Le Roi Renaud

King Renaud

Complainte du XVème siècle

De gauche à droite: Gérard de Nerval, Eugène Rolland, Gaston Paris, Paul Sébillot, Vincent d'Indy


Pot-pourri de mélodies diverses
Fond sonore de la présente page
Arrangements Christian Souchon (c) 2014

La "découverte" d'un antique chant populaire

  • Bien que cette chanson ait fait son entrée officielle dans la littérature française en 1842, lorsque Gérard de Nerval (1808 - 1855) en publia une version dans la revue "La Sylphide", c'est dans la première édition du recueil de chants bretons, le "Barzhaz Breizh", celle de 1839, page 22, qu'on la trouve citée pour la première fois. L'auteur du recueil, La Villemarqué indique :
    "Les fragments que [j'ai] pu recueillir [auprès de ma] mère, (laquelle l'avait apprise en 1788 à Hennebont, en Morbihan", nous dit-il par ailleurs), sont une traduction exacte des stances bretonnes..."
    Il s'agit des strophes 11/12, 14 et 19 dans la version ci-dessous que l'on peut effectivement rapprocher des strophes 25-26, 30-31 et 33-34 de la "gwerz" bretonne "An Aotroù Nann":

    11.3 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Pourquoi les sings (cloches) sonnent ainsi?

    12.1 - Ma fille, on fait la procession
    Tout à l'entour de la maison.
    14.1 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Quel habit mettrai-je aujourd'hui?

    14.3 - Prenez du noir, prenez du blanc
    Mais le noir est plus convenant....
    19.1 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Pourquoi la terre est rafraîchie?

    19.3 - Je ne peux plus vous le cacher:
    Votre mari est enterré. -

  • Quant à la version basse-bretonne de ce chant de "La mort cachée", si ledit La Villemarqué en avait publié une traduction intitulée "La Korik" deux ans plus tôt dans la "Revue de Paris" du 7 mai 1837, il avait été précédé de 2 ans par son compatriote Louis Dufilhol qui avait fait paraître ce chant sous le titre de "Sonenn Jertrud hag he mamm" (chanson de Gertrude et sa mère), en 1835.
  • Ces érudits bretons devançaient ainsi, de peu il est vrai, la publication en 1838, par l'essayiste vénitien Luigi Carrer, dans "Prose e Poesie", tome IV, d'une version résumée ("très inexactement", selon le folkloriste George Doncieux) et en prose de l'histoire, assez semblable, du Comte Angiolino ou Anzolin;
  • Luigi Carrer fut bientôt suivi, en 1841, par les Allemands Haupt et Schmaler qui donnèrent une version wende (des Slaves de l'Elbe) de la ballade de la "Mort cachée".
  • L'article de G. de Nerval de 1842 suscitera de nombreuses publications de versions françaises entre 1848 et 1857: George Doncieux cite, pour la France (oïl et oc), une cinquantaine d'auteurs et une soixantaine de versions entre 1848 et 1900!
    Beaucoup de ces sources sont, outre des recueils spécialisés, des revues consacrées aux traditions orales parlées ou chantées telles que:
    - le "Recueil des poésies populaires de la France" composé, en application du décret pris par le ministre de Napoléon III, Hippolyte Fortoul, selon les "Instructions" de Jean-Jacques Ampère publiées en 1852: 17 versions;
    - la revue "Romania" fondée en 1872 par Gaston Paris (1839 - 1903), médiéviste et philologue des langues romanes, professeur au Collège de France, membre de l'Institut en 1876 et de l'Académie française en 1896: 20 versions;
    - la revue "Mélusine" créée par le celtologue et folkloriste Henri Gaidoz (1842 - 1932) avec son ami Eugène Rolland (1846 - 1909) dont il publia les travaux après son décès: 11 versions;
    - la "Revue des Traditions populaires" créée par le folkloriste Paul Sébillot (1843 - 1918) en même temps que la Société des traditions populaires: 5 versions.
    Bien entendu, un certain nombre de versions sont reproduites dans deux ou plusieurs revues.
  • L'Allemand Georg Widter pour la Vénétie et le Tchèque Karl Erben pour la Bohème continueront l'investigation de ce thème paneuropéen en 1864.
  • Ces exemples seront suivis à partir de 1870 dans les domaines piémontais, vénitiens et catalans par des érudits des deux péninsules: Giuseppe Ferraro, Costantino Nigra, Antonio Ive d'une part et Frances Pelai-Briz et Manuel Milà y Fontanas, d'autre part. Le très riche domaine hispanique achèvera d'être étudié bien plus tardivement par Diego Catalàn.
  • Enfin le Danois Sven Grundtvig dans son étude sur le chant Elveskud et l'Américain F-J. Child, à propos de la ballade Clerk Colvill feront, chacun de leur côté, la synthèse des matériaux publiés en 1881 et 1882.
  • Leur œuvre sera parachevée en 1903 par George Doncieux dans le "Romancero populaire de la France", publiée en 1904, après sa mort, par son ami, le musicologue Julien Tiersot.
  • The "discovery" of an ancient folk song

  • Though this song was allegedly first recorded in French papers in 1842, when Gérard de Nerval (1808 -1855) published a version of it in the journal "La Sylphide", it was in the first edition of the collection of Breton songs "Barzhaz Breizh" in 1839, on page 22, that it is first mentioned. As stated by the collector La Villemarqué:
    "The fragments [I] was able to collect [as they were sung by] my mother, (who had learnt it, so he writes elsewhere, in 1788 in Hennebont in Morbihan), are an exact translation from the Breton..."
    The stanzas referred to are stanzas 11/12, 14 and 19 which may really be compared with stanzas 25-26, 30-31 and 33-34 in "Aotroù Nann".

    11.3 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Pourquoi les sings (cloches) sonnent ainsi?

    12.1 - Ma fille, on fait la procession
    Tout à l'entour de la maison.
    14.1 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Quel habit mettrai-je aujourd'hui?

    14.3 - Prenez du noir, prenez du blanc
    Mais le noir est plus convenant....
    19.1 - Oh! dites-moi, ma mère m'amie,
    Pourquoi la terre est rafraîchie?

    19.3 - Je ne peux plus vous le cacher:
    Votre mari est enterré. -

  • As for the said Breton version, if La Villemarqué had published it in French translation two years earlier, under the title "La Korik", in the 7th May 1837 copy of the journal "Revue de Paris", he came two years after the publishing of a very similar Breton version, as "Sonenn Jertrud hag he mamm", by Louis Dufilhol, in 1835.
  • These Breton scholars were however still ahead of the Venitian author Luigi Carrer, who published in 1838 in his essay "Prose e Poesie", part IV, a very much abridged ("inaccurately abridged", as stated by the French folklorist Doncieux) prose narrative of the roughly similar tale of Count Angiolino or Anzolin.
  • He was soon followed in 1841, by the Germans Haupt and Schmaler who presented a Wendish (West-Slavic) version of the ballad "The concealed Death".
  • G. de Nerval's article, in 1842, prompted a great many collectors to publish French versions of the song between 1848 et 1857. George Doncieux quotes about fifty authors and nearly sixty versions between 1848 and 1900!
    Many of these sources are, beside individual collection books, periodicals dedicated to spoken or sung oral tradition like:
    - the "Recueil des poésies populaires de la France" composed, pursuant to a decree by Napoléon III's minister, Hippolyte Fortoul, in accordance with the "Instructions" published by Jean-Jacques Ampère in 1852: 17 versions;
    - the review "Romania" founded in 1872 by Gaston Paris (1839 - 1903), medievalist and Romance languages philologist, professor at the Collège de France, member of the Institute in 1876 and of the French Academy in 1896: 20 versions;
    - the review "Mélusine" created by the Celtic philologist and folklorist Henri Gaidoz (1842 - 1932) in collaboration with his friend Eugène Rolland (1846 - 1909) whose works he published after his death: 11 versions;
    - the "Revue des Traditions populaires" founded by the folklorist Paul Sébillot (1843 - 1918) along with the Société des traditions populaires: 5 versions.
    Of course, a certain amount of versions are included in two or more reviews.
  • The German Georg Widter for Venetia and the Czech Karl Erben for Bohemia went on investigating this pan-European theme and published the stuff gathered in 1864.
  • These examples were to be followed as from 1870 in the Piedmontese and Catalan investigation areas by scholars of both peninsulas. Giuseppe Ferraro, Costantino Nigra, Antonio Ive on the one hand, and Frances Pelai-Briz and Manuel Milà y Fontanas, on the other hand. The fruitful Hispanic area was to be closely examined only recently by Diego Catalàn.
  • Later still the Dane Sven Grundtvig in his survey of the song Elveskud and the American F-J. Child, in connection with the ballad Clerk Colvill synthesized all the hitherto published songs, respectively, in 1881 and 1882.
  • The finishing touches were put to their work, in 1903 by George Doncieux in his "Romancero populaire de la France", published in 1904, after his death, by his friend, the musicologist Julien Tiersot.


  • 1° Le Roi Renaud et Jean Renaud

    Le roi Renaud
    Version chantée enregistrée à Namur.
    Extrait d'un fichier MP3 communiqué par M. Padrig Kobis

    LE ROI RENAUD


    publié dans "Romancero populaire
    de la France" par George Doncieux,
    p. 87 et ss. en décembre 1903.


    1. Le roi Renaud [1] de guerre revint,
    Portant ses tripes dans ses mains.
    Sa mère était sur le créneau
    Qui vit venir son fils Renaud:

    2. "Renaud, Renaud, réjouis-toi!
    Ta femme est accouchée d'un roi."
    "Ni de ma femme, ni de mon fils
    Je ne saurais me réjouir.

    3. Allez ma mère, allez devant;
    Faites-moi faire un beau lit blanc:
    Guère de temps n'y resterai,
    A la minuit trépasserai.

    4. Mais faites-le faire ci-bas,
    Que l'accouchée n'entende pas."
    Et quand ce vint sur la minuit
    Le roi Renaud rendit l'esprit.

    5. Il ne fut pas le matin jour
    Que les valets pleuraient toujours;
    Il ne fut temps de déjeuner
    Que les servantes ont pleuré.

    6. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Que pleurent nos valets ici?"
    "Ma fille, en baignant nos chevaux,
    Ont laissé noyer le plus beau."

    7. "Et pourquoi donc, mère m'amie,
    Pour un cheval pleurer ainsi?
    Quand le roi Renaud reviendra,
    Plus beaux chevaux ramènera.

    8. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Que pleurent nos servantes ici?"
    "Ma fille, en lavant nos linceuls, (*)
    Ont laissé aller le plus neuf."

    9. "Et pourquoi, mère m'amie,
    Pour un linceul pleurer ainsi?
    Quand le roi Renaud reviendra,
    Plus beaux linceuls on brodera.

    10. Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Qu'est-ce que j'entends cogner ainsi?"
    "Ma fille, ce sont les charpentiers
    Qui raccommodent le plancher."

    11. Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Qu'est-ce que j'entends sonner ici?"
    "Ma fille, c'est la procession
    Qui sort pour les Rogations." [3]

    12. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Que chantent les prêtres ici?"
    "Ma fille, c'est la procession
    Qui fait le tour de la maison."

    13. Or, quand ce fut pour relever,
    A la messe elle voulut aller;
    Or, quand ce fut passé huit jours,
    Elle voulut faire ses atours:

    14. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Quel habit prendrai-je aujourd'hui?"
    "Prenez le vert, prenez le gris,
    Prenez le noir pour mieux choisir."

    15. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Ce que noir-là signifie?"
    "Femme qui relève d'enfant,
    Le noir lui est bien plus séant."

    16. Mais quand elle fut parmi les champs,
    Trois pastoureaux allaient disant:
    "Voilà la femme de ce seignour
    Que l'on enterra l'autre jour."

    17. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Que disent ces pastoureaux-ci."
    "Ils disent d'avancer le pas
    Ou que la messe n'aurons pas."

    18. Quand elle fut dans l'église entrée,
    Le cierge on lui a présenté.
    Aperçut, en s'agenouillant,
    La terre fraîche sous son banc;

    19. "Ah, dites-moi, mère m'amie,
    Pourquoi la terre est rafraîchie?"
    "Ma fille, ne vous le puis celer,
    Renaud est mort est enterré."

    20. "Renaud, Renaud, mon réconfort,
    Te voilà donc au rang des morts;
    Divin Renaud, mon réconfort,
    Te voilà donc au rang des morts!

    21. Puisque le roi Renaud est mort,
    Voici les clefs de mon trésor;
    Prenez mes bagues et mes joyaux,
    Nourrissez bien le fils Renaud. [4]

    22. Terre, ouvre-toi, terre, fends-toi,
    Que j'aille avec Renaud mon roi!"
    Terre s'ouvrit, terre fendit,
    Et ci fut la belle engloutie. [5]

    (*) "linceul" a, outre le sens actuel, le sens
    de "drap de lit" jusqu'au XVIIème siècle
    JEAN RENAUD (*)


    Extrait de l'article publié par Gérard de Nerval
    dans la revue "La Sylphide" en 1842.
    Le même chant sera publié par Prosper Tarbé, comme
    recueilli dans le Vermandois dans "Romancéro de
    Champagne", Volume II, P.125 en 1863.

    "Pourtant comparons encore la chanson
    que je vais citer à tous ces bouquets
    à Chloris qui faisaient vers ce temps
    l’admiration des belles compagnies.


    1.1 Quand Jean Renaud d'la guerre revint,
    Il en revint triste et chagrin:
    2.1 - Bonjour ma mère! - Bonjour mon fils!
    Ta femme est accouchée d'un petit.

    3.1 - Allez, ma mère, allez devant!
    Fait's-moi dresser un beau lit blanc!
    4.1 Mais faites-le dresser si bas,
    Que ma femm' ne l'entende pas!

    4.3 Et quand ce fut vers le minuit,
    Jean Renaud a rendu l'esprit,"

    Ici la scène de la ballade change et se
    transporte dans la chambre de l’accouchée:


    a. "La mère se prit à pleurer,
    La pauvre femme à écouter.

    b. - Ah! dites, ma mère, ma mie,
    Ce que j'entends clouer ici?
    c. - Ma fille, c'est le charpentier
    Qui raccommode le plancher.

    11.1 -Ah! dites, ma mère, ma mie
    Ce que j'entends chanter ici?
    11.3 Ma fille c'est la procession
    Qui fait le tour de la maison!

    d. - Mais, dites, ma mère, ma mie,
    Pourquoi donc pleurez-vous ainsi?
    19.3 - Hélas je ne puis le cacher:
    C'est Jean Renaud qui est décédé.

    e. Ma mère dites au fossoyeux
    Qu'il fasse la fosse pour deux
    f. Et que l'espace y soit si grand
    Qu'on y enferme aussi l'enfant." [4]

    "Ceci ne le cède en rien aux plus touchantes
    ballades allemandes, il n’y manque qu’une
    certaine exécution de détail qui manquait
    aussi à la légende primitive de Lénore et à
    celle du roi des Aulnes, avant Goethe et Burger."


    (*) Le folkloriste italien Costantino Nigra invitait son collègue français Gaston Paris, à ne pas escamoter le titre de roi ou à appeler la chanson "Renaud" (sans prénom). Dans la plupart des versions , Renaud, Olaf, Nann, etc. est un grand personnage et cette circonstance n'est pas anodine.


    **********



    Si la première strophe de cette complainte est assez horrible, la version ci-dessus de la strophe 21 (strophe e de "Jean Renaud") citée par Gérard de Nerval est encore pire.
    George Doncieux, soupçonne Nerval d'avoir "interpolé" le texte authentique en visant un effet "romantique". Mais il cite lui-même des références (Parisis, Angoumois, Valois,...) qui montrent que cette version particulièrement tragique existait réellement dans la tradition.
    KING RENAUD


    published in "Romancero populaire
    de la France" by George Doncieux,
    p. 87 and ff. in December 1903.


    1. King Renaud [1] returned from the war,
    carrying his guts in his hands.
    His mother was on the battlement;
    she saw her son Renaud coming.

    2. "Renaud, Renaud, rejoice!
    Your wife has given birth to a king."
    "I shall not be able to rejoice
    in my wife or my son.

    3. Go, mother, go on ahead;
    make me a fine white bed.
    Scarce any time remains to me:
    at midnight I shall die.

    4. But make it for me down here,
    so that she-who-is-in-childbed may not hear."
    And when midnight came,
    King Renaud let go his soul.

    5. It was not yet the dawn of the day,
    and the menservants were all weeping;
    it was not yet time for the morning meal,
    and the women servants were all weeping.

    6. "Ah, tell me, mother dear,
    why do our menservants weep?"
    "My daughter, while bathing our horses,
    they have let the finest one drown."

    7. "And why, mother dear,
    should they weep so for a horse?
    When King Renaud returns,
    he will bring finer horses.

    8. Ah, tell me, mother dear,
    why do our women servants weep?"
    "Dear, while washing our linen sheets
    they have lost the newest."

    9. "And why, mother dear,
    should they weep so for a linen sheet?
    When King Renaud returns,
    he will buy finer linen sheets.

    10. "Ah, tell me, mother dear,
    what is that hammering that I hear?"
    "My daughter, it is the carpenters
    repairing the floor."

    11. "Ah, tell me, mother dear,
    what is that ringing that I hear?"
    "My daughter, that is the procession
    leaving for Rogation." [3]

    12. "Ah, tell me, mother dear,
    what are the priests singing?"
    "My daughter, that is the procession
    going around the house."

    13. When it was time for her to get up again,
    she wanted to go to Mass; now,
    when eight days were passed,
    she wanted to get dressed.

    14. "Ah, tell me, mother dear,
    which dress should I wear today?"
    "Wear the green, wear the grey;
    black would be a better choice."

    15. "Ah, tell me, mother dear,
    why the black?"
    "Black is far more fitting for a women
    who rises from childbed."

    16. Now, when they were amidst the fields,
    three shepherds went by, saying:
    "There is the wife of the lord
    who was buried the other day."

    17. "Ah, tell me, mother dear,
    what are those shepherds saying?"
    "They are telling us to increase our pace
    or we will miss Mass."

    18. When she entered into the church,
    she was given a candle.
    As she knelt down, she saw
    fresh earth beneath her pew.

    19. "Ah, tell me, mother dear,
    why has the earth been turned over?"
    "My daughter, I cannot hide it from you;
    Renaud is dead and buried."

    20. "Renaud, Renaud my comfort,
    there you are in the ranks of the dead..."
    "Renaud, Renaud my comfort,
    there you are in the ranks of the dead..."

    21. Since King Renaud is dead,
    here are the keys to my treasure;
    take my rings and my jewellery;
    take good care of my son Renaud. [4]

    22. Open up, Earth, break apart,
    so that I may go with Renaud my king!"
    The Earth opened, the Earth broke apart;
    thus was the fair maid swallowed up. [5]

    Translated by Malcolm Douglas
    (The Mudcat Café -See "Links")
    JEAN RENAUD (*)


    Excerpt from an article published by Gérard de
    Nerval in the revue "La Sylphide" in 1842.
    The same song was published by Prosper Tarbé,
    as collected around Saint-Quentin, in "Romancéro
    de Champagne", Volume II, P.125 in 1863.

    "Yet let us compare the song below
    with all these fashionable posies
    for Chloris that were at that time
    admired by elegant people:


    1.1 When Jean (=John) Renaud returned from war,
    He was sad and downcast:
    2.1 - Good day, mother! - Good day, my son!
    Your wife gave birth to a child.

    3.1 - Go, mother, go on ahead!
    Make me a fine white bed!
    4.1 But have it made in the cellar,
    So that my wife may not hear!

    4.3 And when midnight came,
    Jean Renaud gave up the ghost,"

    Here a scene-change takes place and
    we are now in the new mother's room:


    a. "The mother suddenly cried,
    The poor woman suddenly listened.

    b. - Oh, tell me, mother dear,
    What do they nail around here?
    c. - My daughter, it's the carpenter
    Who is mending the wooden floor.

    11.1 - Oh, tell me, mother dear,
    What are they singing here?
    11.3 - Daughter that is the procession
    That is passing around our house!

    d. - But tell me, mother dear,
    Why do you weep so much?
    19.3 - Allas, I cannot hide it from you:
    It is because Jean Renaud is dead.

    e. O mother tell the grave digger
    That he must dig a grave for two
    That the grave must be large enough
    To enclose the child therein, too. [4]

    "This can by all means vie with the most touching
    German ballads, but for some skill
    in polishing up details that was also
    missing in the original tales of Lenore and
    Erlking, until Goethe and Burger had a hand in them."


    (*) The Italian folklorist Costantino Nigra incited his French Colleague Gaston Paris, not to conjure away the title "King" or to name the song "Renaud" (without any first name). In most versions , Renaud, Olaf, Nann, etc. is a prominent person and this circumstance plays an important part in the story.


    **********



    The first stanza in this lament is rather horrific, but far more so is a variant to stanza 21 (stanza e of "Jean Renaud") quoted by Gérard de Nerval:
    George Doncieux suspected that Nerval had "tampered with" the authentic lyrics, because he was fond of "romantic effects". However he himself quoted references (Parisis, Angoumois, Valois,...) showing that this thoroughly dramatic version did exist in the genuine tradition.


    2° Le roi Louis

    King Louis

    Chanté par Jean-Yves Le Bot sur un texte tiré du cahier de chants de sa mère, Jeanne le Roux, née à Muzillac (Morbihan) en 1904
    Enregistrement MP3

    (Source: communiqué par M. Padrig Kobis)
    L'antiquité de ce chant

    Ce qui dans ce chant a fasciné tant de savants barbus (cf. photos ci-dessus), c'est tout d'abord sa haute antiquité.
  • Les mélodies sur lesquelles il est chanté dans le domaine francophone, la laissent pressentir. Elles sont presque toutes dans le même mode, le premier ton du plain-chant et présentent le même rythme et la même structure.
    Selon l'historien Henri Irénée Marrou (1904-1977), auteur sous le pseudonyme d'Henri Davenson du "Livre des chansons" paru en 1943, cette mélodie est apparentée au cantique "Ave, Maris Stella" , ainsi qu'au choral "Erschienen ist der herrlich Tag" (bwv629) qui en est un arrangement par Jean Sébastien Bach.
    Ce cantique est attribué soit à Venance Fortunat (530 - 609), soit à Paul Diacre (720 -800).
  • L'ancienneté de cette pièce ressort également de son . contenu. Le folkloriste George Doncieux, dans son ouvrage fameux "le Romancero populaire de la France" (1904), p.92, donne une variante de la seconde moitié de la strophe 11:

    "On sonne pour le roi Henri
    Qui fait son entrée dans Paris..."


    qui, outre certains détails linguistiques, laisserait penser que la chanson se chantait dès 1594, date à laquelle cet événement à eu lieu.
  • Par ailleurs, le chant de Haute-Bretagne ci-après qui s'ouvre sur un prologue fantastique qui n'existe pas dans la plupart des versions du domaine français, suggère que le chant de la "Mort cachée" procède du chant bas-breton qui a été transmis par les Bretons bilingues aux provinces francophones. Or, une variante bretonne collectée par Jean-Marie de Penguern, "1° Le Comte Trador", nous apprend, à la strophe 12, que:

    "Frañs ar Roue a zo marv/ Ma soner glaz dezhañ e pep bro"
    (François le roi est mort / Et l'on sonne le glas pour lui dans chaque canton).


    S'il s'agit de François I, ce qui est probable, cela daterait la ballade armoricaine de 1547.
  • M. Donatien Laurent signale l'existence de deux autres types de prologue au "Roi Renaud" breton: "Dans la région de Rennes, l'histoire dit que le "fils Louis" est emprisonné à Paris pour vols dans une église, et il est condamné à mort au grand désespoir de sa mère. La scène se transporte alors dans le château en Bretagne où la femme de Louis vient d’accoucher… et l’on retrouve la version habituelle!" (conférence donnée au Canada sur le "rôle des marges linguistiques dans la transmission des chants traditionnels").
    Dans le second type, que l'on rencontre essentiellement autour de Nantes, l'épisode merveilleux subsiste mais, peut-être sous l'influence du clergé qui se méfiait des histoires fantastiques, la Mort personnifiée y remplace la fée (ou les 3 fées du chant qui va suivre):

    En son chemin a rencontré
    La Mort qui lui a demandé:
    ...
    – Veux-tu mourir dès à présent
    ou d’être sept ans languissant?


    M. Laurent y voit le chaînon manquant entre les versions "fantastiques" armoricaines et leurs homologues "rationnelles" des marges françaises.
  • The ancientness of the song

    It was the evident ancientness of the song that prompted at the fist place so many bearded scholars (see the picture above!) to investigating it.
  • The melodies sung to it in the French speaking areas usually are antiquated tunes featuring the same musical mode, the first tone of plainsong, the same rhythmical structure and the same setting-up.
    According to the historian Henri Irénée Marrou (1904-1977) who published in 1943 under the nom-de-plume Henri Davenson the "Livre des chansons", the tune is akin to the hymn "Ave, Maris Stella", as well as to the carol "Erschienen ist der herrlich Tag" (bwv629), which is the name by which Johann Sebastian Bac'h's arrangement goes.
    This hymn is ascribed to either Venance Fortunat (530-609), or Paul Diacre (720-800).
  • The antiquity of the ballad also may be inferred from the lyrics themselves. The folklorist George Doncieux, in his famous work "Romancero populaire de la France" (1904), on page 92, gives a variant to the second half of stanza 11:

    "They ring the bells for king Henry
    Who makes his entry in Paris"


    hinting, beside some linguistic particulars, at the fact that in 1594, when this event occurred, the ballad was already sung.
  • Besides, the below song from French-speaking Brittany that opens up with a supernatural prologue that is left out in most versions in French language, suggests that the "Concealed death" ballad was derived from the Breton language lament and carried over from Celtic Brittany into "Inner France" by bilingual singers. Now, a Breton variant collected by Jean-Marie De Penguern, "1° Count Trador", mentions, in stanza 12, that:

    "Frañs ar Roue a zo marv/ Ma soner glaz dezhañ e pep bro"
    (François the king is dead, and they toll the knell for him in each shire).


    If King Francis I is meant, which is probable, this would allow to date the ballad to 1547.
  • M. Donatien Laurent points out two other kinds of prologues to the Breton "King Renaud": "In the Rennes area, the narrative states that "Son Louis" is in Paris jails for robbing a church ans he is sentenced to death, much to his mother's despair. The story continues in Brittany, in Louis' manor where his wife has just given birth to a child… and here begins the usual narrative!" (Conference given in Canada on the role assumed by linguistic borderlands in spreading on oral lore).
    In the songs of the second kind, that were recorded above all in the Nantes area, the fantastic episode is kept, but possibly due to the influence of the clergy who were distrustful of fairies, Death personified replaces there the fairy (or the three fairies in the present case):

    On his way he encountered
    Death who has asked him:
    ...
    – Do you want to die straightway
    or to be wilting seven years?


    In M. Laurent's opinion this version is the "missing link" between the Celtic Breton "supernatural" versions and their "rational" counterparts in the French speaking borderland.


  • 1. Le roi Louis s'en va chasser
    Dans un pays bien éloigné
    Dans son chemin a rencontré
    Trois jeunes filles mal à ses grés.

    2. La plus jeune lui a demandé:
    - Beau lion d'or veux-tu m'aimer?
    - Comment veux-tu que je t'aimerais?
    J'ai femme et enfants dans Paris!

    3. - Beau lion d'or, tu m'aimeras
    Ou bien la mort tu subiras!
    -J'aimerais mieux une mort subite
    Que d'être sept ans à languir. -

    4. La mère qu'était sur son pavé
    Pour entendre son cheval marcher,
    En entendant le cheval marcher
    Le savait malade ou fâché.

    5. - Hélas réjouis-toi, Louis,
    Voilà qu'on t'emmène un beau fils!
    - Hélas, comment se réjouir
    Un homme qui se voit mourir?

    6. Voilà ma châsse au pied de mon lit
    Et mon linceul pour m'ens'velir!
    Ma mère, ma mie, montez là-haut!
    Montez là-haut, faites mon lit!

    7. Faites mon lit, faites-le bien,
    Que ma femme n'en saura de rien! -
    Vers les huit heures on entendit
    Les servantes mises à crier.

    8. - O dites-moi donc, ma mère, ma mie,
    Qu'ont-donc nos servantes à crier?
    - Elles étaient hier au lavoir:
    C'est un linceul qu'est égaré.

    9. - Voilà donc bien du bruit mené
    Pour un linceul qu'est égaré! -
    Vers les dix heures on entendit
    Les valets pousser les hauts cris.

    10. - O dites-moi donc, ma mère, ma mie,
    Qu'ont-donc nos valets à crier?
    - Hélas, ma fille, je te l' dirai
    C'est un cheval qui s'est noyé.

    11. - Voilà donc bien du bruit mené
    Pour un cheval qui s'est noyé!
    Le roi Louis qu'est dans Paris
    En achètera de bien plus jolis! -

    12. Le dimanche s'est approché:
    - Ma mère, faudra nous emmener. -
    Et quand elle fut pour s'habiller,
    Une robe noire lui ont présenté.

    13. Une robe noire lui ont présenté
    Et du rouge elle voulait porter.
    - Oh, dites-moi donc, ma mère, ma mie,
    Pourquoi me donner cet habit?

    14. - Ma fille, toute femme qu'élève enfant,
    Du noir lui est bien avenant. -
    Et quand elle fut par les chemins,
    Les pastoureaux s'entre-disaient:

    15. - Voilà la veuve du roi Louis
    Qui s'en vient de messe aujourd'hui!
    - Oh, dites-moi donc, ma mère, ma mie,
    Qu'est-ce que ces pastoureaux ont dit?

    16. - Hélas, ma fille, c'est leur chanson
    Qu'ils disent en gardant leurs moutons. -
    Quand elle fut proche du bénitier,
    Elle vit une bell' tomb' dorée.

    17. - O dites-moi donc, ma mère, ma mie,
    A qui cett' bell' tomb' si jolie?
    - Hélas je ne peux plus l' cacher
    C'est ton mari qu'est décédé! -

    18. Elle poussa là de si hauts cris
    Que le ciel et la terr' s'ouvrit.
    - Pourquoi me l'avoir tant caché?
    Mon plus grand chagrin s'rait passé.

    19. Allez-vous en, ma mère, ma mie,
    Donner du pain à nos enfants,
    Tandis que moi, je m'en irai
    Quand mon mari m'aura causé.

    20. - Allez-vous en, ma femme, ma mie,
    Donner du pain à nos enfants!
    Nos enfants ont de bons parents
    Qui leur donneront du pain souvent. -
    1. King Louis went hunting
    In a far and remote land
    On his way he encountered
    Three maidens not much to his taste.

    2. The youngest asked him:
    - Fair golden lion, will you love me?
    - Say, how could I love you?
    I have a wife and children in Paris!

    3. - Fair golden lion, you shall love me
    Or you shall experience [once of these two kinds of] death!
    - I prefer to die at once
    Than to be wilting seven years. -

    4. His mother waited on the pavement
    Hoping to hear the tread of his horse.
    When she heard the tread of his horse
    She knew he was sick or in law spirits.

    5. - Alas, rejoice, Louis,
    Look at the pretty son they bring you!
    - Alas, how could rejoice
    A man who knows he is dying?

    6. Here's my coffin at my bed's foot
    And a shroud to wrap up me in!
    Mother dear, go upstairs!
    Go upstairs and make my bed!

    7. Make my bed and make it well,
    So that my wife doesn't know of it! -
    Around six o'clock the maids
    Were heard as they started to cry.

    8. - O tell me, mother dear,
    Why do our maids cry that way?
    - Yesterday at the washing place:
    A sheet was lost or flew away.

    9. - This is much too much ado
    About a sheet that was lost! -
    Around ten o' clock they heard
    The menservants cry loudly.

    10. - O tell me, mother dear,
    Why do our menservants cry that way?
    - Alas, daughter I shall tell you:
    It's because a horse was drowned.

    11. - This is much too much ado
    For a horse thet got drowned!
    King Louis is now in Paris
    He will buy some, much prettier! -

    12. Now it was Sunday's eve:
    - Mother you shall take us [to church]. -
    And when she was dressing,
    They gave her a black dress.

    13. They gave her a black dress
    While she 'd rather had put on a red one.
    - Oh, tell me, mother dear,
    Why do they give me that dress?

    14. - Daughter, to a woman after childbirth,
    Black is becoming. -
    When she was on her way,
    Shepherd children said to one another:

    15. - Here is the widow of King Louis
    Coming home from mass today!
    - Oh, tell me, mother dear,
    What did these shepherds say?

    16. - Alas, daughter, this is but a song
    They sing when guarding their flocks. -
    When she was near the stoup,
    She saw a beautiful golden tomb.

    17. - O tell me, mother dear,
    Whose grave is this pretty tomb?
    - Alas, I can't conceal it any more
    It is your husband's who is deceased! -

    18. She screamed so loud
    That heaven and earth cracked open.
    - Why did you conceal it so long?
    I had now nearly recovered from my grief .

    19. Go away, mother dear,
    And give some bread to our children!
    As for me I shall not go
    As long as my husband did not speak to me.

    20. - Go away, my dear wife,
    And give bread to our dear children!
    Our children have loving parents
    Who see to it that they have their daily bread. -


    3° Lo Comte Arnaud

    The Count Arnaud

    Dialecte de Quercy -Moderne (d'après la Complainte du Roi Renaud)
    Mélodie

    (Même mélodie que "Le Roi Renaud")
    Arrangement Christian Souchon (c) 2008

    Les versions occitanes

    S'agissant d'un chant remontant au XVème siècle et de diffusion très ancienne, on ne s'étonnera pas d'en trouver des versions dans les domaines franco-provençal et occitan. Voici la liste des provinces et départements cités par George Doncieux où l'on a noté des versions de cette complainte:

    Basse Bretagne, Loire Inférieure, Dinannais, Valois, Vermandois, Vendée, Pays de Retz, Blésois, Rouennais, Calvados Orléanais, Touraine, Loiret, Jura, Franche-Comté, Lorraine, Vosges, Vendômois, Charente, Deux-Sèvres, Parisis, Ain, Boulonnais, Angoumois, Nivernais, Wallonie, d'une part;

    Bourbonnais, Auvergne, Languedoc, Nice, Limousin, Forez, Velay, Gers, Lot, Lot et Garonne, Bas-Quercy, Creuse, Poitou, Hautes Alpes, Vivarais, Piemont italien, d'autre part.

    C'est à la seconde catégorie qu'appartient le chant ci-après:
    On trouvera d'autres versions du "Roi Renaud" sur ce site consacré au Livre des Chansons d'Henri Davenson.
    The Oc language versions

    As this 15th century lament spread throughout France at a very early stage no wonder if scores of versions in the Southern French dialects also exist. Here is a list of provinces and "départements" quoted by George Doncieux where one or more occurrences of the lament at hand were recorded:

    Lower Brittany, Loire Inférieure, Dinannais, Valois, Vermandois, Vendée, Pays de Retz, Blésois, Rouennais, Calvados Orléanais, Touraine, Loiret, Jura, Franche-Comté, Lorraine, Vosges, Vendômois, Charente, Deux-Sèvres, Parisis, Ain, Boulonnais, Angoumois, Nivernais, Walloon Belgium, on the one hand;

    Bourbonnais, Auvergne, Languedoc, Nice, Limousin, Forez, Velay, Gers, Lot, Lot et Garonne, Bas-Quercy, Creuse, Poitou, Hautes Alpes, Vivarais, Italian Piedmont, on the other hand.

    To the second category belongs the song below.
    Other versions of "King Renaud" will be found on this site which is dedicated to the Book of Songs by Henry Davenson.


    Lo comte Arnaud, lo chivalièr,
    Dins lo Piemont va batalhièr.
    "Comte Arnaud, ara te'n vas,
    Diga-nos quora tornaràs!

    -Per la Sant Joan, jo tornarèi
    E mort o viu aicí serèi,
    Ma femna deu, entà Sant Joan,
    Me rendre pair d'un bèl enfant."

    Mès la Sant Joan ven d'arribar,
    Lo comte Arnaud ven a mancar.
    Sa mair, del pus naut de l'ostal,
    Lo vei venir sus son caval.

    "Mair, fasètz far viste lo lièit,
    Que longtemps non i dormirèi;
    Fasètz-lo naut, fasètz-lo bas,
    Que ma miga n'entenda pas!

    -Comte Arnaud, de qué pensatz?
    Un bèl enfant vos quitariatz?
    -Ni per un enfant ni per dus,
    Mair, ne ressuscitarèi plus!

    -Mair, qu'es aqueth bruch dins l'ostal?
    Semblan las orasons d'Arnaud!
    - La femna que ven d'enfantar
    Orasons non deu escotar.

    -Mair, per la fèsta de doman,
    Quna rauba me botaràn?
    -La femna que ven d'enfantar
    La rauba negra deu portar.

    -Mair, perqué tant de pregadors?
    Qué dison dins las orasons?
    -Dison : "La que ven d'enfantar
    A la messeta deu anar".

    A la messeta ela se'n va,
    Vei lo comte Arnaud enterrar.
    -Aicí las claus de mon cinton,
    Tornarèi plus a la maison.

    Tèrra santa te cal dobrir,
    Vòli parlar a mon marit!
    Tèrra santa, te cal barrar,
    Amb Arnaud vòli demorar."
    Le comte Arnaud, le chevalier
    Dans le Piémont va batailler
    « Comte Arnaud, ores t’en vas,
    Dis-nous donc quand tu reviendras !

    -Pour la Saint-Jean je reviendrai
    Et mort ou vif ici serai
    Ma femme doit, pour la Saint-Jean
    Me rendre père d’un bel enfant.

    Mais la Saint Jean vient d’arriver
    Le comte Arnaud vient à manquer
    Sa mère du plus haut de l’hôtel
    Le voit venir sur son cheval.

    « Mère , vite faites faire mon lit
    Cela fait longtemps que n’y dormis
    Que ce soit en haut ou en bas,
    Mais que ma mie n’entende pas !

    - Comte Arnaud chassez ces pensers !
    Un bel enfant vous quitteriez ?
    -Ni pour un enfant ni pour deux
    Mère ressusciter ne peux !

    -Mère qu’est donc ce bruit dans l’hôtel ?
    On dirait l’oraison d’Arnaud !
    - La femme qui vient d’accoucher
    Oraison ne doit écouter.

    -Mère, pour la fête de demain
    Quelle robe revêtirai ?
    -La femme qui vient d’accoucher
    La robe noire doit porter.

    Que signifient tous ces prieurs ?
    Que disent-ils en leurs prières ?
    -Ils disent : celle qui vient d’accoucher
    A la messe il lui faut aller.

    A la messe donc elle s’en va
    Voit que le comte on l’enterre
    - Otez la clé de ma ceinture.
    Je n’irai plus à la maison.

    Sainte terre je te somme de t’ouvrir
    Je veux parler à mon mari !
    Sainte terre je te somme de te refermer
    Avec Arnaud je veux demeurer.-
    Earl Arnaud, the knight,
    Goes to Piedmont to battle
    "Earl Arnaud, you're leaving now
    Tell us when you come back."

    "On St John's day, I'll come back
    And dead or alive, I'll be here
    My wife must, on St John's day
    Make me the father of a nice child."

    But St John's day has come
    Earl Arnaud happens to be missing
    His mother, from the top of the house
    Sees him come on his horse.

    "Mother, have my bed quickly made
    For I won't sleep there for long
    Make it upstairs, make it downstairs
    But my beloved mustn't ear."

    "Earl Arnaud, what are you thinking of?
    Would you leave a nice child?"
    "Neither for a child nor for two,
    Mother, I won't resuscitate!"

    "Mother, what's that noise in the house?
    Seems to be Arnaud's prayers!"
    "The woman who's just given birth
    Mustn't listen to prayers!"

    "For tomorrow's celebration,
    Which gown will they dress me with?"
    "The woman who's just given birth
    Must wear a black gown."

    "Mother, why so many people praying?
    What do they say in their prayers?"
    "They say the one who's just given birth
    Must go to mass"

    To mass she goes
    And sees Earl Arnaud buried.
    "Here are the keys from my belt
    I won't go back home.

    Holy earth, you must open
    I want to speak with my husband!
    Holy earth, you must close,
    With Arnaud I want to stay."

    Translated by Monique
    -Mudcat Café (see Links)



    4°La Grande Renaud

    Lord Renaud

    Créole de la Réunion

    (Source: communiqué par M. Padrig Kobis)

    Mélodie
    Arrangement Christian Souchon (c) 2013

    Diffusion mondiale du chant

    Les investigations de George Doncieux et ses prédécesseurs portaient surtout sur la France métropolitaine, mais un chant aussi populaire ne pouvait pas ne pas suivre les voyageurs et les marins.
    Ci-après, on trouvera une version de la Réunion dont la fin est celle qu'a notée le musicien Vincent d'Indy (1851 - 1931) dans son Vivarais natal: le mort fait la morale à sa femme qui rentre aussitôt à la maison s'occuper des enfants.
    Worldwide spread of the song

    George Doncieux and his predecessors investigated above all Metropolitan France. However so popular a song could not be confined to the motherland. It travelled along with voyagers and sailors across the oceans.
    The next song is a version from the Réunion Island. It has the same happy ending as the one collected by the musician Vincent d'Indy (1851 - 1931) in his native Vivarais: the dead man lectures his wife who returns home at once to look after their children.


    1. La grande Renaud s'en tire en guerre
    En revenant, son tripe dans ses bras (twice)
    La grande Renaud s'en tire en guerre
    En revenant, son tripe dans ses bras (twice)

    2. - Chérie maman, mère chérie,
    Chérie maman, faire moi mon lit!
    Chérie maman, faire moi mon lit,
    Ainsi l' ta fils qui a z'un prêtre.

    3. - Chérie maman, mère chérie,
    Qu'est-ce qui m'y entends cogner z'en bas?
    - Ma fille, ma fille, c'est la prisonnière
    Y en train de couvrir notre maison.

    4. - Chérie maman, mère chérie,
    Mais c'est pourquoi tout le monde y regarde?
    - Ma fille chérie, je ne te peux plus cacher
    C'est votre mari m'on vient d'enterrer.

    5. Quand moi je prends mon parapluie
    Moi m'y s'en va jusqu'à la rivière.
    En arrivant à la rivière,
    Nous partirons jusqu'au cimetière. -

    6. Mais en arrivant au cimetière:
    - Tant bon, tant bon, tant l'apprécier,
    Tant bon, tant bon! Casser moi cette stèle!
    Moi n'en a des mots pour dire mon mari!
    Laisse-moi palabrer avec mon mari!

    7. - Mais allez, allez ma petite femme,
    Retourner toi à la maison!
    Retourner toi à la maison!
    Et joie nous va rejoindre en paradis.

    8. Mais allez, allez ma petite femme,
    Retourner toi à la maison:
    Tant beau s'y sent la fleur de rose!
    La mienne y sent la terre pourrie!
    1. Lord Renaud comes back from war
    Carrying his guts in his hands (bis)
    Lord Renaud comes back from war
    carrying his guts in his hands (bis)

    2. - Dear mother, O mother dear,
    Dear mother, make me my bed!
    Dear mother, make me my bed
    Have a priest fetched for your son!

    3. - Dear mother, O mother dear,
    Whom do I hear thumping upstairs?
    - My daughter, it's the prisoner
    Who's busy thatching our roof.

    4. - Dear mother, O mother dear,
    How is it that all look at us?
    - Daughter, I can't conceal it any longer:
    Your husband has just been buried.

    5. Now I'll take my umbrella
    And we'll go down to the river.
    We shall go along the river
    Down to the churchyard. -

    6. But when they were in the churchyard:
    - I love him so much, O so much,
    So much! I must break this tombstone!
    I've words to say to my husband!
    Don't you let me descend to him?

    7. - Away with you, my little wife!
    You must go back to your house!
    You must go back to your house!
    We'll rejoice together in paradise.

    8. Away with you, my little wife,
    You must go back to your house:
    Which is full of rose fragrance,
    Whereas mine smells of rotten earth!
    Version du Vivarais
    publiée par Vincent d'Indy
    dans "Revue des Traditions Populaires"
    XII, juin 1900
    La fin est similaire à celle du chant créole.





    5° On vit venir le roi Renaud

    They saw King Renaud coming

    Chant du Québec interprété par Rose Robichaud

    Enregistrement MP3
    (Source: communiqué par M. Padrig Kobis)
    Chants canadiens

    De nombreuses versions de ce chant existent encore au Canada, en particulier dans la partie située à l'est, que l'on appelle l'Acadie. Les Français s'y installèrent à partie de 1604, une preuve de plus de l'ancienneté de ce chant. La linguiste spécialiste de l'Acadie, Geneviève Massignon (1921-1936) en a recueilli une quinzaine lors de deux voyages en 1946 et 1961. Voici l'une d'entre elle, chanté par Rose Robichaud.
    Un hymne national de l'Acadie fut choisi lors de la convention nationale acadienne de Miscouche en 1884. En liaison avec le choix d'un drapeau, un drapeau français orné d'une étoile dorée, c'est le cantique latin en l'honneur de la Vierge Marie, "Ave Maris Stella" (Salut, Etoile de la mer). Comme on l'a dit plus haut, cet ancien cantique est à l'origine de la plupart des mélodies sur lesquelles se chantent les versions du "Roi Renaud" en langue française, y compris celles du Canada (Cf. vidéo ci-contre).

    (En parlant de Renaud, voici également un lien, vers une chanson de Renaud Séchan (Miss Maggie)!)



    15 mélodies acadiennes pour le "Roi Renaud"
    collectées par Geneviève Massignon en 1946 et 1961.
    Canadian songs

    Many versions of the ballad still exist in Canada, especially in the Eastern part known as Acadia, where the French arrived in 1604, another proof of the song's antiquity. The linguist who specialized on Acacadian language, Geneviève Massignon (1921-1966) collected ca. 15 versions during two stays there, in 1946 and 1961. Here is one of them, sung by Rose Robichaud.
    A national anthem for Acadia was adopted during the second National Acadian Convention in 1884, along with a National flag, a French flag adorned with a golden star: it is the Latin hymn in honour of the Holy Virgin, "Ave Maris Stella" (Hail, Star of the sea). As mentioned above, this ancient hymn is the origin of most tunes to which the various versions of "King Renaud" in French language are sung, the Canadian ones inclusively (See. opposite video).

    (Speaking of Renaud, here is, in addition, a link to a song by Renaud Séchan (Miss Maggie)!)



    1. On vit venir le roi Renaud
    Portant ses tripes dans ses bras
    Sa femme qui est couchée d'un fils:
    "Courage-toi! Mais réjouis!"

    2. - Ni pour ma femme ni pour mon fils!
    Je ne serais mort avant minuit.
    A la chandelle vous me verrez,
    Si aux flambeaux vous m'enterrez.

    3. Enterrez-moi si doucement
    Que ma femme n'ait point z'aucun vent!
    Car si ma femme le savait
    Sa mort lui à se donnerait.

    4. Ma mère , ma mère, ma mère, donc
    Quoi'ce les servants t-à pleurer tant?
    - Ils pleurent bien pour les beaux chevaux
    Dans écurie 'z ont trouvé morts.

    5. - Ma mère, ma mère dites-moi donc,
    Quoi'ce les servants t-à pleurer tant?
    - Ils pleurent bien pour les trépassés
    Que Dieu va bientôt les juger.

    6. - Ma mère, ma mère dites-moi donc,
    Quoi'ce les servantes t-à pleurer tant?
    - Ma fille, je peux plus te le cacher:
    C'est ton mari qu'est mort-enterré.

    7. - Oui à l'église j'irerai.
    Oui à l'église j'irerai.

    8. - Ma fille si tu vas à l'église
    Une robe noire tu porteras.
    Une robe noire tu porteras.
    Une robe rouge te convient pas. -

    9. Quand ce qu'elle fut dans l'église entrée
    Elle aperçut un beau tombeau.
    Quand ce qu'elle fut dans l'église entrée
    Elle aperçut un beau tombeau.

    10. Dessus ce beau joli tombeau
    Un écriteau: "Son mari Renaud".

    1. They saw King Renaud coming
    Carrying his guts in his hands
    His wife has given birth to a son:
    "Cheer up and rejoice!"

    2. - Neither in my wife nor in my son!
    I shall be dead before midnight.
    By candlelight you'll see me die,
    You'll light torches to bury me.

    3. But bury me so silently
    That my wife may not hear of it!
    For if my wife knew of it
    She would take her own life.

    4. Mother, mother, please, tell me
    What makes the stable lads cry that way?
    - They cry about the fair horses
    That they have found dead in the stable.

    5. - Mother, mother, please, tell me,
    Why do the menservants weep so much?
    - They weep about the deceased
    On whom God will soon pass judgment.

    6. - Mother, mother, please tell me,
    Why do the maids weep so much?
    - Daughter, I cannot hide it any more:
    It's your husband who's buried here.

    7. - Now, I shall go to church.
    I shall go to church by all means.

    8. - Daughter to go to church
    You shall put on a black dress.
    You shall put on a black dress.
    A red dress is not becoming. -

    9. When she had entered the church
    She saw a stately grave.
    When she had entered the church
    She saw a stately grave.

    10. Upon that stately grave
    A sign: "Your husband Renaud".

    .

    6° Errege Jan

    Le roi Jean - King John

    Version en basque souletin de la Complainte du Roi Renaud
    A Basque version of the "King Renaud" ballad

    Mélodie
    Premier ton du plain-chant grégorien
    Arrangement Christian Souchon (c) 2014


    Chants basques

    Cette version est tirée de "Cent chansons populaires basques" (fascicule-spécimen) publié en 1890 par le compositeur Charles Bordes (1863-1909)
    Ce chant avait été déjà publié par Mme de la Villéhélio dans "Souvenir des Pyrénées: 12 airs basques" (1870) et reproduit dans la "Revue des Traditions populaires".
    Il consiste en Octosyllabes en quatrains. Le timbre est inspiré de la chanson française, mais le rythme est basque.
    Basque versions of the song

    This version is included in "Cent chansons populaires basques" (sample-copy) published in 1890 by the composer Charles Bordes (1863-1909).
    Previously it had been published by Mme de la Villéhélio in "Souvenir des Pyrénées: 12 Basque airs" (1870) and printed in the "Revue des Traditions populaires".
    It consists of octosyllables arranged in quatrains. The tune is derived from the French melody, but the beat is typically Basque.


    1. Errege Jan zaoriturik:
    Jinizan da armadetarik
    Am' anderia baratu ziozu
    Exian arla gerarik.

    2. "Errege Jan, konsola zite,
    Korajereki sar zite:
    Zur' ematziak errege xipibat
    Barda sorthu ukhen dizu."

    3. "Ez ene emaztia gatik
    Ez errege xipibat gatik
    Ni enaiteke kontsola:
    Haiek biek jakin gabe,
    Ama, hiltzeko ohebat."

    4. "Am 'anderia, zer die mithil hoiek
    Hainbeste nigar marrasketan?"
    - "Ene alhaba, ezin begira,
    Galdu digne zaldi gris bat.

    5 "Am 'anderia zer die neskato hoiek
    Hainbeste nigar marrasketan?"
    - "Ene alhaba, ezin begira,
    Haotse digne uth' ountzibat."

    6. -"Ez zaldi gris baten gatik,
    Ez urh' ounti baten gatik,
    Ez othoi egin nigarrik:
    Errege Janek ehharriko dizu
    Urhe eta zilhar armadetarik."

    7. -"Ene ama, othoi, errazu,
    Khantu hoiek zer diren hain gora."
    _ "Ene alhaba, deuserik ez,
    Prosesionia dun joaiten."

    8. - "Am'anderia, zer zaia behar dut jaontsi,
    Ohe hontarik jalkhiteko?"
    - "Ene alhaba, chouria, gorria,
    Ederrena duken beltza."

    9. - "Am'anderia, zer du lur saintu hounek,
    Hain gora dagoenian?"
    - "Ene alhabaa; ezin begira,
    Errege Jan ehortzirik!"

    10. "Am'anderia, oritzu giltz hoiek,
    Urhe eta zilharren hoiek,
    Eta errege xipitto hori
    Artha handieki eraik."

    11. - "Lur saintia, edir'adi,
    Ni barnen sar ahal nadin!...
    Lur saintin erdiratu,
    Eta nik errege Jan besarkatu!

    12. "Lur saintia, zerr'adi,
    Ni barrnen bara ahal nadin!...
    Lur saintia da zerratu
    Ni errege Janeki baratu."

    Chanté à Laguinge-Restoue,
    Canton de Tardets-Mauléon, en juillet 1890,
    Par Carrique Goyenetche.
    1. Le roi Jean couvert de blessures
    Vient de revenir des armées
    Dame sa mère était restée
    Au logis. Joyeuse elle assure:

    2. "Roi Jean, courage, écoutez-moi!
    Votre joie sera sans seconde:
    Votre femme, hier, mit au monde
    Un enfant. C'est un petit roi."

    3. "Personne au monde n'aurait pu,
    Ni mon épouse, ni mon fils,
    Me consoler de ces maux-ci.
    Mère, il vous faut faire mon lit
    Pour que j'y meure à leur insu."

    4. "Belle-mère, qu'ont ces valets
    A pleurer et pousser des cris?"
    - Ils ont perdu le cheval gris,
    Ma fille, à quoi bon le cacher?"

    5. "Qu'ont fait ces servantes, ma mère,
    Pour pousser ces gémissements?
    - Fracassé un grand plat d'argent.
    A quoi bon en faire mystère?"

    6. "Un cheval gris, la belle affaire!
    Et qu'est-ce donc qu'un plat d'argent?
    Cessez donc de pleurer, ma mère,
    Nous aurons, quand reviendra Jean
    Tout l'or et l'argent de la terre.

    7. "Oh, ma mère, dites-moi donc,
    Pour qui sont ces chants, ces prières.
    - "Fille, cela n'importe guère:
    Ce n'est qu'une procession."

    8. "Quelle robe devrai-je mettre
    Quand je sortirai de ce lit?
    - "Blanche, rouge... Je réfléchis...
    C'est en noir, qu'il vous faut paraître!"

    9. "Pour qu'on l'ait remuée tellement,
    Dame mère, qu'a cette terre?
    - "Impossible, hélas, de le taire:
    C'est ici que gît le roi Jean."

    10. "Dame mère, voici mes clés:
    Celles de l'argent et de l'or.
    Le petit roi, si faible encor,
    Avec soin vous l'élèverez."

    11. - "O, terre sainte, entr'ouvre-toi
    Je veux descendre en tes entrailles!"
    Et s'ouvrit une large faille:
    Elle fut embrasser le roi.

    12. - "Terre sainte, referme-toi!
    Que ma demeure soit sous terre!"
    La plaie dans le sol se resserre:
    Elle reste avec Jean, le roi!

    Traduction Christian Souchon (c) 2014
    1. King John from his injuries swayed,
    When he returned from the army
    His mother who at home had stayed
    With these words welcomed him gaily:

    2. "King, you may rejoice and feel gay:
    I have for you tidings of mirth:
    Late in the evening yesterday.
    Your wife to a young king gave birth!"

    3. "Neither for wife nor son may I
    Rejoice, mother, at what you've said.
    But I have a favour to ask:
    Without their knowing, your task
    Should be to prepare my deathbed."

    4. "Mother, why do weep and lament
    Our menservants the way they do?"
    - "T'is not so very important
    A grey horse lost: that's all the woe."

    5. "Mother, why do our maidservant,
    The way she does, lament and cry?"
    - "T'is not so very important:
    She broke a silver dish: that's why."

    6. -"A horse is no reason for cries,
    Nor is a fine dish of silver,
    Why should they cry out their eyes?
    When King John from war comes over
    He will bring here silver and gold."

    7. -"O my dear mother, tell me why
    All these songs so loud and dismal!"
    _ "But, nothing important, said I:
    A procession passing our hall."

    8. - "Say, what dress, in your opinion,
    Shall I put on after my rest?"
    - "A dress of white or of crimson
    Satin... But black would be the best."

    9. - "Why is the churchyard's earth yonder,
    Heaped up to a hill with such care?"
    - "Can't conceal it any longer
    Your husband King John's buried there!"

    10. "My mother, take this golden key:
    My gold and silver I concede!
    For the little king let it be
    Whom with greatest care you shall breed."

    11. - "Holy earth, open up! Forward!
    I will lie with him face to face!..."
    The earth did as it was ordered,
    And she bent King John to embrace!

    12. "Now holy earth, close in again
    Let your depths welcome their new guest!"...
    And the holy earth did retain
    Her who with King John chose to rest."

    Translated by Christian Souchon (c) 2014


    7° Interprétations modernes

    Modern performances

    Un chant jamais passé de mode

    En conclusion de son étude de cette complainte, George Doncieux écrivait (p.124 du "Romancéro"):
    "Ce qu'est la "Chanson de Roland" à [l'histoire littéraire de] notre époque médiévale, la chanson de Renaud l'est justement à notre romancéro populaire. Depuis des siècles qu'elle dure en la mémoire des peuples, nulle autre n'y a pénétré si fortement, ni si largement rayonné; nulle n'a captivé à ce point le goût des artistes...C'est celle-là que rediront les chanteurs et que les connaisseurs vanteront toujours, comme le joyau incontestable de la lyrique traditionnelle du pays de France."
    Ces lignes étaient écrites en 1903. La même année la chanson était interprétée par Mme Amel de la Comédie Française. Le premier enregistrement phonographique, par Rachel de Ruy, date de 1905!
    La liste des interprètes célèbres de ce beau chant est fort longue: Yvette Guilbert, Edith Piaf, Colette Renard, Armand Mestral... Chacun d'eux a tenu à donner sa propre vision de cette tragique histoire de la "Mort cachée".
    A cet égard, le contraste entre l'interprétation tout empreinte de retenue de Cora Vaucaire (1950) et le décor flamboyant planté par Yves Montand (1955) est saisissant (Vidéos ci-après).

    . Je tiens à remercier M. Padrig Kobis de m'avoir procuré une grande partie des documents écrits et sonores utilisés dans le dossier "Aotroù Nann" et chants apparentés, et de m'avoir signalé certaines erreurs et inexactitudes.
    An evergreen song par excellence

    To conclude his survey of this ballad George Doncieux wrote (p.124 of "Romancéro"):
    "We may rightfully parallel the enduring popularity of the "Song of Roland", a masterwork of medieval written literature, with that of the "Song of Renaud", an outstanding work of song tradition. No other song was so deeply and for so many centuries engraved on the memory of the peoples and has spread so widely its radiance. No other song has captured so much the interest of artists... No other song will ever have so much appeal to both songsters and their audience, as an undisputable jewel of traditional song in the French country."
    These lines were written in 1903. In the same year the ballad was sung by a famous artist of the Comédie Française , Mme Amel. And the first gramophone recording of the song, by Rachel de Ruy was performed in 1905!
    There is a long list of famous artists who had this inspiring song on their repertoire: Yvette Guilbert, Edith Piaf, Colette Renard, Armand Mestral...Each of them made a point of giving their own vision of the tragic story of the "Concealed death".
    In this respect, there is a startling contrast between Cora Vaucaire's moving and restrained interpretation (1950) and Yves Montand's flourishing trumpets (1955)! (See videos below).

    . I am very much indebted to M. Padrig Kobis for providing the greater part of the material used in the pages "Aotroù Nann" and related, as well as fixing some errors and misrepresentations.


    ***

    "Le Roi Renaud" chanté par Cora Vaucaire (1950) et Yves Montand (1955)



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