon this hill.

    II

    21. Enora, very, much surprised
    The next morning, could not surmise
    What in the night could have happened
    And whither had gone her dear friend.

    22. As water flows in a river,
    From her eyes the tears burst over.
    When she saw she was abandoned
    By her friend who was her husband.

    23. So, all through the day. did she cry.
    She cried still when the night was nigh,
    Not knowing how to soothe her soul.
    By no one could she be consoled.

    24. She went to sleep, much exhausted,
    Was by a vision visited:
    She saw, next to her, her husband
    As the sparkling sun, as handsome.

    25. He told her: - Come to me, won't you?
    If you want your soul to rescue.
    Come without procrastination
    To my heath, for your salvation. -

    26. And she answered in her slumber:
    - I'll follow you, wheresoever
    For your sake and become a nun,
    So as to gain my salvation. -

    27. People of old have sworn to it:
    Angels came to give her a lift,
    - She was asleep -, over the sea
    To her husband in Brittany.

    28. When on his threshold she awoke,
    She gave onto the door three strokes:
    - It's me, your sweetheart and your wife
    Whom God brought here to spend her life.

    29. And he, who knew her by her voice
    Got up and rushed to her at once.
    And he took her hands in his hands,
    Telling her of God's great demands,

    30. Made a hut for her to abide,
    Next to his, on the left hand side,
    Covered with broom, facing the spring,
    Sheltered by the Green Rock from the wind.

    31. For a long time the two dwelt there,
    Until the fame that spread afar
    Of all the miracles they wrought
    A great many folks to them brought.

    32. One night, sailors who were at sea,
    Were suddenly all filled with glee,
    Seeing the gates of Heaven raise
    And hearing angels sing in praise.

    33. And next morning, there was a quest:
    (A poor woman that gave the breast
    Had no milk and her child did faint)
    For help from Enora the Saint.

    34. Cry as she would on the threshold,
    No one came the screen to unfold.
    But when she peeped into the shed:
    The lady lay dead in her bed.

    35. She was, as the fair sun, as bright
    And the whole cabin full of light.
    Next to her, a boy, clad in white,
    Waked her, on his knees, by her side.

    36. And, at once, hurriedly she ran
    To warn Efflam, the holy man:
    Found his cabin's door wide open
    And he was dead, like the woman.

    37. All these things, to be remembered,
    That in no book are recorded,
    Were put to verses to be sung
    In churches, in your mother tongue.

    Transl. Christian Souchon (c) 2008


    Brezhoneg
    (Texte Breton Text)


    Efflam et Enora
    Saint Efflam, qui a son tombeau à Plestin, est le saint le plus populaire du Trégor, ainsi que sa femme, Sainte Enora, patronne des nourrices bretonnes.

    L'histoire
    Le soir même de ses noces, qu'on lui a imposées pour des raisons politiques, avec la princesse Enora, Efflam s'embarque pour la Bretagne. Là, il aide Arthur à triompher d'un dragon qu'il combattait sur la plage depuis trois jours (une allégorie de la pollution?), en faisant jaillir d'un rocher une source où Arthur se désaltère. Il refuse l'invitation d'Arthur de le suivre dans son palais, et se fait ermite.
    La plage où elle se déroula la lutte entre Arthur et le dragon est la "Lieue de Grève", près de Plestin, dont il est question dans "Le pauvre clerc".
    Enora est transportée par les anges au seuil de son ermitage.
    Il lui aménage une cabane à proximité. Après toute une vie de voisinage sans cohabitation, ils furent retrouvés morts le même jour.
    Font-ils encore chambre à part au paradis?

    Autres versions
    Bien que La Villemarqué s'applique à la vieillir à l'aide de mots étranges - le premier mot "ur brenin" pour "un prince" est un mot gallois, inconnu des dictionnaires bretons -, cette gwerz reprend des éléments tirés de textes plus anciens.

    L'auteur du Barzhaz signale dans ses "notes" l'existence d'une
    "Vie de St Efflam" en latin qui relate d'abord la découverte du corps du Saint, accompagné d'une lettre, avant qu'il soit transféré à Plestin en 999. Dans cette version, Enora, traverse la mer dans un coracle (barque de cuir irlandaise) et s'échoue au Yaudet (cf. carte ci-dessous).
    Comme dans bien d'autres "vitae" (vie de St Patern, St Kado, St Gildas, St Carantec), Arthur joue ici un rôle peu honorable: il ne peut venir à bout du dragon sans l'aide du saint. Certains historiens en déduisent que ces "vitae" sont antérieures à l"'Histoire des Rois de Bretagne", rédigée en latin entre 1135 et 1138 par Geoffroy de Monmouth, laquelle fait d'Arthur le héros positif que l'on connaît, (y compris par certains chants bretons. Cf. note à propos de La Marche d'Arthur).
    La
    description de la forêt où Efflam succède à St Gestin, comme un lieu magique où nul ne vient ramasser une branche pourrie tombée à terre est copiée de celle par l'auteur latin Lucain de la Forêt de Marseille.
    La "vita" de St Efflam contient des allusions à
    deux donations: l'une, à titre de compensation, par le "tyran" du Yaudet, frappé par le saint de paralysie pour avoir voulu attenter à l'honneur de son épouse Enora (ou Honora).
    L'autre par le "roi"- en qui le
    frère Albert Le Grand, qui rédigea ses "Vies des Saints de la Bretagne Armorique" au début du 17ème siècle, reconnaît le duc Geoffroy I qui régna de 992 à 1008.
    La légende est reprise par un office à l'usage de la paroisse de Plestin datant de 1575, puis par Albert Le Grand, puis par des cantiques bretons dont celui du Barzhaz.

    Une version recueillie par
    Anatole le Braz (1859-1926) à Saint-Efflam, nous apprend que:
    « Tous les ans, la veille de Noël, (ce dragon) réclamait une proie humaine, et non la première venue : il fallait qu'elle fût de sang royal. On la lui apportait, à la tombée du soir, au pied du contrefort isolé qui domine la grève, à mi-route de Saint-Michel à Plestin, et qui porte, depuis lors, le nom sinistre de Roc'h Al Laz (le Rocher du Meurtre). On était également tenu de lui livrer tous les enfants morts sans baptême ».
    Un personnage à la fois divin et royal, en l'occurrence Arthur, est appelé à tuer ce dragon, mais il est incapable de le vaincre sans l'aide d'un héros. Ce schéma dramatique remonte à la plus haute antiquité. Il existe en effet un texte
    hittite (1900-1100 avant JC) qui raconte l'histoire similaire de Hupasiya et de sa maîtresse...Inara!

    La fontaine de Saint-Efflam, à Plestin-les Grèves
    Pour des raisons évidentes, Efflam est le patron des maris jaloux.
    La source qu'il fit jaillir est l'objet d'une consultation dans le domaine de la fidélité des couples. Elle consiste à faire flotter sur l'eau qui en sort deux morceaux de pain, dont l'un représente la jeune fille et l'autre le garçon. L'eau s'écoule dans un bassin d' où, après avoir tourbillonné elle se rend dans un déversoir. Si durant tout ce trajet, les deux morceaux flottent en conservant la distance qui les séparait au début de la course, le mariage se fera prochainement, sinon il ne se fera peut-être jamais.
    Ce rituel fat suite à un autre plus ancien: trois morceaux de pain, représentant respectivement la femme, le mari et le saint. Si le dernier morceau s’éloignait des deux autres, les soupçons du mari étaient confirmés (attesté par A. Le Braz fin 19ème siècle).

    Célibat des prêtres
    Le premier concile d'Arles (314) entérinait une législation interdisant aux évêques, prêtres et diacres d'avoir des relations conjugales avec leurs épouses sous peine d'exclusion du clergé, dans des termes qui suggèrent qu'on respectait ainsi une tradition ancienne remontant aux premiers apôtres. C'est pourquoi, les hagiographes bretons étaient bien embarrassés avec leurs saints et saintes qui étaient mariés, comme dans le cas présent que certains considèrent comme une allégorie du confessionnal (Efflam écoutant Honora à travers la porte. -Cf. aussi, les "Dangers de la confession" - note sur Le prêtre exilé).

    Tradition orale
    Le dernier couplet de ce cantique souligne l'importance de l'oralité dans la littérature de Basse Bretagne. C'est une caractéristique qu'elle a en commun avec les autres peuples celtes, comme le notait déjà César dans "la Guerre des Gaules" (chap; 12. par. 14).
    Cette tradition multiséculaire et exigeante explique le long développement des "gwerzioù", en particulier celles du Barzhaz, qui ont permis la transmission de force légendes, faits historiques et anecdotes, avec le souci de garantir la vérité et d'aider la mémoire.

    La Roche verte
    La multiplicité des légendes qui s'entrecroisent se reflète dans les différents noms donnés au rocher qui surplombe la Lieue de Grève.
    Dans la gwerz du Barzhaz elle est appelée
    "Roc'h c'hlas" (roche verte).
    Dans la dernières strophe de La prophétie de Gwenc'hlan, elle apparaît sous la forme
    "Roc'h Al Laz" (Roche du meurtre).
    L'auteur de la "Vita" l'appelle roche de
    "Roc'h Hyrglas" (Longue Roche Verte)...
    Anatole Le Braz dans "Vieilles histoires du Pays Breton" l'appelle
    "Roc'h Kerlèz".
    Le folkloriste François Luzel (1821-1895) en a relevé d'autres (Revue de Bretagne et Vendée 1865):
    Roc'h Kellaz, Roc'h Garlan, Roc'h Laz
    Dans le poème moderne de Charles Goffic "Ar Roc'h Allas", il faut comprendre "Roche de l'hélas!":

    "Etal ar c'hozh stankoù a zo ur garreg glas
    Ur garreg glas ha krenn añvet ar "Roc'h Allas".
    Ha war ar garreg-se neb a ra e ziskuizh,
    A chom 'vit e vuez disjoa ha langis...

    "Auprès des vieux étangs, il est un rocher noir
    Et abrupt nommé "le Rocher du désespoir".
    A son flanc le marcheur qui s'adosse, lassé
    A jamais restera triste et découragé..."

    Comme on le voit ci-dessous, la carte Michelin lui donne le nom plus prosaïque de "
    Grand Rocher".

    vers Saints BretonsPour en savoir plus sur les saints bretons
    Efflam and Enora
    Saint Efflam is the most popular Saint of the Tréguier bishopric, as well as his wife, Saint Enora, the patron saint of Breton wet-nurses.

    The story
    On the very evening of his wedding with Princess Enora for political purposes, Efflam embarks for Brittany. There he assists Arthur in killing a dragon the latter had been combating for three days (an allegory for sea pollution?), by causing a spring to gush forth from a rock, thus allowing Arthur to quench his thirst. But he turns down Arthur's offer to follow him to his palace and he becomes a hermit.
    The strand where the combat of Arthur and the dragon took place is the "Strand League", near Plestin, already addressed in "The Poor Clerk".
    Enora is transported by angels before the door of his hut.
    Efflam arranges a cabin nearby. After a whole lifetime spent in mutual vicinity without cohabitation, both of them were found dead the same day.
    Do they still sleep apart in paradise?

    Other versions
    In spite of La Villemarqué's endeavours to make his songs look much older than they are in fact, larding them with strange words, like the Welsh "brennin" for "prince" at the very beginning of the present hymn, the latter is based on more ancient texts.

    La Villemarqué hints in his "notes" following the song at a Latin
    "Vita Euflami" (Life of Saint Efflam) which tells us how the Saint's relics were discovered, -along with a document called "letter", and transferred to Plestin in 999. In this version, Enora crosses the sea in an Irish leather boat ("coracle") and land in Yaudet (see map below).
    Like in many other "vitae" (Life of St Patern, St Kado, St Gildas, St Carantec), Arthur plays here a pitiable part: he can't manage to kill the dragon without the help of the Saint. Some historians infer that the "vitae" are older than the "History of the Kings of Britain" written in Latin between 1135 and 1138 by Geoffroy of Monmouth, where Arthur is the positive hero extolled, from then on, in all fiction, including Breton folk songs (See note to March of Arthur).
    The
    description of the forest (where Efflam succeeded a previous hermit, St Gestin), as a magic place, where no one was so rash as to even pick up rotten branches fallen onto the ground, is a paraphrase of the description of the Marseilles forest by the Latin poet Lucan.
    The "Vita Euflami" contains allusions to
    two donations, one made as a compensation by the "tyrant' of Yaudet who had been paralyzed by the Saint when he tried to rape Enora.
    The other donation was made by "the king", whom
    the Rev. Albert Le Grand, in his "Lives of the Saints of Brittany" written at the beginning of the 17th century, considered to be Duke Geoffrey I who reigned from 992 till 1008.
    The legend is also found in a 1575 collection of prayers for Plestin church, then in Albert Le Grand's book and in a score of Breton hymns, among them the present song.

    In a version of the song collected by
    Anatole Le Braz (1859-1926) in Saint-Efflam village, we read:
    "Every year on Christmas eve (this dragon) claimed a human prey of choice: royal offspring. The victim was brought for him, at sunset, to the foot of the rocky headland towering over the Strand League, half way between Saint-Michel-en-Grève and Plestin-les-Grèves, known therefore as Roc'h Al Laz (The Murder's Rock). The monster was also fed with stillborn, unchristened children.
    A superhuman being, both divine and royal, -Arthur in the present case-, is called upon to kill the dragon, but is unable to overcome without the help of a hero. This schema can be traced back to the remotest antiquity. We know, in fact, a
    Hittite text (1900 - 1100 BC) recounting the similar story of Hupasiya and his mistress...Inara, (a name very much reminding of Enora)!

    The Saint Efflam Fountain at Plestin-Les-Grèves
    For mysterious(?) reasons, Efflam is invoked by jealous husbands!
    The source the Saint made spurt out from the rock is used to check how reliable a couple's relationship is. The test consists of floating on the outpouring flow two bits of bread, one of them representing the future bride, and the other the bridegroom. The water flows into a basin, and from there whirls into a gully. If the two bits of bread stay the same distance from one another, all the way down, the couple is sure to marry soon. If they don't, maybe they never will.
    This ritual is the revival or the continuation of an older one, involving three pieces of bread, representing respectively, the wife, the husband and the Saint. If the latter drifts away from the other two, the husband has a good reason for being suspicious (according to Anatole Le Braz, late 19th century).

    Celibacy of priests
    The First Council of Arles (314) enacted legislation forbidding all bishops, priests, and deacons to have conjugal relations with their wives on penalty of exclusion from the clergy with a wording suggesting the maintaining of a previously established tradition, reaching as far back as apostolic times. Therefore, the Breton hagiographers were ill at ease when they had to report on Saints of both genders who were married, like in the present case which could be considered an allegory of the confession bench (Efflam listening to Enora through the door -See also "the Dangers of Confession" in the footnote to The Exiled Priest).

    Oral tradition
    The last verse of this hymn points out the outstanding importance of oral tradition in Breton literature, a feature common to the Celtic world as a whole, already mentioned by Ceasar in his "Gallic Wars" (chap. 12, par.14).
    This ancient and demanding tradition accounts for the very long "gwerzioù", included in particular in the Barzhaz. They convey all sorts of legends, historical facts and anecdotes, in a way apt to preserve the truth and assist memory.

    The Green Rock
    The manifoldness of the tales intertwined in this fiction is paralleled by the multiplicity of the names given the rock overhanging the Strand League.
    In the present song it is named
    "Roc'h c'hlas" (the Green Rock).
    In the last verse of Gwenc'hlan's prophecy, it is referred to as the
    "Roc'h Al Laz" (Murder Rock).
    The Latin "Vita" calls it
    "Roc'h Hyrglas" (Great Green Rock)...
    Anatole Le Braz titles it
    "Roc'h Kerlèz" in his "Old stories of the Breton land".
    The folklorist Francis Luzel (1821-1895) records some other names in the "Brittany and Vendée Review", 1865:
    Roc'h Kellaz, Roc'h Garlan, Roc'h Laz.
    In the following modern poem by Charles Goffic, "Ar Roc'h Allas", the title should be understood as the "Woe Rock":

    "Etal ar c'hozh stankoù a zo ur garreg glas
    Ur garreg glas ha krenn añvet ar "Roc'h Allas".
    Ha war ar garreg-se neb a ra e ziskuizh,
    A chom 'vit e vuez disjoa ha langis...

    "Over the stagnant pools there looms a gloomy rock,
    Dull and steep "Roc'h Allas", the Rock of hopeless walk.
    Whoever on his way stops here, hoping for rest,
    Will remain forever despondent and distressed..."

    It appears, on the Michelin map below, that the more trivial name "Grand Rocher" (Big rock) is preferred nowadays.

    to Breton SaintsTo know more about Breton Saints






    Sant Ronan Tour an Arvor