Le Frère de Lait

The Foster Brother

Dialecte de Tréguier

  • Première publication dans la première édition du Barzhaz en 1839.
    La traduction versifiée de la ballade parut en feuilleton, le 24 août 1839, dans la "Gazette de France" sous le titre "La Lénore bretonne", assortie d'un commentaire accusant le poème allemand auquel on se réfère d'avoir fait perdre toute originalité au sujet traité. Francis Gourvil (page 436 de son ouvrage déjà cité) accuse La Villemarqué d'avoir inspiré ces lignes, tout en ayant plagié la "Lénore allemande".
  • Chanté par Anaïc Huon, épouse Le Breton (n°2) de Kerigasul en Nizon, selon l'indication de la "Table A". Cependant le texte est en dialecte de Tréguier et non de Cornouaille.
  • Dans le premier carnet de collecte conservé à Keransquer, on trouve quelques lignes de ce chant notées page 66, sans titre. Incipit: "N'eus ket e-barzh ar bed".
  • Très souvent collecté:
    - par de Penguern, t. 91,5: "Me am-boa ul lez-vamm" (frag.);
    - par Mme de Saint-Prix, t. 92, 94 de la collection Penguern: "Feunteun Gwazhaleg";
    - par Luzel: "Gwerzioù" t. 1, "Ar plac"h he daou bried" (Plounévez-Moédec, 1867); "Gwerzioù" t. 2, "Ar wreg he daou bried" (Pluzunet, 1868).
    - par Bourgeois: dans ses "Kanaouennoù pobl", "Gwerz ur plac'h yaouank touellet" (Pontrieux).
    - par Guillerm: dans ses "Mélodies bretonnes de la campagne", "Al lez-vamm" , frag. (Tregunc, 1904);
    - par Herrieu, dans ses "Gwerzenneu ha sonenneu Breiz Izel": "Er voèz deu bried dehi" (Penquesten);
    - par Milin dans la revue "Gwerin" 2: "Ar plac'h div wech euredet".
    - par Ernault dans la revue "Mélusine", 1891: "La femme aux deux maris" (Trévérec);
    - par Guillerm, dans "Les chansons de France", 1910: "Al lez-vamm" (Trégunc, 1908);
    - dans "Brud" 5 (1958): "Al lez-vamm" (Glomel, 1957)
    Selon Luzel et Joseph Loth, cités (P. 389 de son "La Villemarqué") par Francis Gourvil qui se range à leur avis, la plus grande partie de ce chant mythique ferait partie de la catégorie des chants inventés.
  • 'Les morts vont vite' par Horace Vernet (1789 - 1863), peint en 1839

  • First published in Barzhaz Breizh, 1st Edition, 1839.
    The serialized verse translation of the ballad was published as from 24th August 1839, in the "Gazette de France" under the title "The Breton Lénore", preceded by comments to the effect that the German poem had deprived the narrative of its original features. Francis Gourvil (on page 436 of his already mentioned book) blames La Villemarqué for having inspired these lines, though he had plagiarized this very poem, the "German Lenore".
  • From the singing of Annaïk Huon, wife of Le Breton (n°2) from Kerigazul near Nizon, according to "table A").
    However the text is in the Tréguier dialect.
  • In the first collecting book kept at Keransquer manr, this song appears as an untitled fragment: on page 66.The first words are ""N'eus ket e-barzh ar bed".
  • Often collected:
    - by de Penguern, t. 91,5: "Me am-boa ul lez-vamm" (frag.);
    - by Mme de Saint-Prix, t. 92, 94 of the Penguern collection: "Feunteun Gwazhaleg";
    - by Luzel: "Gwerzioù" t. 1, "Ar plac"h he daou bried" (Plounévez-Moédec, 1867); "Gwerzioù" t. 2, "Ar wreg he daou bried" (Pluzunet, 1868).
    - by Bourgeois: in his "Kanaouennoù pobl", "Gwerz ur plac'h yaouank touellet" (Pontrieux).
    - by Guillerm: in his "Mélodies bretonnes de la campagne", "Al lez-vamm" , frag. (Tregunc, 1904);
    - by Herrieu, in his "Gwerzenneu ha sonenneu Breiz Izel": "Er voèz deu bried dehi" (Penquesten);
    - by Milin in the periodical "Gwerin" 2: "Ar plac'h div wech euredet".
    - by Ernault in the periodical "Mélusine", 1891: "La femme aux deux maris" (Trévérec);
    - by Guillerm, in "Les chansons de France", 1910: "Al lez-vamm" (Trégunc, 1908);
    - published in "Brud" 5 (1958) as "Al lez-vamm" (Glomel, 1957).
    According to Luzel and Joseph Loth, quoted by Francis Gourvil (p. 389 of his "La Villemarqué"), most of this mythical song was "invented" by its alleged collector.


  • Ton
    (Fa majeur)

    Français Français English

    I
    1. La plus jolie parmi
    les filles nobles de ce canton
    Avait juste dix-huit ans:
    Gwenolaïk était son nom.

    2. Le vieux seigneur mourut,
    puis ses deux sœurs et sa mère enfin.
    Elle resta seule avec
    une marâtre, quel chagrin!

    3. Quel chagrin de la voir
    accroupie sur le seuil du manoir,
    Si douce et belle, verser
    force larmes de désespoir!

    4. Cherchant à l'horizon
    le bateau de son frère de lait,
    Son seul soutien ici-bas.
    Il y a longtemps qu'elle attendait.

    5. Cherchant à l'horizon
    le bateau de son frère de lait
    Il y avait six ans déjà
    qu'au loin il s'en était allé.

    6. - Ma fille par ici,
    le bétail attend d'être rentré
    Je ne vais pas vous nourrir
    à rien faire que rêvasser.

    7. Elle la réveillait
    deux ou trois heures avant le jour
    L'hiver, pour faire du feu,
    balayer la salle et la cour.

    8. Aller puiser de l'eau
    dans la fontaine du Ru des Nains,
    Avec un pot qui fuyait,
    une cuvette aux bords disjoints.

    9. Profonde était la nuit:
    l'eau de la fontaine fut troublée
    Par la monture d'un preux
    qui de Nantes s'en revenait.

    10. - Bonsoir la belle enfant:
    dites-moi, vous a-t-on fiancée?
    Moi, jeune et sotte à la fois,
    je lui répondis: -Je ne sais.

    11. - Êtes-vous fiancée?
    La belle, répondez sans détour!
    - Sauf votre grâce, seigneur;
    je ne le suis point à ce jour.

    12. - Prenez ma bague d'or!
    Que votre marâtre sache bien
    Vos fiançailles avec
    celui qui de Nantes revient.

    13. Que l'affaire fut chaude
    et que son écuyer fut tué,
    Qu'il fut lui même blessé
    d'un coup d'épée à son côté.

    14. Dans trois semaines et
    trois jours, dès lors qu'il sera guéri,
    Au manoir il se rendra
    pour gaiement quérir son amie. -

    15. Et la belle aussitôt
    rentre regarder l'anneau et voit
    Que c'est celui que son cher
    frère de lait portait au doigt!

    II
    16. Il s'était écoulé
    une semaine, puis, deux, puis trois
    Et le jeune chevalier
    ne s'en revenait toujours pas.

    17. - Il faut vous marier.
    J'y ai longtemps songé dans mon cœur.
    Et je viens de vous trouver,
    ma fille, un homme de valeur.




    18. - Ma mère, excusez-moi,
    Je ne désire d'autre mari
    Que mon cher frère de lait,
    qui vient d'arriver par ici.

    19. C'est lui qui m'a donné
    l'anneau nuptial que je porte au doigt
    Et bientôt pour me chercher
    au manoir gaiement il viendra.

    20. - Cessez de nous rebattre
    les oreilles avec cet anneau.
    Ou bien je cherche un bâton
    pour vous apprendre d'autres mots.

    21. Car de gré ou de force,
    il vous faudra prendre pour mari
    Joseph le Simple d'esprit,
    le jeune valet d'écurie.

    22. - Epouser, Job, l'horreur!
    A coup sûr, j'en mourrai de dépit.
    Ma mère, ma pauvre mère!
    Si vous étiez encore en vie!

    23. - Allez vous lamenter
    dans la cour autant que vous voudrez!
    Malgré vos grimaces, dans
    trois jours vous serez fiancée! -

    III
    24. Vers ce temps-là le vieux
    fossoyeur parcourait le pays
    Une clochette à la main:
    on annonce les morts ainsi.

    25. - Priez pour l'âme qui
    fut celle du seigneur chevalier
    Homme de bien et de cœur
    , tant qu'en ce monde il séjournait.

    26. Blessé mortellement
    au flanc, d'un coup d'épée, au combat
    Dans une grande bataille,
    au-delà de Nantes là-bas.

    27. Au coucher du soleil,
    demain commencera la veillée
    Puis de l'église on ira
    jusqu'à sa tombe le porter. -

    IV
    28. - Vous vous en retournez
    de bien bonne heure! - Mais vraiment!, oui
    - Mais la fête bat son plein.
    Et la soirée n'est pas finie!

    29. - Je ne peux contenir
    toute mon horreur, et ma pitié
    A l'idée qu'elle sera
    face à face avec ce vacher.

    30. Chacun mêlait ses pleurs
    aux pleurs amers de la pauvre enfant.
    Oui, tout le monde pleurait.
    Monsieur le recteur tout autant.

    31. Dans l'église de la
    paroisse, tous pleuraient ce matin,
    Jeunes et vieux, tous pleuraient.
    Sa marâtre ne pleurait point.

    32. Plus les ménétriers,
    en revenant au manoir, sonnaient,
    Et plus on la consolait,
    plus son cœur était déchiré.

    33. Il lui fut assigné
    la place d'honneur pour le repas.
    Elle ne but goutte d'eau,
    ni morceau de pain ne mangea.

    34. Quand on l'a dévêtue
    pour la conduire au lit conjugal,
    Elle a jeté son anneau,
    déchiré son ruban nuptial.

    35. Elle s'est échappée
    de la maison, toute échevelée.
    Où elle alla se cacher,
    personne à ce jour ne le sait. -

    V
    36. Les lumières étaient
    éteintes, chacun dormait ici.
    Tandis que la pauvre enfant
    veillait, fiévreuse, hors du logis.

    37. - Qui passe par ici?
    - C'est moi, Nola, ton frère de lait.
    - Est-ce toi? Est-ce bien toi?
    Oui c'est bien toi, en vérité! -

    38. Elle sort et s'assied
    vite en croupe sur son cheval blanc
    Et se blottit contre lui,
    de son petit bras l'entourant.

    39. - Mon frère, nous allons
    vite et avons fait cent lieux, je crois!
    Je ne fus jamais aussi
    heureuse qu'ici, près de toi!

    40. La maison de ta mère
    est-elle encor loin? Je voudrais tant
    Y être déjà. - Tiens-moi
    bien, ma sœur, encore un moment. -

    41. Le hibou en criant
    à leur approche au loin s'enfuyait,
    Et les animaux sauvages,
    effrayés du bruit qu'ils faisaient.

    42. - Ton cheval est docile
    et resplendissant est ton harnois!
    Mon frère de lait, je te
    trouve bien grandi, par ma foi!

    43. Je te trouve bien beau!
    Dis, ton manoir est-il encor loin?
    - Nous touchons bientôt au but.
    Ma sœur n'ai crainte et tiens-toi bien.

    44. - Comme ton cœur est froid!
    Et tes cheveux sont mouillés aussi!
    Ton cœur, ta main sont glacés;
    j'ai peur que tu ne sois transi.

    45. - Tiens-moi toujours, ma sœur!
    Car nous voici tout près maintenant.
    N'entends-tu pas les sonneurs
    de nos noces, leurs cris perçants? -

    46. Il n'avait pas fini
    de parler, que son cheval soudain
    Par un grand hennissement
    à sa folle course mit fin.

    47. Ils étaient sur une île
    où dansait une foule de gens,
    Garçons et filles jolies,
    se tenant par la main, jouant

    48. Au milieu d'arbres verts
    chargés de pommes tout autour d'eux,
    Sur qui, par-dessus les monts,
    se levait un soleil radieux.

    49. Dans la vallée coulait
    l'onde pure d'un petit lavoir
    Où revenaient à la vie
    les âmes qui venaient y boire.

    50. Avec elles était
    la mère de Gwenola, ainsi
    Que ses deux sœurs. Ce n'était
    que plaisirs, chants et joyeux cris.

    VI
    51. Au lever du soleil,
    des vierges portaient, précieux fardeau,
    Son cadavre immaculé
    de l'église blanche au tombeau.

    Traduction: Christian Souchon (c) 2008

    I
    1. Gwenola, la plus belle ainsi que la plus sage
    Des filles des seigneurs de notre voisinage
    A la Saint-Corentin avait eu dix-huit ans:
    Sa mère et ses deux sœurs avaient depuis longtemps

    2. Laissé leur place vide
    Au banc commun de l'âtre;
    Tous les siens étaient morts
    Excepté sa marâtre.

    3. C'était pitié, vraiment,
    De la voir chaque jour
    Assise, seule, en pleurs,
    Au perron de la tour

    4. Cherchant, hélas en vain,
    Comme au ciel une étoile,
    A l'horizon des mers,
    Cherchant la blanche voile,

    5. Qui devait ramener
    Son espoir, son sauveur
    Le seul être ici-bas
    Qui l'appelât sa sœur.

    6. - A qui rêvez-vous donc?
    Allez garder la vache;
    Je ne vous nourris pas
    Pour chômer, que je sache.

    7. Trois heures avant l'aube
    Il fallait se lever
    Pour allumer le feu,
    L'hiver et tout laver.

    8. Tout ranger au manoir
    Aller à la fontaine
    Avec un seau fêlé,
    Dans le fond de la plaine.

    9. La nuit était obscure
    Et l'eau trouble; un guerrier
    Se tenait sur le bord
    Près de son destrier.

    10. - Dites-moi, jeune fille,
    Etes-vous fiancée fiancée? -
    Moi, (que j'étais enfant
    Et sotte et sans pensée!),

    11. Je dis: - Je n'en sais rien. -
    Vous ne savez? Comment?
    - Avez-vous un époux? -
    Un époux? Non vraiment!

    12. - Hé bien! Prenez ma bague!
    Et sache votre mère
    Qu'un jeune chevalier
    Qui revient de la guerre.

    13. Dont le page a péri
    Qui lui-même est blessé,
    Vous a donné ce gage
    Et vous est fiancé.

    14. Mais qu'il doit revenir
    Guéri de sa blessure,
    Vous chercher dans un mois
    Et trois jours, je le jure! -

    15. Il part; elle regarde
    En tremblant l'annelet:
    C'était la bague d'or
    De son frère de lait!

    II
    16. Il s'était écoulé
    Deux, trois, quatre semaines
    Sans que le chevalier
    Reparût aux domaines.

    17. - Vous êtes jeune, et moi je vais bientôt mourir
    Ma fille, il faut pourtant songer à l'avenir.
    Je vous trouve un parti qui me semble fort sage,
    Le jeune homme vous aime, il s'entend au ménage.

    17 bis. Il est doux, économe, et cité par chacun
    Enfin c'est un mari comme il vous en faut un.

    18. - Si vous le permettez,
    J'épouserai mon frère:
    Il est depuis un mois,
    De retour de la guerre.

    19. Il m'a donné sa bague. Il est mon fiancé;
    Son jeune page est mort et lui-même est blessé,
    Mais il sera bientôt guéri de sa blessure.
    Il me viendra chercher; il a dit: - Je le jure! -

    20. - Que murmurez-vous là?
    Sortez, sortez d'ici;
    Allez! Je n'entends pas
    Qu'on me raisonne ainsi;

    21. Vous épouserez Job,




    22.
    - Un valet d'écurie!
    Ah si ma pauvre mère!
    Etait encore en vie!

    23. - Sortez, vous dis-je, allez
    Pleurnicher dans la cour!;
    Dans trois jours nous mettrons
    Bon ordre à votre amour-

    III
    24. Le fossoyeur allait
    De village en village
    En sonnant sa sonnette,
    Accomplir son message.

    25. - Venez, jeunes et vieux
    Venez, venez prier;
    C'est pour l'âme qui fut
    Monsieur le chevalier.

    26. Blessé mortellement, il revint de la guerre
    Mourir au vieux manoir dans les bras de sa mère.
    Venez prier pour lui: c'était un bon chrétien;
    Il fut homme de cœur. Il fut homme de bien.

    27. Au coucher du soleil aura lieu la veillée
    Puis après, le convoi passera dans l'allée.
    Venez, jeunes et vieux, venez,venez prier,
    C'est pour l'âme qui fut monsieur le chevalier. -

    IV
    28. - Sans attendre la fin,
    Vous quittez la partie?
    - Si je pars? Je devrais
    Déjà être partie.

    29. - Je n'y puis plus tenir
    Et suis toute en émoi,
    De trouver un bouvier
    Face à face avec moi.

    30. - Elle me fait pitié,
    Cette pauvre petite!
    Dans la paroisse entière,
    On la plaint, l'on s'irrite!

    31. A la voir ce matin pleurer de tout son cœur,
    Tout le monde pleurait, et même le recteur.
    Tout le monde pleurait dans l'église en prière
    Tous, et jeunes et vieux, tous, hors la belle-mère.

    32. En revenant du bourg,
    Plus le biniou sonnait,
    Plus on la consolait,
    Plus son cœur se fendait.

    33. A la place d'honneur,
    A table on l'a conduite,
    Elle n'a pu manger
    Morceau qui lui profite.

    34. On a voulu la prendre
    Et la déshabiller;
    Elle a jeté sa bague,
    Et brisé son collier;

    35. Déchiré ses rubans,
    Son bandeau, pris la fuite,
    Les cheveux en désordre:
    On est à sa poursuite. -

    V
    36. Les flambeaux étaient morts;
    Le manoir sommeillait.
    Seule au hameau voisin
    Gwenolaïk veillait.

    37. - Qui frappe là? - C'est moi! -
    Comment, c'est toi! mon frère! -.
    Et, franchissant d'un bond
    Le seuil de la chaumière,

    38. Elle était dans ses bras. Et le cheval a fui,
    Les emportant tous deux, elle derrière lui,
    L'entourant de ses bras comme d'une ceinture,
    Et livrant à la nuit sa noire chevelure.

    39. - Dieu! que nous allons vite!
    Il me semble vraiment
    Que nous avons franchi
    La plaine en un moment!

    40. Est-elle encore loin,
    Mon frère, ta demeure?
    - Tiens-moi bien, nous allons
    Arriver tout à l'heure.

    41. - Que je me trouve heureuse ici derrière toi! -
    (Cependant les hiboux avec des cris d'effroi,
    Fuyaient de toutes parts vers leurs sombres demeures.)
    - Sommes-nous encor loin? - Tiens-moi bien!... Tout à l'heure!

    42. - Je te trouve bien beau,
    Mon frère, et bien grandi!
    Que ton cheval est souple
    Et son galop hardi!

    43. Et ton casque brillant
    Et claire ton armure!
    Mais au moins, es-tu bien
    Guéri de ta blessure?

    44. Tes cheveux sont mouillés;
    Dieu! ton cœur est glacé!
    Tu me sembles avoir
    Bien froid, mon fiancé.

    45. Sommes-nous encor loin,
    Dis, - Non, non! tout s'apprête,
    N'entends-tu pas les sons
    Du biniou de la fête? -

    46. Le cheval à ces mots
    S'arrête tout fumant,
    Et tressaille en poussant
    Un long hennissement

    47. A leurs regards s'offrait
    Une belle prairie,
    Mille danseurs joyeux
    Foulaient l'herbe fleurie.

    48. Des arbres aux fruits d'or,
    Et la mer alentour,
    Et sur les monts au loin,
    Les premiers feux du jour.

    49. Un ruisseau clair et pur
    Parcourait la prairie
    Des âmes y buvant
    Revenaient à la vie.

    50. Ce n'était que chansons
    Et fête en tous les cœurs
    Gwenola retrouva
    Sa mère et ses deux sœurs.

    VI
    51.




    Traduction: La Villemarqué, 1839

    I
    1. The prettiest noble girl
    who lived in the country round here
    Was named Gwenolaik.
    She was a girl of eighteen years.

    2. At first her mother died,
    then her two sisters, her father, too.
    Was left with no kith and kin,
    but her bad stepmother to woe.

    3. T' was pitiful to see
    her stay on the manor's threshold,
    To see her, so soft and fine,
    but for her eyes that overflowed,

    4. Gaze at the sea and search
    for her foster-brother's ship to come.
    Her only comfort he was.
    She'd been in wait of him for long.

    5. Searching the ocean's brim
    for her foster-brother's ship to come
    Who had for more than eight years
    remained away from their home.

    6. - Girl, get you out of here!
    Go drive the flock of sheep to the fold;
    I'm not going to feed you,
    to do nothing and sit around. -

    7. She would wake her two hours
    or three before the dawn of the day.
    In winter to make fire
    and turn the broom every way.

    8. From the spring by the Brook
    of the Gnomes water to fetch, afar,
    Using a leaky pail
    or else a small, old, cracked jar!

    9. The night was dark as ink;
    she heard that the water was stirred
    By the hooves of the horse
    of a knight that from Nantes returned.

    10. - Good health to you, young girl.
    Are you engaged, tell me, right now? -
    Young and thoughtless as I was,
    I answered him: - I do not know.

    11. - Are you to any one
    engaged? Young girl, if you please, tell me!
    - With all due respect, I'm not
    engaged to anybody.

    12. - Pray, take my golden ring!
    Go to your stepmother. Let her know
    That to marry a knight
    who came from Nantes you made a vow.

    13. From Nantes where a big fight
    was fought: there his young squire was slain.
    The knight was hurt and he feels,
    stabbed in his side, a great pain.

    14. In three weeks and three days,
    when he has recovered from his wound
    To the manor, to fetch you,
    nimble and gay, he shall come round. -

    15. She rushed for her home,
    to have a closer look at the ring.
    Now, it was the ring that her
    foster-brother used to wear.

    II
    16. A week went by, two weeks
    and presently a third week was gone
    But the young knight was still
    missing and he did not come home.

    17. - It's time for you to wed
    and I have thought of it in my heart
    And I trust I found for you,
    a fitting husband, for my part.




    18. - I want no other man
    for husband, my mother, with your leave,
    Than my foster brother who
    came to our town, as I believe.

    19. He gave me his gold ring:
    that once my wedding ring shall be
    And presently he shall come,
    nimble and joyful, to fetch me.

    20. - I'm sick and tired to hear
    always of this golden wedding ring.
    Enough of it or I'll fetch
    a stick to make you stop drivelling.

    21. Whether you will or not,
    I shall constrain you to marry
    Lunatic Joe, the groom,
    to our stable equerry.

    22. - To marry Joe! For shame!
    I shall die of sorrow and grief!
    O mother, dear mother mine!
    come back to life, give me relief!

    23. - Go out into the yard!
    Have your fill of crying as you may!
    In spite of the fuss you make,
    you will be married in three days. -

    III
    24. About that time the old
    grave digger paced the streets up and down,
    And rang his little bell,
    announcing a death to the town.

    25. - Pray to God for the soul
    that was once that of the lord knight!
    For he was in his lifetime
    both an honest and gallant wight,

    26. Was injured fatally,
    a hard stab of sword in his side,
    T 'was yonder, beyond Nantes,
    a bitter and ferocious fight.

    27. At sunset tomorrow
    the wake over his corpse will start,
    He will be carried then
    from the white chapel to churchyard. -

    IV
    28. - You are returning soon!
    - If I return soon? Yes, I do!
    - Not over is the feast,
    nor is the wedding night ado.

    29. - I cannot put up with
    the pity I feel for her sake
    And the horrendous sight
    of her with this lad, face to face!

    30. All around the poor lass
    who had kept crying most bitterly,
    Did everybody cry,
    the vicar inclusively.

    31. All cried right bitterly,
    who sat that morn in the parish kirk
    All, young and old, did cry,
    but her stepmother did smirk.

    32. The more the fiddlers played,
    as they were marching towards the house
    The more they strove to soothe her,
    the sorrier was the poor spouse.

    33. She was seen to the place
    of honour for the dinner feast.
    But she did not drink a drop,
    nor a bit of bread did she eat.

    34. Maids came to undress her
    and get her ready to go to bed,
    She has thrown the ring away,
    and torn the wedding belt to shreds.

    35. And broke, dishevelled out,
    of the manor when all reposed.
    Wither she went to hide
    her distress nobody knows. -

    V
    36. All candles were blown out.
    All in the manor were sound asleep.
    The lass, outside, was awake,
    with feverish eyes that did but weep.

    37. - Who's here? Who's here? -It's me!
    Your foster-brother, Nola, near you!
    - It's you! O truly, it's you!
    My dear brother, my dream came true!-

    38. She rushed out. He took her
    on his horse to ride pillion,
    And she put her little arm
    around his waist and they rode on.

    39. - How hastily we ride!
    Now, we rode a hundred leagues or more,
    I'm so glad to be near you!
    I never was so glad before!

    40. Is your mother's house still
    far off. How much to be there I long!
    - Hold me, sister, hold me fast.
    We'll soon be there. It won't be long! -

    41. The owls hooted and fled
    ahead of them along their way,
    As did the beasts of the wood,
    that the noise filled with dismay.

    42. - How docile is your horse!
    How bright and translucent your armour!
    I find you grew into
    quite a stately man, brother!

    43. I find you quite handsome!
    Is your manor still far away?
    - Hold me, keep holding me fast!
    We will be there presently!

    44. - Your heart is icy cold.
    Your hair is bathed in sweat on your brow.
    Your heart and your hand are cold!
    I fear you're chilled to the marrow.

    45. - Hold on, hold on, sister!
    The end of the journey is in sight.
    Don't you hear the high-pitched notes
    of the gay pipes greeting the bride? -

    46. He said and, suddenly,
    his stormy charger came to a stop,
    A shiver running through him,
    whinnying at his voice's top.

    47. And they were on an isle
    with lots of people who danced
    With boys and pretty girls
    who romped about, hand in hand.

    48. And green trees all around
    with apples heavily hanging,
    And over the hills the sun
    up in the heavens rising.

    49. A little fountain mixed
    with other brooks in friendly strife,
    And there were souls that drank
    from it and came back to life.

    50. Gwenola's mother was
    amidst them with both her sisters.
    There was naught but sheer joy,
    and frolics and songs and cheers.

    VI
    51. Next morning at sunrise,
    young girls on a bier carried
    Gwenola's stainless corpse
    from the church to be buried.

    Translated by: Christian Souchon (c) 2008



    'L'âge d'or ou le Cueilleur de pommes' de Paul Sérusier

    'L'âge d'or ou le Cueilleur de pommes' de Paul Sérusier

    brezhoneg
    Cliquer ici pour lire les textes bretons (versions imprimée et manuscrite).
    For Breton texts (printed and ms), click here.


    Résumé
    Une mystérieuse histoire où l'on trouve une description de l'Ile d'Avalon dont parlent les romans de la Table Ronde.
    Gwenola est marié de force par sa marâtre à un valet d'écurie, trois semaines après que son bien-aimé, son frère de lait, lui ait fait cadeau d'un anneau de fiançailles. Son fiancé meurt dans une bataille près de Nantes.
    Le soir des noces, Gwenola s'enfuit de la maison. Son frère de lait - qui avait juré de revenir- apparaît, la fait monter sur la croupe de son cheval blanc et les voilà partis au grand galop dans un vacarme qui effraie les hiboux et les bêtes sauvages.
    Le cheval s'arrêta sur une île où une foule de gens dansaient, où des garçons et de jolies jeunes filles se tenant par la main faisaient la ronde autour d'arbres verts chargés de pommes et éclairés par le soleil levant.
    Une fontaine claire y coulait; des âmes y buvant revenaient à la vie. La mère de Gwenola était parmi elles, ainsi que ses deux sœurs: ce n'était que plaisirs, chansons et cris de joie.
    Le lendemain matin, au lever du soleil, on portait à l'église le corps sans tache de Gwenola.

    Fidèle malgré la mort: Un thème souvent traité
    La Villemarqué expose dans l'"argument", que cette ballade se chante dans plusieurs parties de l'Europe, et, à partir de l'édition de 1845, que l'l'Abbé Henry lui en a procuré plusieurs variantes.
  • L'académicien Charles-Claude Fauriel l'a publiée en grec moderne (Ballade de Constantin).
  • L'Allemand Gottfried August Bürger (1747 - 1794) l'a recueillie auprès d'une paysanne et en a fait la ballade LENORE, encore appelée "Les morts vont vite"...
  • Celle-ci ressemble beaucoup à une ballade danoise du 16ème siècle AAGE ET ELSE dont les éditeurs (Oxford 1883) du "Corpus Poeticum Boreale" fournissent une traduction en dialecte Scots.

    Ils prolongent ainsi le travail d'Alan Jamieson (1780 - 1844) qui avait traduit ainsi dans ses "Popular songs translated from ancient Danish" d'autres chants danois ayant une intrigue similaire: "Sweet William and Fair Annie", "Clerck Saunders", "Willie and May Margaret".
    La Villemarqué nous apprend en outre que c'est aussi le sujet d'un chant gallois: le héros qui revient chercher sa promise ou son épouse pour être unie avec elle dans l'au-delà.
    Un thème païen s'il en fut que le "Corpus Poeticum Boreale" relie à l'un des livres constituant l' "Edda poétique" islandaise, un corps de poèmes qui ont vu le jour entre 800 et 1300. Il s'agit de la "Helgakvida, Hundingsbana II" qui relate l'histoire de HELGI ET SIGRUNE, son épouse, une walkyrie.
    Celle-ci, après la mort du héros, vient dormir entre ses bras dans le tertre où il repose.

    F-M. Luzel a collecté dans ses "Gwerzioù Breiz-Izel, tome 1" deux autres versions de la même ballade et les a intitulées "Ar plac'h he daou bried", "La fille aux deux époux". Le musicien Maurice Duhamel a recueilli trois mélodies sous ce titre. A. Le Mercier et Alfred Bourgeois, dans "Kanaouennoù Pobl" (chants recueillis dans la seconde moitié du XIXème siècle), ont, chacun de leur côté, noté deux autres airs Toutes les trois ont un air de famille avec la mélodie du "Barzhaz":
  • Version 1 - Mélodie 1
  • Version 1 - Mélodie 2
  • Version 2 - Mélodie 3
    Dans le tome 2, des "Gwerzioù", Luzel publie deux autres versions de cette "Gwreg he daou bried" (une situation tragi-comique qui le conduira à en reprendre une, sans changement, dans ses "Sonioù"):
  • Version 3 (et 4) - Mélodie 4


  • Le chant populaire original
    Cependant, l'épisode surnaturel de la chevauchée qui se termine dans un au-delà celtique à souhait, avec Île aux pommiers et Fontaine de jouvence, ne figure pas dans ces quatre versions. Pas plus, du reste, que dans la dizaine de vers notée, sans retouches, par La Villemarqué dans le premier manuscrit de Keransquer et qui commence par "N'eus ket e-barzh ar bed". Il n'y est question que de la rencontre à la fontaine de la jeune fille martyrisée par sa belle-mère et d'un cavalier qui revenait de Nantes. Celui-ci dépose sur les genoux de la belle une bague d'or et un anneau doré et lui promet de revenir dans cinq ans, jour pour jour, lui apporter quelque chose. L'acte sexuel y est évoqué par le symbole de l'eau troublée.
    M. Donatien Laurent cite dans ses "Sources du Barzaz Breiz", plusieurs occurrences d'un chant similaire: dans la collection de Penguern, dans les recueils de Bourgeois, Guillerm et Herrieu, ainsi que dans des articles publiés dans divers périodiques.
    Quant à Mme Eva Guillorel, c'est près d'une centaine de références qu'elle cite dans sa thèse de doctorat "La complainte et la plainte" (consultable en ligne). Elle s'appuie sur la classification par thèmes des chants populaires de tradition orale en langue bretonne établie en 1998, par M. Patrick Malrieu, dans la droite ligne du "Motif Index of Folk Literature" de Antti Aarne et Stith Thompson ("AT-number system" dont la 1ère version remonte à 1910. Cet index est à la tradition orale, ce qu'est aux finances le plan comptable international: un lit de Procuste dont rêve et réalité ont bien du mal à s'accommoder).
    Les titres qui reviennent le plus souvent sont:
    "(Me am-boa ul) lezvamm", "Feunteun Gwazh-Halek", "Ar plac'h yaouank touellet", "Ar vaouez (plac'h, wreg) he daou bried", "Ar plac'h div wech dimezet (euredet)": J'avais une marâtre, la fontaine de Gwazhalek, la jeune fille abusée, la femme (fille) aux deux (fiancés) maris.
    On est gêné pour traduire "dimezi" qui signifie tantôt "mariage", tantôt fiançailles, les deux options ayant à l'évidence, dans l'ancienne société, le même degré d'irrévocabilité.

    Quatre chansons en une
    La forme la plus aboutie du récit se trouve chez Luzel, version 3 en 46 strophes, chantée par l'incontournable Marguerite Philippe:
  • Un cavalier a une relation sexuelle avec une jeune fille (Jacquette du Penhoët) qu'il rencontre à la fontaine (de Gwazh-Halek) où il abreuve son cheval. Il lui remet un anneau de fiançailles ainsi que de l'argent pour élever l'enfant à naître.
  • S'ensuit une confrontation avec la belle-mère de la jeune fille. Chassée, celle-ci se réfugie auprès de sa marraine (Mme de Quenquis) qui arrange son mariage avec son séducteur, le clerc du seigneur. Ce dernier rejette la faute sur un jeune page, lequel se dévoue avant de partie à l'armée.
  • Fidèle à sa promesse, il revient, sept ans plus tard, pour entendre les sonneurs célébrer le mariage de la jeune femme, (auquel l'a contrainte sa belle-mère tyrannique).
  • Le dénouement varie selon les versions: tantôt la femme meurt entre les bras de son premier mari, tantôt ledit premier mari demande à son valet, Pierre, de le transpercer de son épée et d'aller dire à ses parents qu'il est mort à la guerre. Pierre refuse et meurt de chagrin. Tantôt, enfin, on assiste à un duel entre rivaux et tout le monde meurt, comme à l'opéra.
    On passe ainsi, par agrégations successives, de la chanson gaillarde française, où la "Fille à la fontaine avant soleil levé" explique son retard par l'eau troublée, "Tous les oiseaux du village s'y étant venus baigner", à une pathétique gwerz à la mode de Bretagne, la "Fille aux deux maris".
    Dans celle-ci, les lieux et les personnages sont, en apparence du moins, précisément identifiés. Elle reflète une réalité sociale locale - qui n'est d'ailleurs pas propre à la Bretagne -: la conscription de 7 ans et la pêche lointaine (Terre-Neuve) qui séparaient les époux pendant plusieurs années et conduisaient à ces situations de double mariage. "Brave marin revient de guerre, tout doux": Outre la chanson populaire , la littérature, depuis le 16ème siècle ("Marguerite d'Angoulême de l'Heptaméron), et le cinéma se sont souvent emparés de ce thème: on ne citera que le chef d'œuvre de Balzac "Le colonel Chabert" et le film de Daniel Vigne, le "Retour de Martin Guerre" (1982).
    Les spécialistes donnent à ce type de gwerz qui puise à des sources extérieures au domaine où elles sont chantées, le nom de gwerz "exogène", tandis que L' orpheline de Lannion est, au contraire, l'archétype de la gwerz "endogène".

    L'imagination au pouvoir!
    Les titres cités plus haut n'évoquent, à première vue, ni l'île d'Avalon, ni l'au-delà.
    Ici encore, il semblerait, que le jeune La Villemarqué, n'ait pu résister à la tentation d'embellir l'histoire en empruntant à Bürger l'essentiel de sa ballade "Lenore", tout en "celtisant" sa description de l'au-delà. Cela lui permet de citer, dans sa "note": Procope, la "Vie de Merlin" de Geoffroy de Monmouth, le Roman de "Guillaume au court nez" et le lais de Marie de France où le héros, "Lanval", est emporté en Avalon sur le cheval de la fée. Et de continuer par une longue description des cérémonies funèbres célébrées en Basse-Bretagne où intervient le fossoyeur et sa clochette. Sans cette cérémonie, pense-t-on, l'âme n'est pas admise en ces lieux délicieux...
    On ne peut toutefois pas exclure que La Villemarqué ait disposé, outre la version courte qui figure dans son carnet de collecte, d'un autre chant où se trouvait cette histoire de frère de lait et de revenant. Sur son manuscrit, le barde évoque "une autre version, [où] elle quitte le château de son mari et vient mourir sur le seuil de la porte de son père."
    On remarquera les similitudes, sous certains aspects -d'origine ou ajoutés -, entre ce chant et
  • Le Baron de Jauioz (l'au-delà terrifiant)
  • La fiancée de Satan (l'au-delà, les fiançailles multiples)
  • La ceinture de noce (le remariage prématuré et ses conséquences funestes).
  • Résumé
    A mysterious story with a description of the Isle of Avalon, mentioned in the Arthurian cycle.
    Gwenola is married off by force by her step-mother to a stable boy, three weeks after her betrothal with her dear foster-brother who had given her a wedding-ring. Her betrothed dies in a battle near Nantes.
    In the evening of her wedding, Gwenola flees from the house. Her foster-brother, who had sworn he would come back, appears, takes her on his white horse in saddle behind and off they ride at full speed, making a noise that frightens the owls and the wild animals.
    The horse stopped on an island where young men and beautiful young girls, holding each other by the hand, played about green trees, laden with apples and lit behind by the sun, rising on the mountains.
    A clear fountain flowed there; souls, to life returning, were drinking there. Gwenola's mother was with them, and her two sisters also: there was nothing there but pleasure, songs and cries of joy.
    On the morrow morning, at the rising of the sun, they carried to the church the spotless body of little Gwenola.

    Loyalty beyond death: A matter often dealt with
    In his introduction to the song, La Villemarqué mentions that the song is spread all over Europe, and as from the 1845 edition, that several variants of it were contributed by his friend, Abbé Henry.
  • The Academician Charles-Claude Fauriel published such a song in modern Greek (a ballad titled "Constantin").
  • The German Gottfried August Bürger (1747 - 1794) learned it from the singing of a country girl and worked it into a long ballad, LENORE, aka "The dead ride fast"...
  • The same song is very like a 16th century Danish ballad, AAGE and ELSE which the Oxford editors of the "Corpus Poeticum Boreale" (1883) translated into Scots dialect as "Sir Ogie".

    In doing so, they prolonged the work of Alan Jamieson (1780 - 1844) who had published "Popular songs translated from ancient Danish", including pieces with a similar plot: "Sweet William and Fair Annie", "Clerck Saunders", "Willie and May Margaret".
    La Villemarqué mentions that a song to the same topic exists in North Wales: a dead hero comes and fetches his bride or his wife in order to be united with her in the otherworld.
    This definitely heathen theme is, so say the authors of the "Corpus Poeticum Boreale", rooted in one of the texts included in the "Poetic Edda", a collection of Islandic poetry written about 1300, whose oldest elements may be traced as far back as 800. Namely, the "Lay of Helgi, the Slayer of Hunding - 2nd Book, recounting the story of HELGI AND SIGRUNE, his wife who was a Valkyrie. After her husband's death she orders a bed to be put up in his burial barrow, to sleep with him in.

    F-M. Luzel collected in his "Gwerzioù Breiz-Izel" two other (incomplete) versions of the same ballad and titled them "Ar plac'h he daou bried", "The bride and her two husbands". The musician Maurice Duhamel gathered three melodies under this title. Between the three of them and the "Barzhaz" melody there is a family likeness:
  • Version 1 - Melody 1
  • Version 1 - Melody 2
  • Version 2 - Melody 3
    In Part 2 of his "Gwerzioù", Luzel publishes two more versions of this "Wife with two husbands" (due to the tragi-comic plot one of them will be included, without changes, in his "Sonioù"):
  • Version 3 (and 4) - Melody 4


  • The original folk song
    However, you would search in vain in these foue versions for the supernatural episode of the ride into an other-world which is as Celtic as one could wish, with its sacred Isle of the Apple trees and its Fountain of Youth. No such thing either, in the score of lines jotted down, without alteration, by La Villemarqué in the first copybook of Keransquer. They begin with "N'eus ket e-barzh ar bed" and recount only the encounter, by the fountain, of the poor girl that is ill-used by her stepmother with a trooper coming back from Nantes. Ha laid on her lap a gold ring and a gilded chain and promises to come back with a present in five years to the day. The sexual intercourse is hinted at by the symbol of the clouded water.
    M. Donatien Laurent quotes in his "Sources du Barzaz Breiz", several instances of similar songs: in the Penguern collection of MSs, in the books of Bourgeois, Guillerm et Herrieu, as well as in many articles to be found in diverse periodicals.
    On the other hand, Mme Eva Guillorel, quotes no less than nearly a hundred items in her doctoral thesis on "Complaint an lament song" (which may be consulted online). She avails herself of the "Motif index of oral literature in Breton language" set up in 1998, by M.Patrick Malrieu in the wake of the Antti Aarne et Stith Thompson "Motif Index of Folk Literature" (the "AT-number system" whose 1rst release dates back to 1910. It is to oral tradition what the International Accounting Plan is to business: a Procrustes' bed that hardly fits imagination or reality)..
    The most often quoted titles are:
    "(Me am-boa ul) lezvamm", "Feunteun Gwazh-Halek", "Ar plac'h yaouank touellet", "Ar vaouez (plac'h, wreg) he daou bried", "Ar plac'h div wech dimezet (euredet)": I had a stepmother, Gwazhalek Fountain, the raped girl, the wife (girl) with two (fiancés) husbands.
    It is not easy translating the word "dimezi", as it means now "marriage", now "betrothal", both options being clearly equally irrevocable in olden times.

    Four songs in one lament
    The most elaborated narrative is to be found in Luzel's version 3 in 46 stanzas, noted from the singing of the famous Marguerite Philippe:
  • A trooper has sexual intercourse with a girl (Jacquette from Penhoët) whom he encounters by the (Gwazh-Halek) fountain where he is watering his horse. He gives her a wedding ring and a sum of money to raise the child to be born.
  • As a result of the ensuing confrontation with her stepmother the girl is expelled from home. She takes refuge to her godmother (Mme de Quenquis) who arranges her marriage to her seducer, the lord's "kloareg" (secretary). The latter blames it all on a young page who sacrifices himself just before he leaves to the war.
  • True to his promise, after seven years, he comes back and hears how the pipers play to celebrate the young woman's wedding, (imposed on her by her tyrannical stepmother).
  • The outcome of the story differs from song to song: here, the bride dies in the arms of her first husband; there, the same first husband summons his manservant, Pierre, to stab him with his sword, then to go and tell his parents that he was killed while fighting, which Pierre denies him who dies, his heart overflowed with sorrow; in another version, the story ends with the rivals duelling and everybody dying, like in a soap opera.
    Thus, by dint of combining diverse elements, the bawdy French song of the "Girl by the fountain before day dawn" who imputes her delayed coming home to "all the town's birds that bathed in the water and made it muddy", was turned into a heartbreaking "gwerz e giz Breizh" (lament in Brittany's fashion), titled "The girl with two husbands".
    In the "gwerz", places and characters are, apparently at least, precisely identified and the story informs us of local social reality experiences that are, by the way, no distinctive characteristics of Lower Brittany: young men who had to serve a 7 year conscription or sailors engaged in Newfoundland cod fishing were parted from their wives for several years. It often led to these cases of twofold matrimony. "Brave marin revient de guerre, tout doux" ("A brave sailor comes home from war") is not only the first line of a popular French song. "Serious" literature has been dealing with such dramatic events since the 16th century (the tale "Marguerite d'Angoulème in the "Heptameron") and so has the film industry of late: suffice it to mention here Balzac's masterwork novel "Colonel Chabert" and Daniel Vigne's movie, "Martin Guerre's return" (1982).
    Scholars dub this kind of gwerzioù that draw their substance from sources located outside the area where they are sung, as "exogenous gwerzioù". The Orphan of Lannion is, on the contrary, an archetypal instance of an "endogenous" gwerz.

    Boundless fantasy?
    The titles above are not, at first sight, likely to provide a link to the Isle of Avalon and the Celtic otherworld.
    Here again, the chances are that young La Villemarqué could not resist the temptation to adorn his song by borrowing from Bürger most of his ballad "Lenore", which he "celticized" by an apt description of the beyond. Thus he was authorized to quote in an explanatory "note":
    Procopius, Geoffrey of Monmouth's "Life of Merlin", the Romance of "William Short-Nose" and the lay of Marie de France where the hero, "Lanval", goes to Avalon riding on the fairy's horse.
    And to append a long description of the funerals celebrated in Lower Brittany, featuring a gravedigger swinging his bell. But for this ceremonial, the dead soul, in the folks' opinion, was denied entry to the delightful abodes...
    However, we cannot exclude that La Villemarqué might have had, beside the short version in his collecting notebook, another song where he found this story of a ghost foster-brother. In a margin note on his MS, the Bard mentions "another version [in which] she leaves from her husband's manor for the house of her father where she dies on the threshold".
    whether they are genuine pieces or mere artefacts, there are remarkable similarities between this song and the following ballads:
  • Baron Jauioz (terrifying otherworld)
  • Bride of Satan (the otherworld, manifold betrothal)
  • The Wedding Belt (an untimely remarriage and its tragic consequences).



  • Voyage to Avalon



    The Bride of Satan The clerk of Rohan